Sam Harper Journaliste aux balados · Pivot
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Le 28 octobre dernier, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, affirmait que les « seuils astronomiques » d’immigration nuisent au taux de natalité en alimentant la crise du logement, qui découragerait les familles d’avoir des enfants. Le hic ? Il ne semble y avoir aucune donnée pour appuyer cette affirmation.

Lors de la présentation du plan du Parti québécois (PQ) pour l’immigration, Paul St-Pierre Plamondon a fait cette déclaration : « Si nos seuils d’immigration sont trop élevés, il n’y a pas de logements, le logement coûte très cher, les gens sont étouffés au niveau du paiement de leur hypothèque et du loyer. Est-ce qu’ils vont prendre la décision d’avoir un enfant ou un enfant de plus ? Les deux sont reliés ».

Nous avons tenté de communiquer à plusieurs reprises avec le bureau de Paul St-Pierre Plamondon pour connaître ses sources permettant d’affirmer que l’immigration et la crise du logement avaient un lien avec le taux de natalité au Québec. Malgré des accusés de réception, nous n’avons eu aucune réponse à nos questions.

Logement et natalité

Pivot a aussi adressé une demande d’accès à l’information à l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour obtenir « tout document établissant un lien entre la crise du logement et le nombre de naissances au Québec, et ce, au cours des cinq dernières années ». L’ISQ a répondu en affirmant n’avoir « aucun document répondant à [cette] demande ».

Un sondage effectué en octobre 2023 par la société Abacus pour le compte de l’Association canadienne de l’immobilier (ACI) rapportait que 55 % des répondant·es de 18 à 34 ans qui prévoyaient avoir des enfants avaient décidé d’en avoir moins ou décidé de retarder le moment d’en avoir à cause du coût de l’habitation.

Une note de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publiée en octobre 2024 et basée sur des données de l’ISQ, montre que le taux de fécondité a subi une chute substantielle dans les années 1960, soit bien avant la crise du logement actuelle.

Depuis les années 1980, le taux de fécondité dans la province demeure plutôt stable, se maintenant entre 1,73 et 1,36 enfant par femme, avec une moyenne de 1,56. Entre 2019 et 2023, il est passé de 1,57 à 1,38.

Immigration et natalité

Or, affirmer qu’il y a un lien causal entre l’immigration et la crise du logement est un raccourci. Cette idée, souvent véhiculée, occulte le désinvestissement gouvernemental dans la construction de logements sociaux, la hausse des taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation, le rôle des rénovictions et des loyers qui explosent, ainsi que la multiplication des locations de type Airbnb.

L’auteur de la note de l’IRIS, Philippe Hurteau, rappelle que le taux de fécondité au Québec, qui était de 1,48 en 2022, dépasse celui de pays très fermés à l’immigration comme le Japon (1,26) et la Corée du Sud (0,78). L’Allemagne, qui a accueilli massivement des immigrant·es fuyant la guerre en Syrie, a un taux de natalité similaire au Québec (1,46).

Philippe Hurteau avance également que l’immigration semble même contribuer positivement à la natalité au Québec. En effet, si on observe les naissances par mille habitant·es au Québec entre 1980 et 2023, le nombre d’enfants dont au moins un parent est né à l’étranger a augmenté (de 1,9 à 3,3), tandis que celui des enfants issus de deux parents canadiens a diminué (de 13 à 5,5).

Ainsi, la part des enfants issus d’au moins un parent immigrant est passée de 13 % à 34 % depuis 1980.

Il semble donc, comme l’écrivait Philippe Hurteau, qu’« il est manifeste que l’affirmation lancée par PSPP n’a aucun fondement empirique ». 

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