La part de la richesse mondiale détenue par des milliardaires s’est accrue de dix milliards par jour en janvier 2025. Un constat qui met en lumière toute l’importance de revoir la façon dont nous taxons l’extrême richesse, selon un consortium d’une cinquantaine d’organisations internationales.
Ensemble, les milliardaires du monde ont accru leurs avoirs de 314 milliards $ US durant le seul mois de janvier 2025, selon les calculs du mouvement #TaxTheSuperRich, qui réunit une cinquantaine d’organismes, dont Oxfam.
C’est plus que ce que possède collectivement le 35 % de l’humanité le plus pauvre, soit 214,5 milliards $ US, selon la World Inequality Database.
En fait, pour égaler ce que les 2692 milliardaires au sommet de l’économie mondiale ont gagné en un mois, il faudrait que 15 millions de travailleur·euses payé·es au salaire planétaire moyen (soit 20 872 $ US par année) travaillent pendant un an.
« Au-delà des chiffres, ça montre qu’on doit avoir des standards de taxation plus juste », remarque Julie McClatchie, analyste politique chez Oxfam Québec. « C’est d’autant plus vrai lorsqu’on considère que les investissements qui soutiennent ces fortunes sont extrêmement dommageables pour l’environnement », poursuit-elle.
Agir à l’international et au Canada
Dans la dernière année, de nombreuses organisations, comme le G20, ont pris position sur le besoin d’agir collectivement pour redistribuer l’argent accumulé par les ultra-riches, notamment pour aider les pays du Sud global avec les défis posés par l’urgence climatique, rappelle Julie McClatchie.
Par contre, si une meilleure collaboration fiscale internationale est primordiale, notamment pour combattre l’évitement et l’évasion fiscale, elle doit aussi être accompagnée d’efforts au niveau national pour taxer les individus les plus riches, rappelle Julie McClatchie.
Celle-ci pourrait prendre la forme d’une redéfinition des paliers supérieurs d’imposition pour que les individus les plus fortunés soient imposés davantage.
Pour l’instant, au Québec, l’ensemble des gens qui gagnent au-delà de 216 752 $ paient 53,3 % d’impôt sur chaque dollar gagné au-delà de ce seuil. En comparaison, les individus les plus riches du Danemark paient 65,9 % et ceux de la Suède 61,4 % une fois qu’ils ont atteint les tranches d’imposition supérieures en vigueur dans leur pays.
Selon Julie McClatchie, le Canada gagnerait aussi à instaurer une taxe progressive sur les successions. Une mesure qui, là où elle a été instaurée, a prouvé son efficacité pour redistribuer une part des immenses fortunes, rappelle-t-elle.
Ces mesures viendraient grandement améliorer le filet social au pays, selon l’analyste. « On l’a vu avec l’impôt sur le gain en capital, qui affecte 0,1 % de la population et devrait permettre de dégager 19 milliards $ [sur cinq ans]. Que ce soit la crise du logement ou le financement des banques alimentaires, c’est énorme, l’impact qu’on peut avoir avec 19 milliards $ », conclut-elle.