Ira, 20 ans : « Je viens seulement pour l’information, pour savoir me comporter avec une arme. » | Adrienne Surprenant / MYOP

À Lviv, apprendre à sentir le poids d’une arme

PHOTOREPORTAGE | À Lviv, des civils jeunes ou vieux, tireur·ses aguérri·es ou qui n’avaient encore jamais touché une arme, se croisent dans un centre de tir.

À Lviv, à l’ouest de l’Ukraine, dans une salle de tir qui accueillait des sportifs de haut niveau et des amateurs passionnés, les instructeurs ont mis en place une formation gratuite et ouverte à tous, deux jours après l’invasion russe. Depuis, ils travaillent de 7h du matin à 19h le soir pour enseigner les bases du port d’une arme au plus grand nombre.

Dans ce lieu dont l’emplacement exact est gardé secret, se croisent désormais des civils jeunes ou vieux, tireur·ses aguérri·es ou qui n’avaient encore jamais touché une arme de leur vie.

Le 17 mars, jour de notre visite, une vingtaine de personnes suivaient trois heures de formation pour apprendre les bases d’utilisation (chargement, mise en joue) d’un AK-47 et de pistolets.
Bordan a été dans l’armée, puis policier, et travaille aujourd’hui dans le centre de tir. Il délivre ses explications minutieuses pendant des heures d’un ton martial.

« Les gens viennent ici par leur propre volonté et j’ai confiance qu’ils vont se battre pour leur nation, l’Ukraine, de toute leur âme. Il y a des jeunes, des vieux. Tous les enfants de la patrie, même s’ils ne souhaitent aucune violence, vont se battre. Si tes enfants sont menacés, tu feras tout pour les défendre, mais cette réalité, c’est affreux. »

Bordan
Des étudiants suivent gratuitement la formation. Elle n’implique pas forcément de tirer réellement.
Yulia Korostylova, 37 ans, multiple fois médaillée au tir par pistolet, pratique depuis 25 ans ce sport.

« Il y a une énorme différence entre les spécialistes de sport et ceux du combat. Je n’ai pas l’entraînement pour être un bon soldat. Je pense que je serai utile en tant que sportive, que je dois rester dans le pays m’entraîner, et représenter le pays comme une nation forte. La fuite n’est pas une option. »

Yulia
Les résultats d’entraînement au pistolet sont visibles sur un écran.
Ira, 20 ans, se prépare à la pratique lors d’une leçon.

« Je viens seulement pour l’information, pour savoir me comporter avec une arme. C’est à cause de la guerre… Nous ne voulons pas cette guerre. Je pense qu’elle pourrait se résoudre sans armes, avec la communication. »

Ira
Des hommes se pratiquent à l’utilisation du pistolet. L’exercice consiste à faire tenir une balle sur le pistolet sans qu’elle ne tombe.
Valentin, 30 ans, technicien dentaire, pose pour un portrait. C’est son coach de sport qui lui a recommandé ce lieu d’entrainement.

« Je veux comprendre le poids de l’arme. Ce n’est pas la même chose que dans les jeux vidéos. Même si je ne dois pas me battre, je vais peut-être prendre l’arme dans la rue et tirer, au moins je saurai le faire. »

Valentin
Pendant l’entraînement, un homme démontre qu’il peut sauter par-dessus deux jeunes tout en tenant son fusil.
Après une leçon pratique, les professeurs repassent la théorie du maniement des AK-47. La classe est composée de civils.
Andreii, 18 ans, se relève au cours d’un exercice. Il étudie le maniement des tracteurs agricoles, et vit dans un village à 50 kilomètres de Lviv. Il est venu avec son père et un voisin du village. Ils ont été aidés par l’administration du village pour faire le trajet.

« Je n’ai pas encore pensé à la bataille. Si les choses arrivent, nous aurons peur, mais c’est normal quand la guerre entre dans ta maison ».

Andreii

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