Une représentante des peuples autochtones invitée à la COP26Une représentante des peuples autochtones invitée à la COP26, le 3 novembre 2021, à Glasgow | Dean Calma (IAEA), wikipedia

Après Glasgow, des leaders autochtones redoutent l’intensification des activités minières

Pour atteindre la carboneutralité en 2050, la demande pour les matières premières dites « critiques » comme le lithium, le cuivre, le cobalt et le nickel sera multipliée par six selon un récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie.

Malgré deux semaines de négociations ardues, « le Pacte de Glasgow pour le climat » n’encadre pas assez la probable ruée vers les minéraux critiques qui alimenteront la transition énergétique, comme le lithium et le cobalt. Selon des représentants des peuples autochtones, les engagements pris par les États ne sont pas assez forts pour protéger les droits autochtones. 

La communauté autochtone de Winneway, en Abitibi-Témiscamingue, a connu son lot de déceptions en lien avec des projets de développement des ressources naturelles sur son territoire.

« Les gens sont méfiants, très méfiants », lance le chef de la Première Nation de Long Point, Steeve Mathias. Il explique que sa communauté a déjà été inondée lors de la construction de barrages et a subi des relocalisations forcées.

Aujourd’hui, la communauté craint à nouveau les conséquences d’un tel projet sur son territoire ancestral, alors que l’entreprise minière Sayona Québec a entamé des forages en vue d’y extraire du lithium, un des minéraux-clé de la transition énergétique. « Les gens craignent des impacts sur la qualité d’eau, la flore, la faune, le poisson, la chasse, la trappe. On n’est pas prêts à faire ce genre de sacrifice-là », martèle Steeve Mathias.

Manque d’engagement pour une transition énergétique responsable

La Première Nation de Long Point n’est pas la seule à s’inquiéter des impacts des activités minières sur sa communauté, et pour cause : pour respecter les nouveaux engagements qu’ils ont pris lors de la COP26 pour lutter contre le réchauffement climatique, les États vont devoir recourir massivement aux énergies et technologies vertes. La ruée vers les ressources minérales nécessaires à cette transition énergétique devra donc s’intensifier au cours des prochaines décennies. 

Selon un rapport récent de l’Agence internationale de l’énergie, la demande pour ces matières premières dites « critiques » comme le lithium, le cuivre, le cobalt et le nickel sera multipliée par six si la planète veut atteindre la carboneutralité en 2050. 

Dans le cadre la COP26, des leaders autochtones du monde entier ont appelé les décideurs politiques à prendre des engagements contraignants pour garantir l’approvisionnement responsable et éthique des minéraux.

« Les engagements qui ont été pris manquent de force », déplore Monica Coc Magnusson, membre des Q’eqchi Maya et directrice de la représentation et des affaires politiques de Cultural Survival, une ONG basée aux États-Unis qui défend les droits des peuples autochtones à travers le monde. Elle se réjouit que la déclaration finale de la conférence de Glasgow reconnaisse le rôle des peuples autochtones dans la lutte contre les changements climatiques et l’importance de respecter leurs droits dans le processus de prise de décision. Toutefois, elle est déçue qu’il n’y ait aucune référence à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et au droit au consentement libre, préalable et éclairé.

Au Québec, les réactions sont aussi mitigées. « Nous constatons que les énergies de transition sont perçues comme une opportunité d’affaire plutôt qu’un moyen de réduire les GES. Les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres et le respect des droits des autochtones sont insuffisamment adressés », note Marc Nantel, porte-parole du Regroupement Vigilance Mines de l’Abitibi et le Témiscamingue qui a co-signé la Déclaration sur l’exploitation minière et la transition énergétique pour la COP26.

Crainte pour les droits humains

« Nous craignons que cette croissance en termes de demande puisse accentuer les violations des droits humains des communautés », lance Freddy Kasongo, secrétaire exécutif de l’Observatoire d’études et d’appui à la responsabilité sociétale et environnementale (OEARSE), un organisme de la société civile congolaise qui travaille sur les questions de gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption.

La République Démocratique du Congo produit 60% du cobalt vendu à l’échelle mondiale et l’exploitation minière y provoque déjà des violations des droits de l’homme et de la pollution environnementale.

Au Brésil, l’intérêt croissant pour ces ressources minérales inquiète aussi les peuples autochtones. Les activités minières près des communautés autochtones comme celle du peuple Munduruku, qui vit dans le sud-ouest de l’état du Pará, au nord du Brésil, accélèrent la déforestation, provoquent des épidémies de malaria et exposent les communautés au mercure selon Luiz Eloy Terena, qui coordonne les services juridiques de L’Articulation des peuples autochtones du Brésil (APIB) et de la Coordination des Organisations indigènes de l’Amazonie Brésilienne (COIAB).

« Le manque d’inspections et plus récemment, les incitatifs pour l’industrie minière de multiplier ses activités près de leurs territoires ont provoqué une crise environnementale et de santé publique. » 

Luiz Eloy Terena

Une responsabilité partagée

À l’aube de l’accélération de la transition énergétique, Freddy Kasongo considère qu’il revient aux pays consommateurs de se conscientiser : « Nous pensons que c’est très important que ces acteurs se sentent responsabilisés par rapport à ces minerais qu’ils sont en train de consommer et dont la chaîne d’approvisionnement n’est pas toujours propre ».

Malgré le manque d’engagements concrets concernant l’approvisionnement en minéraux à la COP26, les organisations de défense des droits autochtones entendent continuer à faire leur travail sur le terrain, explique Monica Coc Magnusson : « Nous avons beau multiplier ces grandes rencontres et ces belles déclarations, mais ce qui importe vraiment sont les actions. Ce que nous faisons sur le terrain est ce qui va faire la différence. » Dans ce contexte, ce sont les peuples autochtones eux-mêmes qui font la plus grande partie du travail, estime-t-elle : « Simplement dans la manière dont nous vivons nos vies, la manière dont nous faisons les choses, et par notre existence même, nous protégeons mère Nature et nous continuerons à le faire. »

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