Blocage de Valero : pourquoi nous avons choisi l’action directe

Lettre ouverte des 12 arrêté·es de l’action du 19 octobre du Collectif Antigone

Le 19 octobre dernier, nous, les douze activistes du Collectif Antigone, avons réalisé le plus long blocage d’un pipeline au Québec. Pendant 23 heures, nous avons occupé le terminal de Valero dans Montréal-Est, l’extension ultime de l’oléoduc 9b d’Enbridge.

Notre objectif est d’exiger la fermeture de cette infrastructure obsolète qui menace l’eau de près de trois millions de Québécois·es et qui transporte du pétrole issu des sables bitumineux, le pire pétrole imaginable en cas de déversement et littéralement une « bombe climatique » selon l’ONU.

Parmi nous, six activistes ont escaladé les tours de chargement de navires pétroliers, tandis que six autres bloquaient l’entrée du site de Valero en occupant un conteneur sur lequel nous avions peint « Le vivant se défend ». Pour nous, chaque minute passée à occuper ce terminal signifiait des milliers de barils non consommés.

Répondre à l’inaction par l’action

Pourquoi des professeur·es, des parents, des étudiant·es, des travailleur·euses et en sont-ils arrivé·es à utiliser l’action directe et la désobéissance civile afin de passer un message et alerter la population?

Depuis près de dix ans, au côté de centaines de personnes inquiètes, nous avons usé de nombreuses stratégies pour sonner l’alerte sur l’oléoduc 9b et sur la crise climatique. Nous avons fait des pétitions, des manifestations, des conférences, des mémoires, des représentations à l’Assemblée nationale, des vidéos d’information, une chorale, des marches, des coups d’éclat, des articles de fond dans les médias, etc.

C’est désormais aux peuples de reprendre le pouvoir dans la lutte pour la justice climatique et la désobéissance civile est plus que jamais une nécessité.

Plusieurs élu·es municipaux·ales de la Communauté métropolitaine de Montréal ont fait, pour leur part, des sorties publiques. Des personnalités connues ont même fait des vidéos afin de démontrer l’inefficacité des mesures de sécurité (rappelons qu’Enbridge est responsable des deux plus grands déversements terrestres jamais enregistrés).

En plus de toutes ces démarches locales, doit-on rappeler les multiples rapports internationaux de chercheur·euses et d’expert·es sonnant l’alarme sur les enjeux climatiques?

L’ignorance n’est plus une excuse valable.

Au terme de toutes ces démarches, le constat est clair : les gouvernements n’agissent pas assez rapidement et ils ont prouvé (à plusieurs reprises) qu’ils ne respecteront pas leurs promesses.

Nous avons répondu à l’appel du secrétaire général de l’ONU : nous ne pouvons plus attendre, il faut agir maintenant. Nous avons aussi répondu à l’appel d’une partie importante de la communauté scientifique : c’est désormais aux peuples de reprendre le pouvoir dans la lutte pour la justice climatique et la désobéissance civile est plus que jamais une nécessité. C’est même plus qu’une nécessité : c’est une urgence.

Pour nous, activistes, cette situation de crise est une occasion sans précédent de reprendre le pouvoir sur nos vies et d’agir en adultes responsables face aux enfants qui vont nous suivre et à celleux qui prétendent nous diriger. Si le système économique actuel nous envoie dans le mur, alors il faut perturber ce système, et le changer. Bien sûr, les changements, ça dérange. Mais comme toutes choses nécessaires, les dérangements en valent les bénéfices.

Changer le cours de l’Histoire

Il ne suffit plus de promouvoir les gestes individuels. Se concentrer sur ce seul point est une fraude intellectuelle. Que vaut le fait de débrancher son wifi lorsqu’on laisse le trafic aérien augmenter? Il ne suffit plus de mettre une taxe sur les véhicules polluants. Il nous faut, d’ici dix ans, ne plus consommer une seule goutte de pétrole à des fins énergétiques.

Il ne suffit plus de bannir les Publisacs, promouvoir le recyclage ou construire des maisons mieux isolées. L’heure est à la fermeture des infrastructures permettant l’exploitation des hydrocarbures. Nous devons planifier de façon responsable et rapidement diminuer notre consommation de ressources et d’énergie.

Si le système économique actuel nous envoie dans le mur, alors il faut perturber ce système, et le changer.

Face à ce grand défi de notre temps, les activistes ne sont pas à pointer du doigt. Nous sommes les messagers et messagères de cette urgence. Notre voix est claire : agissons en tant qu’adultes responsables, exigeons la justice climatique et changeons le cours de l’Histoire.

Accélérer la transition énergétique est plus que souhaitable, c’est maintenant une obligation face à celles et ceux qui subissent déjà de plein fouet les conséquences climatiques de nos fautes passées, ainsi qu’envers celles et ceux qui nous suivront.

Le 19 octobre dernier, nous avons agi. Nous avons bloqué nous-mêmes un pipeline désuet, dangereux et polluant. Nous avons interposé nos corps et mis à risque nos libertés afin de pallier le manque de responsabilité de l’industrie pétrolière et de nos gouvernements.

Et nous allons continuer la lutte tant qu’il le faudra, tant que ce sera nécessaire.

Nous sommes le Collectif Antigone. Nous sommes le Vivant qui se défend.

Michèle Lavoie
Will Prosper
Jacob Pirro
Mélanie J. Gervais
Mathilde Horvais
Émilie Zajko
Jesse Ritchman
Peggy Pagot
Mathis Huissoud
Alix Ruhlmann
Olivier Huard
Marie-Josée Béliveau