La guerre d’Israël au Liban a fait près de 4000 morts, 16 000 blessé·es et environ 1,5 million de personnes déplacées. Parmi ces blessé·es : certain·es souffrent de graves brûlures, allant du deuxième au troisième degré. Dans le plus important service des grand·es brûlé·es du pays, à l’hôpital privé Libanais-Geitaoui, à Beyrouth, de nombreux patients sont des enfants.
Hussein, dix ans, est allongé sur le côté gauche. De larges bandages blancs le couvrent de ses pieds jusqu’au sommet de son crâne. Le garçon regarde une tablette où défilent des images colorées, les yeux semi-clos. Il semble peiner à rester éveillé. Sa trachée est ouverte. Dedans a été inséré un tube afin qu’il puisse respirer. Idem au niveau de son estomac pour qu’il puisse se nourrir.
Hussein fait partie des près de 16 000 blessé·es par les bombes israéliennes au Liban.
Quand nous le rencontrons dans l’unité des grand·es brûlé·es, qui se situe au niveau -3 de l’hôpital Libanais-Geitaoui à Beyrouth, le cessez-le-feu n’a pas encore été annoncé. Il entrera en vigueur deux jours plus tard. L’enfant a été victime d’une frappe israélienne le 25 septembre sur le village de Maaysara, dans le Kesrouan, au nord de Beyrouth, qui accueillait de nombreuses personnes déplacées.
Le père d’Hussein se tient à côté de son lit d’hôpital. Les bras croisés, le regard en direction de son fils. La tristesse se lit sur son visage.

« Mon fils de dix ans était en train de jouer dehors avec sa sœur et d’autres enfants quand la maison a été bombardée. Sa sœur, ma fille, a été tuée. Lui a été gravement touché. La moitié de son cerveau sortait de la boîte crânienne », relate le père, qui n’a pas souhaité décliner son prénom.
Le petit garçon a été inconscient pendant une dizaine de jours, transféré dans plusieurs hôpitaux avant d’arriver à Geitaoui le 21 novembre.
« Il ne peut pas parler, indique le docteur Ziad Sleiman, chirurgien plastique, en rendant visite aux patient·es du service des grand·es brûlé·es. Il a une paralysie des cordes vocales. Il ne peut ni respirer ni avaler… Nous essayons de faire en sorte qu’il aille mieux… »
Une soixantaine de patient·es
Ce service des grand·es brûlé·es est la plus grande unité capable de prendre en charge ces blessures au Liban.
Un service plus petit a été ouvert il y a quelques années à l’hôpital gouvernemental Nabih Berri dans la ville de Nabatieh (zone régulièrement bombardée depuis un an), mais il n’est pas aussi équipé pour soigner les grand·es brûlé·es. Ce service avait fermé ses portes pendant la pandémie de COVID-19 et les a rouvertes il y a environ six mois, pendant la guerre. Au total, l’unité de Nabih Berri a accueilli jusqu’à 35 patient·es et dispose de six lits, dont quatre en soins intensifs. Les patient·es, d’abord admis à Nabatieh, sont ensuite envoyé·es à Beyrouth pour y recevoir une greffe de peau.
À Beyrouth, le service compte neuf lits en temps normal. En raison de la guerre, une extension a été installée au rez-de-chaussée et les équipes peuvent maintenant soigner jusqu’à 25 patient·es à la fois.
« Le service est presque plein à l’heure actuelle », indique le docteur Naji Abi Rached, directeur médical. « Nous avons reçu plus de 60 patients hautement brûlés depuis le début de la guerre, qui souffraient de brûlures très sévères : avec plus de 60 % de la surface de leurs corps, aux deuxième et troisième degrés, voire au quatrième. »
C’est le cas du jeune Hussein : 60 % de son corps a été brûlé au troisième degré. Aujourd’hui, ses brûlures ont été requalifiées en deuxième degré en raison des traitements.

Le garçon ouvre les yeux et fixe l’écran, toujours allongé du même côté. Il les referme à nouveau quelques secondes plus tard.
Son père souffle. « Comment je me sens? Je ne sais pas. Je ne réalise toujours pas ce qu’il s’est passé… J’ai le souvenir de ma fille en tête », lâche celui qui a perdu dix autres membres de sa famille lors de l’attaque.
Un bilan provisoire émis le jour même par le ministère de la Santé du Liban indiquait trois personnes tuées et neuf blessées en précisant que ce nombre risquait de s’alourdir, car les recherches se poursuivaient.
Des cicatrices toujours visibles
Dans la chambre derrière celle de Hussein, Ahmad (prénom d’emprunt) joue avec des pistolets en plastique sur son lit d’hôpital.
Sa tante, Fatima (prénom d’emprunt), est auprès de lui. Elle est quasiment la seule famille qui lui reste aujourd’hui.
Cet enfant de quatre ans est un rescapé d’une frappe aérienne sur la maison dans laquelle il restait avec sa famille, près de la ville de Nabatieh au sud du Liban, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre.
« J’ai perdu mon père dans cette attaque », explique la jeune femme qui porte un hijab noir. « La mère d’Ahmad a été gravement blessée et a fini par succomber à ses blessures. Son père, lui, est toujours en vie », décrit la tante, loin d’être à l’aise avec les journalistes.
Arrivé ici en début de mois, le petit garçon semble aller beaucoup mieux. Mais il a été brûlé intensément sur tout le corps. Les cicatrices sont encore visibles sur une partie de son visage, de son cou et de son bras droit.
À son chevet, les sentiments de Fatima oscillent entre confiance et inquiétude. Ahmad regarde des dessins animés à la télévision et demande un jouet à sa tante.
« J’ai l’impression que, mentalement, ça va. Mais j’attends de voir quand il pourra remarcher, comment il va s’adapter… » dépeint la gardienne du garçon de quatre ans.
La plus grosse blessure du garçon se cachait sous les draps blancs de l’hôpital. Ahmad a été brûlé au troisième degré par la frappe, mais celle-ci l’a aussi amputé d’une de ses jambes.

« L’amputation et le traumatisme, c’est une combinaison qui rend les choses plus difficiles », observe le docteur Sleiman. « Ahmad va mieux, mais il a toujours besoin d’être suivi et soigné. »
Dans quelques jours, ces deux enfants sortiront de l’unité des grand·es brûlé·es. Mais leurs suivis se poursuivront. Leurs corps seront marqués à vie par ce terrible jour. Leurs esprits aussi.
La tante d’Ahmad souligne : « Il se souvient de tout à propos de l’attaque. Il en fait des rêves… des cauchemars plutôt. Il en parle… »
Des images qu’ils garderont dans leur chair.
Avec la collaboration de Tima Meroueh pour la traduction