masque n95Un masque N95 | Jonathan J. Castellon, Unsplash

Des masques N95 pour tous!

Tous les citoyens et citoyennes devraient pouvoir se les procurer et les porter dans les lieux publics fermés, affirme une brochette d’experts réputés.

Des masques N95 devraient être fournis à tous les citoyens et toutes les citoyennes, gratuitement ou à très bas coût, affirment les experts en santé publique parmi les plus éminents aux États-Unis dans la dernière livraison du Journal of American Medical Association (JAMA).

« Afin de réduire la transmission de virus respiratoires, y compris le SRAS-CoV-2, le pays doit encourager l’utilisation de masques respiratoires filtrants (FFR) de haute qualité, tels que les N95 ou les KN95, dans les environnements intérieurs très fréquentés où le risque d’exposition communautaire est élevé , plutôt que des masques en tissu ou chirurgicaux », écrivent les auteurs dans le JAMA.

Les N95 (ou leurs équivalents) doivent être « facilement disponibles pour tous les résidents américains gratuitement ou à très faible coût », ajoutent-ils. « Le gouvernement pourrait envoyer des bons aux ménages américains pour les récupérer dans les pharmacies, les épiceries, les écoles ou dans d’autres endroits ».

Les auteurs sont David Michaels, de l’Institut de santé publique Milken de l’Université George Washington, Ezekiel J. Emanuel, de l’École de médecine de l’Université de Pennsylvanie et Rick A. Bright, de la Fondation Rockfeller. Ils faisaient tous les trois partie du groupe d’experts en santé qui conseillaient le président Joe Biden pendant la période de transition.

La présidente de l’Association médicale canadienne, la Dre Katharine Smart fait aussi la promotion des masques N95 dans une récente livraison du journal de l’association. Elle estime que tous les citoyen·nes devraient pouvoir en porter dans les lieux publics, et pas seulement les travailleurs et travailleuses de la santé.

Ne pas négliger les autres mesures de protection

Cette reconnaissance de l’importance des masques N95 pour prévenir la propagation de la COVID-19 tranche avec l’étonnante méconnaissance de leur utilité par les autorités de la santé publique du Québec. « Je crois que les masques ordinaires sont aussi efficaces sinon meilleurs », affirmait le Dr Horacio Arruda le 20 décembre. Cette déclaration a été immédiatement contestée par des experts.

Le 10 janvier, le Dr Arruda offrait au gouvernement la possibilité de le relever de ses fonctions de directeur national de la santé publique en évoquant notamment les critiques à son endroit : « Les propos récents tenus sur la crédibilité de nos avis et sur notre rigueur scientifique causent sans doute une certaine érosion de l’adhésion de la population ». Le gouvernement a accepté son offre.

Bien entendu, les propos du Dr Arruda sur les masques n’expliquent pas à eux seuls son départ. Ils s’ajoutent à d’autres déclarations aussi saugrenues. Quoi qu’il en soit, sa démission ouvre la porte à un changement de cap. 

Depuis des mois, le gouvernement québécois met tout l’accent sur la vaccination, mais en négligeant les autres mesures de protection comme la ventilation, la filtration de l’air et le port de masques efficaces.

Il n’y a aucun doute que la vaccination massive, sinon totale, est indispensable. Les non-vaccinés sont infiniment plus à risque d’être gravement malades et de mourir que les vaccinés. Cela dit, il appert que l’immunité offerte par les vaccins s’amenuise relativement rapidement. Des experts israéliens ont constaté que le vaccin BioNTech de Pfizer perd de son efficacité en trois mois. Non seulement après la deuxième dose, mais aussi après la troisième dose, et peut-être même aussi peu qu’à 25%.

Au Québec, l’administration de la 3e dose des vaccins ARN messager (Pfizer ou Moderna) aux personnes âgées de 65 ans et plus a commencé le 18 octobre, notamment dans les CHSLD. Si les experts israéliens ont raison, cela signifie que la protection offerte par cette 3e dose commencera à décliner dès le 18 janvier, la semaine prochaine.

D’où l’importance des autres mesures, selon le modèle du fameux fromage suisse, promu entre autres par la Fondation Rockfeller, où œuvre le Dr Rick Bright, un des co-auteurs de l’article dans JAMA. Adaptons ce modèle au Québec avec une métaphore plus conforme à nos mœurs : tous les amateurs de sports d’hiver – hockey, ski, etc. – vous vanteront l’importance des vêtements en multi-couches. Il ne suffit pas d’avoir un bon pardessus (la vaccination), mais aussi des vêtements qui respirent (l’aération) et un justaucorps bien ajusté mis directement sur la peau (le masque).

Consensus des experts sur le N95

Malgré certains points de vue divergents, comme celui du Dr Arruda, la supériorité des masques N95 recueille l’assentiment de la grande majorité des experts. « Le message doit être simple. Les N95 sont des masques supérieurs et doivent être portés le plus possible, dans toutes les situations, lorsque le nombre de cas [de contamination] est élevé (comme maintenant) », affirme André Veillette, un des chercheurs en immunologie les plus réputés du Québec.

Les masques chirurgicaux – ou même les masques en tissu – constituent une bonne barrière contre les gouttelettes, mais moins bonne contre les aérosols infectieux. 

Les N95, eux, les filtrent à 95%. Or, la transmission par aérosols est bien plus importante que la transmission par gouttelettes. Le Dr Arruda s’est obstiné à nier l’importance de la transmission aérienne; dans ce cas aussi, on peut espérer que son départ amènera le gouvernement à mieux suivre les données scientifiques.

« Comme la grippe, le SARS-CoV-2 est transmis par aérosols », écrivent le Dr Bright et ses collègues dans la dernière livraison de JAMA. Un fait que les Centers for Disease Control (CDC) ont fini par reconnaître. Les experts insistent non seulement sur l’importance des dépistages systématiques et de l’isolement des personnes contaminées (qui doivent pouvoir profiter de congés de maladie payés, sinon plusieurs d’entre elles risquent de vouloir continuer à travailler quand même), mais aussi sur l’assainissement de l’air et les masques.

Ils recommandent ainsi l’installation de purificateurs d’air efficaces (une mesure que rejettent les autorités de santé publique du Québec et le ministère de l’Éducation), en plus des échangeurs d’air. « Ces systèmes devront être implantés dans les bureaux, les écoles, les transports publics et les autres milieux de travail et de rencontres sociales comme les bars et les restaurants », écrivent-ils.

Cela prendra un peu de temps. À court terme, la distribution massive de masques N95 dans la population est envisageable. Même pas besoin de tous les importer : grâce à un appui financier du gouvernement canadien, la compagnie Medicom a construit en 2020 une usine de masques N95 dans l’arrondissement montréalais de Saint-Laurent.

En Corée du Sud, tous les citoyens et citoyennes ont accès à des masques KF94 (équivalant à des N95) depuis le début de la pandémie de COVID-19. C’est vraisemblablement une des nombreuses raisons qui expliquent le fait que la pandémie a causé beaucoup moins de décès (119 par million d’habitants) qu’au Canada (807 décès/million).

Le Manitoba a compris la leçon. Le 23 décembre, le gouvernement manitobain a annoncé qu’il allait procurer des N95 gratuitement à tous les habitants et toutes les habitantes de la province. L’Ontario en a distribué 9,1 millions dans les écoles pour les enseignant·es et le personnel scolaire.

Au Québec, des travailleurs de la santé ont dû s’adresser aux tribunaux pour faire invalider une ordonnance du Dr Arruda limitant le port des N95 à certaines circonstances. Et au cours de l’automne, le gouvernement du Québec a mis un million de masques N95 aux enchères, une décision qu’il a dû renverser lorsque des journalistes ont posé des questions…

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