Pourquoi Mathieu Bock-Côté rejette la notion de « racisme systémique » ?

À plusieurs occasions, le polémiste Mathieu Bock-Coté a expliqué qu’il ne faut surtout pas céder à la pression en acceptant d’utiliser la notion de « racisme systémique » pour qualifier la situation au Québec. Il a expliqué que « ce concept flou n’a pas grande valeur scientifique. Sa principale fonction est d’associer toute forme de résistance au multiculturalisme au racisme. C’est un concept victimaire ».

On pourrait croire alors que Mathieu Bock-Côté lui-même choisit pour s’exprimer des concepts qui ne sont pas flous, qui ont une grande valeur scientifique et, surtout, qui n’exprimeraient pas une complainte victimaire.

Allons voir comment il met sa théorie en pratique.

Son livre L’Empire du politiquement correct, paru en 2019 et encensé par le premier ministre François Legault, a connu une nouvelle édition en format poche, accompagnée d’une préface de 9 pages consacrée principalement à discuter du phénomène woke. Le polémiste l’associe à une « nouvelle tentation totalitaire » et qualifie les « wokes » de « meute lyncheuse » ou de « foules haineuses » pratiquant une « violence idéologique nouvelle » pour mieux « purger » (deux fois) les adversaires sur qui s’abattra la « censure » et la « vindicte publique ». Ces vilains wokes mènent une « croisade » ou une « chasse à l’homme » en plus de « persécuter les opposants » et de les « bannir socialement », d’imposer une « mise à mort civique de l’hérétique » ou une « peine de mort sociale » et de « traiter les dissidents comme des hérétiques à brûler symboliquement » pour finalement « liquider une fois pour toutes ceux qui […] résistent ». Selon Mathieu Bock-Côté, le wokisme — l’antiracisme — serait un « totalitarisme inédit » qui transforme « la société occidentale […] en camp de rééducation à ciel ouvert ». Ces propos ne l’empêchent pas de reprocher deux fois aux wokes de « diaboliser » leurs adversaires… Le début de l’essai qui suit cette préface est de la même eau : « tentation de la censure » « lynchage médiatique », « procès en sorcellerie », « mentalité totalitaire », dans les deux premières pages !

On le voit, Mathieu Bock-Côté ne manie que des concepts précis, avec une grande rigueur scientifique… Et sans jamais se victimiser !

Dans son nouvel essai La révolution racialiste, il repart à la charge et parle d’un « mécanisme d’épuration symbolique » par des « commissaires idéologiques », d’une « nouvelle orthodoxie » de « gardes rouges » « néomaoïstes », d’une « foule lyncheuse » (encore) pratiquant le « lynchage », la « délation », la « surveillance intégrale », la « persécution politique », la « purge politique et médiatique », le « nettoyage ethnique », une « grande croisade »,  « une révolution contre le “Blanc” » à la manière de la « révolution culturelle chinoise », « tribunal populaire » ou « grand tribunal révolutionnaire » où « l’homme blanc devrait se faire rampant », sans oublier la « manipulation orwellienne du vocabulaire ». Mathieu Bock-Côté se croit même être témoin d’une « révolution racialiste [qui] bascule maintenant dans la terreur […]. Après 1793 en France, 1917 en Russie et 1966 en Chine, la tentation totalitaire […] resurgit aujourd’hui dans l’histoire, à l’aube des années 2020 » (je souligne).

Je crois que Mathieu Bock-Côté a raison, finalement. Il vaut mieux ne pas parler de « racisme systémique » au sujet du Québec. C’est beaucoup trop flou, peu rigoureux d’un point de vue scientifique et tellement victimaire… En s’inspirant de sa démarche si rigoureuse, pourquoi ne pas dire, tout simplement, que le Québec est un « camp de rééducation à ciel ouvert » avec un régime « totalitaire-censurant-persécutant-lynchant-brûlant-liquidant-épurant-nettoyant-ethniquement » les personnes racisées. Si ce n’est pas suffisamment clair, on devrait sans doute ajouter, à la manière de Bock-Côté, que les personnes racisées sont ici la cible d’une « terreur » rappelant la révolution française et la « révolution culturelle chinoise ».

Cette nouvelle formulation sera sans doute appréciée par le premier ministre François Legault, grand lecteur des livres de Mathieu Bock-Côté, et qui cherche par tous les moyens à éviter de parler de « racisme systémique ». Pas besoin de me remercier.

Francis Dupuis-Déri

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