La raffinerie Jean-Gaulin, à Lévis, plus gros émetteur de GES au Québec en 2019, avec un total de 1,33 millions de tonnes. | Photo : Jean-Philippe Bourgoin (CC BY-SA 3.0)

La croissance économique stimule encore une hausse des émissions de GES au Québec

Tout indique que la province ratera ses prochaines cibles de réduction d’émissions.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec ont augmenté en 2019. C’est la troisième année consécutive que la province enregistre une hausse. Cela coïncide avec une croissance rapide du PIB, qui neutralise la réduction de l’impact écologique des activités économiques.

Selon le dernier inventaire publié par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, les émissions de 2019 s’élèvent à 84,3 millions de tonnes de GES. C’est une augmentation de 1,5% comparé à 2018 et de 4,2% depuis 2016.

Par rapport à l’année de référence 1990, il s’agit d’une maigre réduction de 2,7% des émissions. Or, le Québec s’était plutôt donné pour cible une réduction de 20% pour 2020. Il faudra attendre le bilan de 2020 pour juger, mais il est clair qu’un tel objectif apparaît désormais complètement hors d’atteinte.

Malgré tout, le gouvernement Legault croit toujours pouvoir respecter les cibles suivantes : réduire de 37,5% les émissions d’ici 2030, puis atteindre la carboneutralité en 2050. Le gouvernement mise d’abord et avant tout sur son plan d’électrification des transports et de l’économie.

Au cours des trois dernières décennies, chaque dollar de PIB a généré de moins en moins de GES (-45%).

Toutefois le PIB a continué de croître (+77%) : c’est pourquoi la pollution totale n’a pratiquement pas diminué.

Ainsi, les émissions de GES avaient connu un creux en 2015 et en 2016, à 80,9 millions de tonnes. Or, la croissance du PIB s’est accélérée juste après cela : au même moment, la pollution recommençait à augmenter.

Source : Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2019 et leur évolution depuis 1990, Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Électrification ou descente énergétique?

François Geoffroy, co-fondateur du groupe écologiste La Planète s’invite au Parlement, ne croit pas dans la prétention du gouvernement Legault de respecter les prochaines cibles de réduction. « C’est parfaitement irréaliste! » lance-t-il en entrevue.

Selon Greenpeace, le Plan vert du Québec ne permettra de réaliser que la moitié des objectifs pour 2030.

L’électrification de l’économie est essentielle, mais elle ne suffira pas à réduire sérieusement la pollution, juge François Geoffroy. « Il est physiquement impossible de soutenir notre niveau de production actuel » en misant uniquement sur les énergies propres, à moins de couvrir le territoire de barrages hydroélectriques, précise-t-il. Ainsi, « on ne peut pas juste remplacer l’énergie qu’on consomme déjà, il faut une descente énergétique globale », affirme l’écologiste.

En effet, selon les estimations du Front commun pour la transition énergétique (FCTÉ), pour cesser d’émettre des GES d’ici 2050, le Québec devrait diminuer de moitié ses besoins en énergie.

Cela signifierait donc qu’il n’y aurait pas de réduction sérieuse des GES sans décroissance générale de l’économie, analyse François Geoffroy. « C’est la seule solution logique, cohérente avec les connaissances qu’on a », pose-t-il. C’est aussi ce que laissait entendre un récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

« Si le PIB augmente, c’est bien sûr que les émissions augmentent. Les données montrent clairement que les gains qu’on fait d’un côté, on les perd de l’autre. »

François Geoffroy

Plusieurs analyses récentes tendent à montrer qu’il serait impossible de « découpler » le PIB et les émissions de GES, c’est-à-dire de profiter d’une croissance économique sans payer les coûts environnementaux associés.

François Geoffroy déplore que les gouvernements successifs, aussi bien au provincial qu’au fédéral « restent dans la logique de la croissance économique à tout prix et refusent d’entrer dans une logique de réduction ».

Les décideurs doivent opter « entre un environnement d’affaires attrayant pour les intérêts privés et la survie de l’humanité… et leur choix est fait! » s’exclame l’écologiste.

Les gouvernements « font semblant de s’attaquer à la crise climatique », mais leurs bilans sont pleins d’incohérence, critique François Geoffroy. Il cite en exemple le cas de la cimenterie McInnis, porté par les libéraux puis les péquistes, ou encore le dossier du troisième lien, toujours défendu par le gouvernement Legault. « Ils sont dans le spectacle, ils cherchent à nous donner l’impression qu’ils agissent, mais ils savent bien que c’est faux. »

« Je suis rendu très hésitant à laisser [la transition écologique] entre les mains de l’État », déplore le militant écologiste. Or, « on ne peut pas remettre ça entre les mains des individus et on ne peut pas non plus laisser ça entre les mains du marché », croit-il. « Nous devons nous doter d’institutions politiques démocratiques pour planifier des grands pans de notre économie. Il faudra fermer les industries les plus polluantes et les secteurs inutiles » à la qualité de vie, expose-t-il. « On n’a pas le choix. »

D’où viennent tous ces gaz à effet de serre?

Les transports sont à l’origine d’un peu moins de la moitié des émissions de gaz à effet de serre (43%), tandis que l’industrie génère près du tiers (29%) du total. Le chauffage des bâtiments et l’agriculture représentent chacun autour de 10% des émissions.

Les émissions issues des transports sur route, en particulier, ont grimpé de 60% depuis 1990. Pour la première fois, en 2019, les GES provenant des camions légers comme les VUS (32% des émissions du transport routier) ont dépassé ceux émis par les automobiles (31%.) Les véhicules lourds comme les camions de transport de marchandises demeurent toutefois les principaux émetteurs de GES sur les routes (37%) : ils génèrent quasiment trois fois plus de pollution qu’il y a trente ans.

Du côté des industries, on remarque qu’une vingtaine de grandes entreprises sont responsables à elles seules de plus d’un cinquième de toutes les émissions de la province. Parmi elles : les raffineries de Valéro, à Lévis, et de Suncor, à Montréal; de nombreuses alumineries, dont plusieurs appartenant à Rio Tinto; et quelques cimenteries, dont celle de McInnis, à Port-Daniel.

Source : Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2019 et leur évolution depuis 1990, Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

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