La guerre culturelle, c’est une guerre des classes

Judith Lefebvre Chroniqueuse · Pivot
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La guerre culturelle, c’est une guerre des classes

Que ce soit l’immigration ou l’écriture inclusive, la classe politique multiplie les prétextes pour nous faire oublier qu’elle est responsable de la misère du monde ordinaire.

Dire que l’immigration temporaire est une situation précaire dans laquelle se retrouver, c’est un euphémisme.

Le cas des contrats de travail fermés, qui lient les travailleur·euses à un employeur, est particulièrement scandaleux pour les abus de droit auxquels ces travailleur·euses sont exposé·es par leur vulnérabilité. Une situation d’exploitation délibérée, inscrite dans les mécaniques mêmes du processus migratoire. Une disposition impérialiste qui tire profit des inégalités entre le Nord et le Sud global.

Une honte.

Tout comme l’extorsion des étudiant·es étranger·es, qui servent à combler les besoins en financement d’une éducation supérieure victime de l’austérité et de la marchandisation.

Il y a de véritables problèmes à nos politiques migratoires. Trop souvent, on laisse les technocrates traiter les gens comme des corps à exploiter, en oubliant les personnes derrière. Des vies réelles réduites à statistiques démographiques, sans histoire, sans personnalité et sans culture.

Mais ce n’est pas de l’indignité de nos gestionnaires et de nos capitalistes dont se plaignent les politicien·nes. Illes ne cherchent pas à reconnaître les droits des gens qui font rouler les usines en région ou qui mettent de la nourriture sur nos tables. Ils ne cherchent pas à soulager l’anxiété des personnes qui attendent trop longtemps le traitement de leur demande d’asile.

Une escalade rhétorique contrôlée

Dans son discours d’ouverture de la session parlementaire, François Legault désigne lui-même les immigrant·es comme une « richesse pour le Québec ». Une ressource à exploiter au même titre que les minéraux critiques en territoire autochtone.

Il ajoute : « trop c’est comme pas assez ».

C’est que pour le premier ministre, les « politiques d’immigration incontrôlées d’Ottawa » menaceraient la culture québécoise. Il se lamente que des gens ne sourient plus à la mention de « steak, blé d’Inde, patate » ou ne s’émeuvent pas assez des chansons des Cowboys fringants.

En faisant un show, la classe politique pense qu’on va oublier qu’elle ne fait rien pour améliorer nos vies.

Plus encore, les groupes « politico-religieux » islamistes mèneraient un assaut contre les valeurs québécoises.

Une menace pour la civilisation occidentale que le premier ministre se propose de neutraliser en expulsant 200 000 personnes de Montréal et Laval. La plupart, on l’imagine, des Français·es en permis vacances-travail.

La politique passe-passe

La crise de l’immigration est fabriquée de toutes pièces par une élite politique décadente. Un jeu de pouvoir sinistre fondé sur la misère des personnes précaires.

Pendant que Legault s’inquiète d’une culture nationale assiégée, Paul St-Pierre Plamondon fait des discours sur le coût du logement, dont la hausse serait due aux nouveaux et nouvelles arrivant·es.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est une stratégie rhétorique habile qui leur évite d’aborder leur complicité dans notre misère, en tant que représentants de la petite bourgeoisie coloniale. Tweedledee et Tweedledum sont obsédés par le pouvoir que l’État peut exercer contre les pauvres, pour faire oublier celui qu’ils n’exercent pas sur les riches.

Pour les politicien·nes nationalistes, le pouvoir d’État s’exerce sur les corps, et les personnes morales n’en ont pas. Interdire le voile, mais pas le voile corporatif.

lles font de l’esbroufe pour qu’on se concentre à haïr le monde ordinaire plutôt que les élites au pouvoir.

En tant que propriétaire d’immeubles à logement, Plamondon sait très bien qu’il ne va pas baisser les loyers simplement parce qu’il y a moins de locataires. En tant qu’investisseur, il sait très bien qu’il vaut mieux laisser un logement vide que de baisser le loyer. Il sait que l’argent ne se fait pas par la location, mais par la spéculation.

Il y a tout un écosystème de banquiers, de courtiers et de gouvernements qui vivent des transactions immobilières. À chaque transaction la valeur augmente. Plus de commission, plus de taxes, plus de dette.

Il faut que la valeur monte pour combler le budget des Villes, dont les taxes foncières sont la principale source de revenus. Il faut que la valeur monte pour protéger les investissements.

Mais parler de la vie chère, c’est payant politiquement, même quand on n’a aucune intention de s’y attaquer sérieusement. La crise des loyers et le prix de l’épicerie commencent à sérieusement nuire à la moitié de la population qui gagne moins de 40 000 $ par année. Et en bon politicien, PSPP sait qu’il vaut mieux profiter des problèmes que de les régler.

Des diversions violentes

Les illusionnistes ont plus d’un tour dans leur sac. En menaçant aussi les personnes trans et en faisant un show pour retirer les « iels » des communications du gouvernement, la classe politique pense qu’on va oublier qu’elle ne fait rien pour améliorer nos vies.

En expulsant des étudiant·es étranger·es qui paient des milliers de dollars pour venir dans nos écoles, ils espèrent que nous oublierons que leur saccage de l’éducation supérieure a mis fin à la mobilité sociale historique du Québec.

Les politicien·nes se perdent en sparages pour nous faire oublier qu’illes se servent dans la caisse pour payer leurs chums gestionnaires et contracteurs. Illes font de l’esbroufe pour qu’on se concentre à haïr le monde ordinaire, les pauvres, les travailleur·euses, les étudiant·es et la classe moyenne plutôt que les élites au pouvoir.

Les politicien·nes ne peuvent pas régler nos problèmes économiques sans s’attaquer à leurs propres intérêts de classe.

Alors illes laissent la situation pourrir et se cachent derrière leur police.

Illes mènent leur guerre culturelle comme une guerre des classes.