Photo : Mack Male (CC BY 2.0)

Choisir qui nourrir, un choix déchirant pour des organismes de sécurité alimentaire

Avec 3 millions $ en manque à gagner, les organismes qui nourrissent les gens dans le Centre-Sud doivent refuser des demandes d’aide alors que les besoins explosent.

Le manque chronique de ressources, des coupes budgétaires récentes et l’augmentation de la demande rendent la situation de plus en plus critique pour les personnes ayant recours au dépannage alimentaire. Devant la pénurie, des organismes doivent décider qui nourrir et qui laisser le ventre vide.

Avec la pandémie, la demande en aide alimentaire a explosé de plus de 150 %, selon les membres de la Table de concertation en sécurité alimentaire (CIGAL) du Centre-Sud et du faubourg Saint-Laurent. Cette table de concertation regroupe dix organismes de ces quartiers centraux de Montréal.

Près de 30% de la population de ce secteur est sous le seuil de faible revenu, selon les données publiées par le CIUSSS du Centre-Sud de Montréal.

Cette augmentation de la demande ainsi que la hausse du prix de la nourriture creusent le fossé entre les besoins réels vécus sur le terrain et le soutien financier provenant des gouvernements. La Table déplore « une famine financière pour les organismes en sécurité alimentaire ». Les organismes membres affirment ne plus être en mesure d’assurer leur mission, c’est-à-dire de nourrir les gens qui ont faim.

En fin de compte, selon la Table CIGAL, « les plus grands perdants du sous-financement des organismes en sécurité alimentaire, ce sont les ménages qui peinent déjà à mettre de la nourriture sur la table ». Les organismes doivent décider au jour le jour qui nourrir prioritairement parmi leurs usager·ères.

 « Je pleure souvent, car je dois porter l’odieux de choisir à quelle personne je dois donner de l’aide alimentaire : une aînée isolée et vulnérable ou une personne âgée dont la sous-alimentation l’a menée à avoir des idées suicidaires? On est rendu à ce point. »

Cécilia Lessard, directrice générale du Carrefour Saint-Eusèbe

Le manque à gagner pour l’aide alimentaire dans le quartier serait de 3 millions $, explique Annick Reinhardt, chargée de concertation à la Corporation de développement communautaire (CDC) Centre-Sud. « En 2020, au début de la pandémie, il y a eu des financements d’urgence, mais ceux-ci se sont amenuisés depuis », explique-t-elle. « Pourtant, la demande ne fait qu’augmenter », se désole la porte-parole.

Des coupes budgétaires surprises qui font mal

De plus, des organismes en sécurité alimentaire ont même perdu du financement cette année, en raison de modifications à un programme fédéral de financement pour la lutte à l’itinérance. 

Le Comité social Centre-Sud, qui offre un service de cantine où les habitant·es du quartier peuvent se procurer un repas complet à bas prix, a ainsi subi une coupe de 80 000 $. « Ils ont perdu le financement qu’ils avaient parce qu’ils ne rentraient plus dans certaines cases », rapporte Annick Reinhardt. Cette coupe a entraîné la suppression de deux postes : un intervenant et une personne à la cuisine.

Un autre organisme, Information alimentaire populaire de Centre-Sud, a vu une subvention de près de 97 000 $ cesser d’être renouvelée, alors qu’elle pouvait compter dessus depuis 17 ans. Julien Scott, le directeur de cette banque alimentaire, explique qu’il s’agit de 43 % de son budget. « On est un organisme qui a seulement trois salarié·es, mais on a des dépenses structurelles importantes », explique-t-il.

En 2020, cette banque alimentaire a effectué 4500 livraisons de denrées de plus qu’à l’habitude. Et pour l’année courante, « la situation ne va pas en s’améliorant », affirme Julien Scott.

L’organisme a obtenu une somme de la Table CIGAL pour cette année. Mais sans financement supplémentaire l’an prochain, l’organisme est « dans la chnoute, en bon français », déclare le directeur.

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