Guerre à la guerre!

Comment écrire une chronique sur l’actualité internationale quand on voit tout se dérouler en temps réel, et qu’on voit la vérité et la critique noyées par un torrent de propagande? Peut-être est-ce justement le sujet de la chronique?

Depuis quelques semaines, j’ai l’impression que c’est le bruit des bottes qui donne la cadence de la marche du monde, si bien que c’est à la sortie d’un dur passage à vide que je vous retrouve aujourd’hui. 

Ces dernières semaines, c’est plutôt dans la littérature et le cinéma que je suis allé me réfugier, me disant qu’ainsi, je ferais peut-être honneur à ma condition de poète-soldat, telle qu’elle me fut conférée par nombre de mes frères d’armes. En voyant ces images de camionneurs en pleine exaltation et menés par des organisateurs soutenus par des mouvements d’extrême-droite, je me suis plongé dans le cinéma de Costa-Gavras et ses deux chefs-d’œuvre Z et État de siège, dans lesquels on voit la liberté mourir avec l’approbation des foules embourbées dans un mirage de propagande « anti-communiste », mais véritablement dirigée contre tous ceux et celles qui luttent pour le bien commun et la justice sociale. Je suis également tombé sur un article du mythique journaliste Seymour Hersh paru en 1974 dans le New York Times et dans lequel il montre que la CIA avait fomenté le coup d’État contre le président chilien Salvador Allende l’année précédente, notamment en infiltrant… des syndicats de camionneurs, un peu comme si le livre de jeux était déjà écrit, à quelques détails près. 

En plein Mois de l’histoire des Noir.es, je me suis initié à l’œuvre de Blaise Ndala avec Dans le ventre du Congo, cadeau de mon amoureuse, et dans lequel une princesse congolaise est arrachée à son royaume pour aboutir dans un zoo humain à Bruxelles, témoignage de l’aboutissement logique de la déshumanisation de l’Autre. J’ai relu Le syndrome de la dictature d’Alaa el-Aswany, cadeau de l’ami Walid, qui raconte lui aussi à quel point nous sommes souvent, collectivement, les forgerons de nos propres chaînes. 

Le « camp des Justes » est attaqué de toutes parts

Le regretté journaliste Gil Courtemanche parlait du « Camp des Justes », titre du recueil de ses chroniques au Devoir, publiées à titre posthume. Le « juste », c’est une idée qu’il a lui-même empruntée à Albert Camus : celui ou celle qui fait passer l’humanité avant les idées, les personnes avant les dogmes, politiques ou autres.  

Et ce camp est présentement attaqué de toutes parts. 

D’Ottawa à l’est de l’Europe, c’est à une nouvelle phase dans cette montée de l’extrémisme politique que nous assistons. Chez nous, de plus en plus de nos concitoyen.nes se tournent vers les politiciens populistes qui leur servent de grandes rasades de Kool-Aid brun rempli de réponses simples à des enjeux complexes, devant une élite progressiste inerte et davantage préoccupée à célébrer sa propre gloire. Et maintenant, c’est l’armée russe qui entre en Ukraine inaugurant ainsi le nouveau chapitre d’une guerre dont on voyait déjà le spectre en 2014, mais dont les racines remontent au moins à la chute de l’URSS. Mais ceux qui chercheront à mettre de l’avant l’humanité au détriment des camps politiques tomberont victimes soit des tankies qui salueront le « génie » du président russe, soit des suspects de convenance qui croient encore à la vertu de « l’interventionnisme humanitaire » propulsés par les chaires de recherche accrochées à la mamelle d’intérêts particuliers.

Dans ses mémoires politiques intitulées « Le futur du monde global », Mikhail Gorbatchev nous met en garde contre le retour du nationalisme revanchard et la remilitarisation massive des pays d’Occident et des anciens membres du bloc soviétique, Russie en tête. Il ne manque cependant pas de dénoncer la trahison de l’OTAN quant à sa promesse de ne pas s’étendre à l’est.

« Le fait est que dans les conditions de l’époque, nous avons obtenu le maximum », écrit-il. « La Russie avait parfaitement le droit d’attendre que ses interlocuteurs agissent conformément à la lettre, mais aussi à l’esprit des accords et des engagements contractés [sur les conditions de la réunification de l’Allemagne]. Malheureusement, la confiance réciproque qui s’était installée avec la fin de la Guerre Froide a été fortement ébranlée quelques années plus tard, lorsque l’OTAN, à la fin des années 1990, s’est étendue vers l’est. Et que la Russie n’a pas trouvé de réponse à lui faire. » 

Guerre à la guerre! 

La guerre, je ne l’ai pas côtoyée que via les livres ou les analyses-quiz-minutes par politologues interposés. 

La guerre, je l’ai encore dans le nez, dans les oreilles, dans les yeux et sur ma peau. 

J’en ai témoigné du fusil à la plume. Bosnie, Afghanistan, Mali, Afghanistan encore, puis Haïti qui, même si elle n’est pas en guerre, subit les foudres des puissances qui lui font encore payer le prix de son indépendance. 

Je me suis suffisamment perdu dans son brouillard pour avoir compris une chose : prendre parti pour les civils ou pour les soldats embrigadés pour accomplir la sanglante besogne des maîtres, c’est le seul parti pris qui vaille. Et je préfère largement me montrer solidaire des citoyen.nes russes qui sortent déjà dans les rues sous les matraques pour dénoncer cette guerre dont ils ne veulent pas. 

Soyons solidaires d’un peuple frappé une fois de plus par la folie des psychopathes qui jouent de nous comme un jeu d’échecs. 

Et pour ceux et celles qui doutent encore que la guerre est un racket : à 9h30 ce matin, l’action de Lochkeed Martin, première entreprise américaine et mondiale de défense et de sécurité, avait atteint sa plus haute valeur en un mois. 

Martin Forgues

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