Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
Partager

Le Québec est encore très énergivore, selon le dernier bilan sur le secteur de l’énergie dans la province, notamment parce que les choix de consommation des Québécois·ses qui en ont les moyens effacent en grande partie les gains en efficacité énergétique réalisés dans les dernières années. Et la consommation supplémentaire des ménages les plus riches sert bien souvent à alimenter leurs voitures en énergie fossile et à chauffer leurs plus grandes demeures.

La consommation d’énergie par habitant·e du Québec s’élevait à 191 gigajoules (GJ) en 2022, selon le dernier rapport sur l’État de l’énergie du Québec, publié jeudi. C’est près de quatre fois la moyenne mondiale (53 GJ).

Toutefois, les Québécois·es ne participent pas tou·tes de la même façon à ce bilan. En effet, les ménages appartenant au 20 % des mieux nantis dépensent environ 5993 $ par année en énergie, soit trois fois plus que ceux appartenant au 20 % le moins riche (1 990 $).

Toujours plus de voitures… et d’essence

Cet écart s’explique en grande partie par la consommation d’essence et d’autres combustibles fossiles par les ménages plus riches, qui sont plus susceptibles de posséder une ou plusieurs voitures.

D’ailleurs, le parc automobile du Québec a continué à croître pour atteindre un peu plus de 7 millions de véhicules en 2022. Du nombre, on compte de plus en plus de véhicules électriques, mais ceux-ci viennent en quelque sorte s’ajouter aux véhicules à essence, plutôt que de les remplacer, a prévenu Pierre-Olivier Pineau, auteur du rapport, lors de son dévoilement.

« Si bien qu’on n’a jamais consommé autant d’essence », constate le professeur à HEC. « Mais au moins, les émissions de gaz à effet de serre de l’essence ont légèrement diminué, car celle-ci n’a jamais autant contenu de bio-carburant (éthanol) », précise-t-il.

Le nombre de véhicules par tranche de mille habitant·es décline légèrement année après année depuis son sommet de 2021, pour atteindre 683 en 2023. Une bonne nouvelle, mais elle pourrait s’expliquer davantage par les problèmes d’approvisionnement de l’industrie automobile que par un réel changement de comportement de la population, prévient Pierre-Olivier Pineau.

Chauffer plus pour abriter moins

Le situation de logement des Québécois·ses les plus nantis pourrait également expliquer une partie de l’écart observé avec les plus pauvres.

Selon le rapport, les ménages habitant dans des appartements consomment environ 58 % de l’énergie utilisée par ceux qui résident dans des maisons unifamiliales. Les maisons attenantes (jumelées et en rangée) consomment également significativement moins (74 %) que les unifamiliales, même si ce type de construction est plus rare au Québec.

La grande consommation d’énergie du secteur résidentiel s’explique en partie parce que les Québécois·ses qui peuvent se le permettre achètent des maisons de plus en plus grandes pour y loger de moins en moins de monde, rappelle le rapport.

En effet, la superficie de plancher disponible par habitant·e a augmenté de 24 % entre 1990 et 2022, au même moment où le nombre de logements par mille habitant·es a augmenté de 18 %.

Cette augmentation de la taille des bâtiments n’est d’ailleurs pas limitée au secteur résidentiel, car les commerces ont également augmenté leur superficie de 28 % durant la même période.

« Nous avons fait beaucoup de gains en efficacité dans le chauffage des bâtiments dans les dernières années, mais ils ont en quelque sorte été annulés par l’augmentation des mètres carrés à chauffer », souligne Pierre-Olivier Pineau.

Récents articles

Voir tous