Des manifestant·es se sont rassemblé·es dans plusieurs villes canadiennes lundi pour dénoncer l’inaction des autorités face à la crise qui cause la perte de milliers de femmes et de filles autochtones au pays. À Montréal, des proches de femmes autochtones manitobaines assassinées et dont les dépouilles demeurent encore aujourd’hui dans un dépotoir ont pris la parole.
« Pourquoi est-ce acceptable de normaliser la violence continue et le génocide des femmes, des filles et des personnes bispirituelles? » demande Cambria Harris, fille de Morgan Harris, une femme autochtone assassinée en mai 2022 au Manitoba. Elle s’adresse à la petite foule réunie lundi soir à la Place du Canada, dans le centre-ville de Montréal.
Derrière elle se tiennent la famille et les proches d’autres victimes qui ont voyagé depuis Winnipeg en passant par Ottawa pour exiger, comme ils et elles le font depuis plusieurs mois, la fouille de deux dépotoirs en banlieue de leur capitale provinciale.
C’est là, selon la police, que se trouvent les corps d’au moins quatre femmes autochtones assassinées : Tanya Nepinak, 31 ans, Marcedes Myran, 26 ans, Morgan Beatrice Harris, 39 ans, et une jeune femme dont l’identité n’a pu être confirmée, mais que la communauté a baptisée Buffalo Woman.
Les autorités refusent toutefois d’entamer des fouilles, citant des risques de sécurité trop élevés. Des fouilles ont été menées fin 2022 pour retrouver le corps de Tanya Nepinak, mais elles n’ont duré que six jours avant d’être abandonnées par les autorités.
Or, l’activiste mohawk Ellen Gabriel a rappelé que des décharges ont été fouillées par le passé, notamment en 2021 à Toronto, où des fouilles qui ont duré huit mois ont permis de retrouver le corps de Nathaniel Brettell.
« C’est la continuation de l’histoire génocidaire qui se déroule ici même, à travers le Canada », a déclaré Ellen Gabriel.

« On sait que si ce n’était pas une personne autochtone, si c’était une personne blanche, ils feraient des fouilles sans poser de question », a lancé Cambria Harris. Pendant ce temps, « à Winnipeg, c’est ignoble qu’on laisse une femme autochtone, Tanya Nepinak, reposer à la décharge de Brady depuis 2012. »
« Les femmes autochtones ne sont pas des déchets », a lâché la jeune femme. Pourtant, « la ville continue de déverser des déchets sur leurs corps. »
« Ces décharges ne devraient pas être des cimetières. »
Un enjeu national
Si la GRC estime qu’il y a 1200 femmes et filles autochtones disparues ou assassinées au Canada, l’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) affirme depuis 2016 qu’il pourrait y en avoir plus de 4000.
Au Québec, le projet Iskweu, l’organisme qui organisait le rassemblement de lundi, recense pour la première fois les cas dans la province.
On compte parmi les disparues Maisy Odjick et Shannon Alexander de Maniwaki, âgées de 16 et 17 ans, qui manquent à l’appel depuis septembre 2008. Il y a aussi Donna Paré, disparue à Montréal en décembre 2018. Plus récemment, la jeune Linda Uqaituk Krishner, quinze ans, a été vue pour la dernière fois dans le parc Laurier le 17 août dernier.
Toute personne ayant des informations est priée de communiquer avec Iskweu, le Service de police de la ville de Montréal ou la Sûreté du Québec.