Manifestation contre les conditions « dystopiques » imposées aux grimpeurs du pont Jacques-Cartier

La Couronne a demandé le silence aux activistes écologistes en échange de leur libération en attente de procès.

Oona Barrett Vidéojournaliste · Pivot
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Une manifestation a lieu jeudi au palais de justice de Montréal pour dénoncer la répression exceptionnellement sévère à l’encontre des militant·es écologistes qui ont bloqué le pont Jacques-Cartier pour réclamer des actions du gouvernement face à la crise climatique. La cour décidait des conditions de libération du dernier des trois arrêté·es, qui a refusé d’accepter les conditions exceptionnellement strictes imposées à ses camarades. Il a finalement été libéré avec des restrictions en moins.

Des dizaines de personnes se sont mobilisées jeudi sous forte surveillance policière devant le palais de justice de Montréal en soutien à Olivier Huard, un des deux grimpeurs arrêtés pour avoir escaladé le pont Jacques-Cartier le 22 octobre dernier.

Elles attendaient la décision concernant sa libération sous conditions, alors que le militant mène une grève de la faim depuis maintenant cinq jours pour protester contre son emprisonnement, mais aussi contre des conditions de libération qualifiées d’anti-démocratiques.

« Libérez notre camarade! » a scandé la foule.

« On nous déroule un scénario dystopique où on réprime de manière sans précédent les activistes écologistes, tout en sachant que les conséquences du changement climatique s’aggravent, tuent des millions de personnes chaque année, à commencer par les plus vulnérables », a lancé un manifestant s’adressant aux personnes rassemblées.

Olivier Huard a été arrêté la semaine dernière avec deux autres personnes, Jacob Pirro et Michèle Lavoie, et tou·tes trois sont accusé·es de méfaits. La cour avait alors déterminé qu’ils et elle étaient trop dangereux pour être remis en liberté immédiatement et devraient rester en détention en attendant de comparaître pour déterminer leurs conditions de leur libération.

Jacob Pirro et Olivier Huard sont déjà impliqués dans une affaire similaire liée au blocage d’un terminal pétrolier en 2022.

Pirro et Michèle Lavoie ont été relâché·es au courant de la semaine avec des conditions particulièrement sévères à respecter, notamment une interdiction de manifester et surtout de s’exprimer publiquement sur leur cause.

« Toutes les conditions de libération sont vraiment exagérées : le fait de ne plus avoir le droit de parler à ses co-accusé·es et de ne pas parler aux médias, d’avoir un couvre-feu, de ne pas pouvoir se rassembler, ni d’aller à des manifestations », dénonce Mathilde, une porte-parole du collectif Antigone, auquel sont liés les grimpeurs.

La Couronne souhaitait imposer à Olivier Huard des conditions similaires, mais celui-ci les a refusées, estimant qu’elles allaient à l’encontre de ses libertés fondamentales. Le juge ne lui a finalement pas imposé de couvre-feu ni d’interdiction de manifester ou de s’exprimer publiquement. Il a aussi déploré la longue durée de la détention d’Olivier Huard.

Elle estime que la sévérité de la réaction des autorités vise à réprimer la désobéissance civile écologiste. « Toutes ces mesures-là, toutes ces conditions-là, ça vise à diviser le mouvement de lutte qu’on essaye de construire ici, à criminaliser encore plus et isoler les activistes pour qu’ils ne puissent plus travailler ensemble. C’est la première fois au Québec qu’il y a une telle criminalisation. »

« Je pense que cette volonté de criminaliser les activistes, c’est aussi pour faire peur.

Dure détention

Les grimpeurs et leurs allié·es ont aussi dénoncé les conditions de leur détention, affirmant qu’elles « contrevenaient à leurs droits fondamentaux ». « Ils étaient 17 dans une petite pièce. Jacob et Olivier ont partagé le même lit, qui était juste un matelas posé au sol », relate Mathilde.

« Ça a été très difficile pour eux de pouvoir parler à leur avocate. Ils sont restés dans leurs vêtements parce que c’était impossible de leur apporter du linge et de leur parler. »

C’est en réponse à tout cela qu’Olivier Huard avait entamé une grève de la faim le 26 octobre.

« Il faut que la démocratie reste un lieu de contestation »

Pour Mathilde, les actions de perturbation comme celle du pont Jacques-Cartier demeurent « légitimes », malgré leur illégalité et la réponse ferme des autorités. « La désobéissance civile, maintenant, est vraiment essentielle pour impulser un changement dont on a éminemment besoin étant donné les circonstances dans lesquelles on est. »

« Il faut que la démocratie reste un lieu de contestation. Je pense que c’est une volonté de montrer que la démocratie n’est plus un lieu de contestation, malheureusement. »

Rappelons que les activistes écolos avaient escaladé le pont Jacques-Cartier pour « faire passer un message » et demander au gouvernement fédéral de mettre fin aux énergies fossiles d’ici 2030 et de créer une agence nationale pour faire face aux catastrophes naturelles qui se multiplient avec la crise climatique.

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