Photo : 7C0 (CC BY 2.0)

Subventionner les pétrolières en baissant les taxes sur l’essence

En Allemagne, on a essayé une suspension des taxes similaire à ce que proposent ici Éric Duhaime et Pierre Poilievre. Constat : la mesure a surtout profité aux compagnies pétrolières.

Une baisse des taxes sur l’essence a été récemment tentée en Allemagne en réponse à la flambée des prix. Or, cette mesure coûte cher et n’a pas fait baisser le prix à la pompe. Pourtant, des ténors conservateurs revendiquent depuis quelques mois des mesures comparables au Québec et au Canada.

Au mois de mars dernier, le gouvernement allemand de coalition a annoncé plusieurs mesures pour venir en aide aux citoyen·nes aux prises avec une flambée des prix de l’énergie. Ces mesures incluent la distribution de montants d’argent et des billets à bas prix pour le transport en commun, ainsi qu’une diminution des taxes sur l’essence pour une durée de trois mois.

La diminution des taxes est entrée en vigueur le 1er juin. Selon le ministre des Finances Christian Lindner, elle devait faire baisser le prix de l’essence de 0,30 € par litre (0,41 $). Le coût estimé de cette réduction pour l’État : 3 milliards € (4,1 milliards $).

Malheureusement, le rabais à la pompe ne s’est pas matérialisé. Après une diminution temporaire, les prix sont remontés en quelques jours à plus de 2 € le litre (2,74 $). Tout indique que la différence a été empochée par les compagnies pétrolières.

Le vice-chancelier de l’Allemagne, Robert Habeck, songe d’ailleurs à modifier la loi antitrust afin de forcer les compagnies d’hydrocarbures à ouvrir leurs livres, rapporte l’Associated Press. N’arrivant pas à un accord au sein de la coalition gouvernementale pour un impôt sur les profits excessifs, il envisage une « loi sur les cartels qui ait des dents ».

Cette situation n’est guère surprenante pour David Macdonald, économiste au Centre canadien de politiques alternatives. « [Les pétrolières] ont la capacité de changer les prix comme elles le veulent parce qu’il n’y a pas assez de compétition. Elles profitent de tout pour augmenter leur profit, nous le voyons déjà durant cette période d’inflation. »

Un échec annoncé

Le groupe européen Transport et environnement avait publié dès mars dernier un rapport critiquant la décision de plusieurs États européens de diminuer les taxes sur le carburant. L’organisme avait qualifié ces réductions de « cadeau à Poutine et aux riches ».

Selon les données de Transport et environnement, une réduction de taxe sur le carburant profite en premier aux plus riches, qui consomment davantage. De plus, en analysant les effets d’une mesure similaire instaurée en Allemagne en 2020, les auteur·es rapportent qu’une part importante de la baisse de taxe ne s’était pas rendue aux consommateur·trices.

Le cas du Canada

Une baisse des taxes sur le carburant chez nous risquerait aussi de bénéficier d’abord aux entreprises pétrolières, plutôt que de faire baisser les prix, croit David Macdaonald.

« Si nous leur donnons plus d’espace en réduisant les taxes sur l’essence, c’est fort probable que les pétrolières vont simplement continuer à augmenter leurs profits », analyse-t-il.

Une telle mesure est pourtant proposée par divers partis et groupes de droite au Canada.

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime a lancé en mai une pétition demandant au gouvernement provincial de suspendre les taxes sur l’essence. Cette demande fait écho à celle du candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC) Pierre Poilievre, qui demande à Justin Trudeau de faire la même chose au niveau fédéral.

Le groupe de pression Québec Fier, proche du PCQ et financé en partie par des gens proches de l’industrie pétrolière, a également participé à propager ces revendications.

Les cinq plus grandes pétrolières américaines ont engrangé des profits totalisant 35 milliards $ pour le premier quart de l’année, soit trois fois plus que durant la même période l’an dernier. Chez nous, Canadian Natural Ressources, le plus gros producteur de gaz et de pétrole au pays, a annoncé des profits nets de 3,1 milliards $ pour le premier trimestre, soit plus du double de ce qu’il avait annoncé l’an dernier.

Avec la collaboration de Francis Hébert-Bernier

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