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Une majorité de femmes se disent désormais féministes au Canada

L’adhésion au féminisme a fait un bond record depuis 20 ans.

Plus d’une Canadienne sur deux (57 %) se considère aujourd’hui féministe, selon un récent sondage national. Dans la population générale, c’est tout près de la moitié des gens (49 %) qui se reconnaissent dans ce mouvement politique.

De plus, 93 % des femmes et 90 % de la population estiment qu’il faut « en faire davantage pour promouvoir l’égalité des femmes ».

Le sondage, dont les résultats ont été rendus publics au début de janvier, a été réalisé en octobre dernier. Il a été mené par l’Environics Institute, un organisme de recherche par sondage à but non lucratif, avec le soutien de la sénatrice indépendante Donna Dasko.

L’enquête révèle une hausse historique de l’adhésion au féminisme. En effet, seulement un tiers (entre 32 % et 35 %) des femmes acceptaient de se dire féministes lors des éditions précédentes de l’enquête, datant de 1992, 1998 et 2001.

Toutefois, il y a vingt ans, une forte majorité des femmes (84 %) et de la population canadienne (81 %) considérait quand même qu’il fallait en faire plus pour l’égalité. « Il semble que les Canadiens veulent l’égalité, mais pas le féminisme », écrivait ainsi l’Environics Institute en 2001.

C’est donc la tendance à désirer l’égalité tout en rejetant le féminisme qui est aujourd’hui en recul.

« C’est plus facile aujourd’hui de se dire féministe, de parler ouvertement de féminisme », explique en entrevue Mélissa Blais, sociologue et professeure à l’Université du Québec en Outaouais, spécialiste des mouvements féministes et antiféministes. Elle cite en exemple l’augmentation des inscriptions dans les programmes d’études féministes, qui témoigne à tout le moins d’un intérêt pour ces questions.

Un féminisme qui traverse les générations

Le gain de popularité du féminisme depuis 20 ans est particulièrement marqué chez les jeunes femmes de 18 à 24 ans (de 36 % à 70 %). Cela dit, on constate une forte hausse de l’adhésion au féminisme chez les femmes de toutes les générations. Les taux d’adhésion passent ainsi d’environ 35 % à 55-60 % dans tous les groupes d’âge. « Ça contredit certains stéréotypes » voulant notamment que les personnes plus âgées soient fermées au féminisme, remarque Mélissa Blais.

Chez les hommes, la proportion s’affichant comme féministes est moindre, mais elle est aussi passée de 28 % à 40 %. Les résultats ne permettent toutefois pas de savoir ce qui explique leurs réticences, nuance Mélissa Blais. Certains, par exemple, pourraient simplement hésiter à s’approprier une étiquette associée aux mouvements portés par les femmes, illustre-t-elle.

Cela dit, la chercheuse souligne que la montée du féminisme suscite chez certains hommes un « contre-mouvement anti-féministe », un phénomène aussi connu en anglais sous le nom de backlash. « Ce sont des gens qui ont peur de perdre des droits, même si ce n’est pas ancré dans un danger concret », explique Mélissa Blais. « Ils se voient comme les victimes », alors que ce sont justement les femmes qui cherchent à se libérer, analyse-t-elle.

Évolution des enjeux

L’enjeu qui préoccupe le plus les personnes sondées est celui de la violence faite aux femmes. La violence domestique constitue un problème « très important » aux yeux de 83 % de la population. La proportion est encore de 77 % pour la violence survenant dans la société plus largement.

D’autres enjeux ont pris une importance nouvelle. En 2001, la condition des femmes autochtones n’était « très importante » que pour la moitié (54 %) des Canadien·nes : elle préoccupe désormais fortement les trois quarts des gens (77 %). En ce qui concerne les conditions des femmes immigrantes ou appartenant à une minorité visible, la proportion est aussi passée de 44 % à 63 %. Selon Mélissa Blais, il faut voir là l’impact des importantes mobilisations des femmes autochtones, immigrantes et racisées au fil des dernières années.

Construire un mouvement collectif

Pour la sociologue, l’adhésion croissante au féminisme et à ses revendications peut être bon signe. « Il n’y a pas une équivalence directe entre la popularité et des avancées » concrètes, mais la sensibilisation et l’éducation populaire ont toujours fait partie des « moyens privilégiés » du mouvement féministe, rappelle-t-elle.

La chercheuse indique que, selon les féministes interrogées dans le cadre de ses enquêtes, les décideurs politiques plus « frileux » auraient davantage tendance à répondre aux demandes féministes lorsque celles-ci ont un large appui populaire. D’autre part, poursuit-elle, certains problèmes qui « ne se règlent pas à coup de lois », comme l’objectification des corps des femmes, demanderaient aussi des changements de mentalité dans la population.

En plus de la sensibilisation, « le changement se fait aussi par la construction d’un mouvement collectif », ajoute Mélissa Blais.

Elle rappelle qu’il existe au Québec, depuis les années 1970 et 1980, plusieurs organismes de défense des droits des femmes. Ceux-ci ont pu contribuer à préserver les revendications féministes au fil du temps, suggère-t-elle. Enfin, « le mouvement tire sa force de sa diversité et comprend des franges combatives dont les tactiques permettent d’attirer l’attention sur les revendications féministes ».

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