Photo : Secrétaire à la Défense des États-Unis (CC BY 2.0)

Des infirmières portent plainte à l’ONU contre les « criminels de la COVID » qui défendent les brevets sur les vaccins

Les brevets sur les vaccins privent les pays du Sud des doses dont ils ont besoin, menaçant la vie de millions de personnes et favorisant le développement de nouveaux variants.

Des organisations d’infirmières de partout dans le monde demandent à l’ONU d’enquêter sur les gouvernements et les lobbys qui bloquent le libre accès aux vaccins et favorisent les profits des géants pharmaceutiques. Elles ont déposé une plainte officielle au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme pour qu’il se penche sur les agissements au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Dès octobre 2020, l’Afrique du Sud et l’Inde ont proposé à l’OMC de suspendre temporairement les brevets sur les vaccins et sur d’autres technologies permettant de lutter contre la COVID-19. Une telle mesure d’urgence, appuyée par 64 pays, retirerait notamment aux grandes entreprises pharmaceutiques comme Pfizer et Moderna leur monopole sur les vaccins et favoriserait l’accès à ceux-ci partout dans le monde.

Mais l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège et Singapour bloquent l’adoption de cette proposition à l’OMC. Ces pays, largement vaccinés, défendent plutôt le maintien de la propriété intellectuelle sur les vaccins et sur d’autres technologies comme des tests ou des ventilateurs.

Ils portent donc directement atteinte au droit humain à la santé, plaide Global Nurses United, une organisation qui regroupe 2,5 millions d’infirmières dans 28 pays, dont celles de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Le refus de certains gouvernements de suspendre les brevets pourrait coûter des millions de vies, insiste l’organisation.

C’est pourquoi elle a déposé une requête urgente auprès de l’ONU pour inciter ces pays à agir et pour qu’une enquête fasse la lumière sur les processus décisionnels de l’OMC dans ce dossier.

« La mauvaise distribution des vaccins […] est un rappel dévastateur de la disparité de richesse déplorable entre les nations riches du Nord et les pays du Sud global », a affirmé Deborah Burger, présidente de la National Nurses United, principal syndicat d’infirmières aux États-Unis.

« Refuser d’agir simplement pour protéger les profits des géants pharmaceutiques est inadmissible, inhumain et doit cesser », a-t-elle ajouté.

Le lobby pharmaceutique et les « criminels de la COVID-19 »

Si des gouvernements s’opposent à la suspension des brevets, c’est parce qu’ils cèdent à la pression du lobby pharmaceutique, affirme Progressive International, un organisme qui a contribué à coordonner la plainte déposée auprès de l’ONU.

Progressive International qualifie de « criminels de la COVID-19 » les gouvernements et les entreprises qui bloquent la suspension de brevets.

Par exemple, les membres de la Commission européenne ont rencontré 161 fois les représentants de l’industrie pharmaceutique durant la première année de la pandémie. Pendant ce temps, ils n’ont rencontré qu’un seul organisme en faveur de la suspension, selon une enquête du Corporate Europe Observatory.

Les brevets favorisent les variants

Le maintien des brevets est l’une des principales causes de l’inégalité d’accès aux vaccins dans le monde, insiste Global Nurses United. Le monopole de quelques entreprises gonfle les prix, en plus de créer une rareté artificielle en limitant la capacité des pays de produire leurs propres doses.

Ces problèmes affectent durement les pays les plus pauvres, créant ce que plusieurs ont appelé un « apartheid vaccinal ».

Doses de vaccin contre la COVID-19 administrées par 100 personnes.
Chaque dose est comptée. Comme une personne peut recevoir plus d’une dose, le nombre de doses par 100 personnes peut être supérieur à 100.

Actuellement, les pays les plus riches se sont procuré près de 7 milliards de doses de vaccins, tandis que les plus pauvres en ont obtenu moins de 400 millions, d’après les chiffres du Duke Global Health Innovation Center. Ainsi, en Afrique, uniquement 3% de la population est vaccinée, rappelait récemment le Secrétaire général de l’ONU. La plupart des personnes habitant les pays moins nantis devront attendre jusqu’en 2023 pour être enfin vaccinées, selon la revue Nature.

Dans ce contexte, « la fin de la pandémie n’est nulle part en vue », écrit Global Nurses United dans sa requête.

Une telle situation expose non seulement les gens des pays du Sud à de graves dangers, elle favorise aussi le développement de nouveaux variants dans les régions faiblement vaccinées, ce qui menace le monde entier. C’est pourquoi la vaccination internationale doit être au cœur des efforts pour mettre fin à la pandémie, insiste Global Nurses United.

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