Photo Trudeau : Union européenne (CC BY 4.0) | Photo Singh : BGM Riding Association (CC BY-SA 3.0) | Montage : Pivot
Nouvelle

Alliance NPD-PLC : carte blanche pour la militarisation du Canada

Avec le soutien de Jagmeet Singh, le gouvernement Trudeau pourra librement hausser les dépenses militaires, voire se préparer à une intervention plus directe de l’OTAN dans la guerre en Ukraine.

Le gouvernement Trudeau prévoit une augmentation du budget des forces armées et de la contribution canadienne à l’OTAN. Maintenant que le NPD s’est allié avec le Parti libéral, Jagmeet Singh compte approuver ces mesures, ce qui devrait couper court aux débats sur les questions militaires à Ottawa. Les maigres promesses des libéraux en matière de programmes sociaux ne justifient pas cela, critiquent plusieurs, jusqu’au sein du NPD.

L’accord signé par le Parti libéral du Canada (PLC) et le Nouveau parti démocratique (NPD) n’encadre pas du tout les questions militaires. Mais Jagmeet Singh a déjà annoncé qu’il approuvera un accroissement des dépenses militaires, tant que cela ne compromet pas les programmes sociaux sur lesquels il s’est entendu avec les libéraux. L’alliance prévoit que le NPD vote avec le PLC lors des votes de confiance et sur les budgets, jusqu’aux élections de 2025.

Et le premier ministre Trudeau, en Europe jeudi pour une réunion de l’OTAN, a confirmé que son gouvernement comptait intensifier les investissements dans la défense et les contributions du pays à l’organisation militaire internationale. La ministre de la Défense Anita Anand avait déjà annoncé qu’elle préparait des « options agressives » de financement pour le prochain budget, certaines impliquant de doubler les dépenses militaires pour atteindre 30 milliards $.

Mise à jour (lundi 28 mars) : Jagmeet Singh a précisé dimanche qu’il ne soutiendrait pas une hausse trop importante du budget militaire. Plus précisément, il a affirmé qu’il était en désaccord avec les cibles de l’OTAN, selon lesquelles les pays membres devraient consacrer 2 % de leur PIB à la défense. Au Canada, cela représenterait un financement de 20 à 25 milliards $. Le pays consacre actuellement 1,39 % de son budget à la défense.

Le soutien du NPD à de telles mesures préoccupe des observateur·trices progressistes, qui jugent que c’est un fort prix à payer pour les Canadien·nes en échange des quelques promesses faites par les libéraux dans le cadre de l’entente, jugées plutôt faibles.

L’inquiétude se fait sentir jusque dans les rangs du parti. Le NPD s’est engagé « en faveur d’une augmentation des dépenses militaires de plusieurs milliards », déplore Christian Favreau, ancien exécutant d’une association de circonscription néo-démocrate et membre de la coalition Courage, un groupe de gauche actif au sein du parti.

« C’est ce qui me préoccupe le plus, et j’implore tous ceux qui célèbrent cette alliance de réfléchir à ce que nous devons négliger pour obtenir nos programmes [de santé conditionnels] et nos vagues promesses sur l’action climatique et la réconciliation, qui semblent tout droit sorties d’un discours de campagne de Trudeau, et même pas d’un discours particulièrement bon. »

La question militaire divise depuis longtemps le NPD, mais l’augmentation des budgets ne faisait pas clairement partie de la dernière plateforme néo-démocrate. Celle-ci mentionnait plus modestement : « Nous veillerons à ce que du financement appuie notre Défense nationale et nos engagements internationaux, en renouvelant la priorité donnée aux initiatives multilatérales de maintien de la paix partout dans le monde. »

En route vers la guerre?

Une militarisation accrue au Canada et dans l’OTAN en réponse à l’invasion russe en Ukraine risque surtout d’augmenter les tensions guerrières, ont souligné des critiques.

Pour Christian Favreau, cela laisse même craindre que le Canada se dirige vers une participation active au conflit armé. « L’assaut de commentaires pro-guerre que nous voyons dans les médias devrait inquiéter tout le monde. On nous prépare à une guerre, les pièces sont déjà en mouvement en ce qui concerne les dépenses et le NPD a choisi d’en être complice », critique-t-il.

« J’espère seulement que je me trompe sur les mouvements militaristes du Canada ces derniers temps, mais je soupçonne que ce n’est pas le cas. »

Notons que l’appui du NPD n’est pas essentiel au gouvernement Trudeau pour mettre de l’avant des mesures pro-militaires. Le gouvernement pourrait en effet miser sur le soutien du Parti conservateur, favorable à une telle attitude. Le Bloc québécois a aussi indiqué qu’il ne s’opposerait pas à plus de dépenses dans les forces armées.

La collaboration de Jagmeet Singh a donc surtout pour conséquence de faire taire des débats cruciaux, souligne Christian Favreau. « Avec l’appui du NPD et probablement aussi celui du Parti conservateur, l’augmentation du soutien financier à l’OTAN ne sera pas une question controversée au Parlement. Il n’y aura pas de débat réel et substantiel. »

« Essentiellement, il n’y aura pas de voix anti-guerre au Parlement en raison de cette alliance. »

Face à une telle situation, il y a « un besoin profond de revigorer le mouvement anti-guerre canadien », juge Christian Favreau. « Nous devons changer complètement la conversation politique et faire comprendre clairement que le caractère abordable de nos soins dentaires ne doit pas être échangé contre la vie de civils ukrainiens et russes et, au-delà de la guerre en Ukraine, de civils yéménites ou palestiniens. »