Les élu.e.s de la Ville de Québec et l’ignorance blanche

La configuration du comité plénier du conseil municipal de la Ville de Québec du 2 mars 2022 sur le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) ressemblait à un contrat racial tacite entre ce dernier et les élu·e·s. Il y a quelque chose de gênant à voir un service de police blanc et un conseil municipal blanc se réunir pour nier les expériences des personnes non-blanches en leur absence.

Nous empruntons le terme « contrat racial » au traité philosophique « The Racial Contract » du regretté Charles Wade Mills. Pour Mills, l’une des principales caractéristiques de ce contrat est l’ignorance blanche ou le déni des expériences des personnes non-blanches et des rapports sociaux qui les désavantagent. Cette ignorance, écrit-il, constitue un « dysfonctionnement cognitif socialement avantageux » aux personnes blanches. L’ignorance blanche était manifeste lors de ce comité plénier.

En effet, rappelons que la tenue de ce comité plénier faisait suite à la vidéo de l’arrestation violente de Pacifique Niyokwizera qui constitue un cas de profilage racial doublé de violence physique, selon nous. En effet, le 27 novembre 2021 sur la Grande-Allée, des policiers du SPVQ ont procédé à l’arrestation non justifiée de Pacifique Niyokwizera, puisqu’aucune charge n’a été retenue contre lui, au cours de laquelle il a été roué de coups de poing et de coups de pied. La vidéo de l’arrestation a ému l’opinion publique et a suscité la fuite d’autres vidéos d’arrestations violentes de quatre autres personnes, impliquant les agents du SPVQ. 

Or, la question de la violence policière et du profilage racial a été éludée lors du comité plénier. Nous avons assisté plutôt à une séance d’encensement du SPVQ.

Ainsi, pour Claude Villeneuve, le chef de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville, le comité plénier ne visait pas à questionner la police sur les interventions violentes mais à partager la vision positive et professionnelle du SPVQ en « démontrant que c’est de cette manière que ça se passe dans tous les cas ». Dans tous les cas, vraiment? À Jackie Smith, la conseillère municipale du parti Transition Québec, qui a été la seule à questionner directement le chef du SPVQ sur les cas de profilage racial et d’abus policiers, sa collègue Anne Corriveau, conseillère municipale du parti Québec d’abord, a rétorqué qu’il s’agissait des « cas qu’on médiatise à outrance. » Denis Turcotte, le directeur du SPVQ, a poussé l’outrecuidance jusqu’à inviter les personnes profilées par les agents du SPVQ à porter plainte auprès du… SPVQ. C’est un peu comme s’il suggérait à une femme victime de violences conjugales et sexuelles de porter plainte auprès d’un policier ouvertement sexiste.

Pourtant, la discrimination policière envers les personnes noires et racisées à Québec est régulièrement dénoncée. Elle se traduit par une interpellation sans motif, par un contrôle routier d’un conducteur noir au volant d’une voiture de luxe, par un contrôle d’identité questionnable etc. « Tous mes amis Noirs, sans exception, l’ont vécu », dit l’artiste Webster qui est né et a grandi à Québec. Lors de la manifestation en soutien au mouvement Black Lives Matter tenue le 7 juin 2020 devant l’Assemblée nationale, des jeunes racisé·e·s et autochtones ont témoigné des expériences de profilage par des agents du SPVQ.

Qu’à cela ne tienne, les élu·e·s de Québec et le SPVQ conviennent de ne pas reconnaître le profilage racial policier. Face à cette ignorance des élu·e·s de la Ville de Québec, nous interpellons directement les citoyen.ne.s conscient·e·s de la Ville de Québec, car la lutte contre la discrimination policière relève de notre responsabilité politique individuelle et collective afin de transformer les institutions qui produisent l’injustice. Selon le philosophe Lewis Gordon (il faut lire « Fear of Black Consciousness »), la responsabilité politique, qui implique la conscience et la volonté de créer des institutions justes, incombe à tout le monde, autant aux personnes qui n’ont pas commis d’actes de discrimination qu’à celles qui en sont victimes. Quelle que soit la couleur de notre peau, nous devrons lutter afin de bâtir une Ville de Québec respectueuse de l’égalité, de la justice et de la dignité humaine.

Le Collectif 1629

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