Le croisement entre, d’une part, l’entente amère finalement conclue entre le gouvernement et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et, d’autre part, le piétinement des négociations de la CAQ avec les intervenant·es en petite enfance met en évidence le désaveu incessant des métiers dits du « care » ou qui sont reliés au soin.
Faut-il rappeler que ce sont là des professions qui, historiquement, sont associées aux femmes et qui reposent en grande partie sur elles.
En effet, celles et ceux que le premier ministre François Legault qualifiait pourtant volontiers de « travailleurs essentiels » et « d’anges gardiens » pendant la pandémie de COVID-19 sont aux prises avec une dévalorisation économique et sociale tenace, qui nuit à la rétention du personnel et qui, ultimement, porte bien sûr préjudice à l’ensemble de la population pour qui l’accès aux services est de plus en plus difficile.
Une entente amère avec les infirmières
La FIQ est finalement arrivée la semaine dernière à une entente avec la CAQ, au terme de deux longues années de négociations houleuses pour la mise à jour de la convention collective.
L’accord a cependant un goût amer du côté du syndicat qui représente le personnel infirmier, d’autant que l’adoption de la recommandation du conciliateur à seulement 66,3 % laisse comprendre que l’appui était loin d’être unanime au sein des membres votantes (qui ont participé au vote à un taux de 75 %).
Malgré l’obtention de mesures qui devraient aider à limiter certains abus, la FIQ n’a pas pu empêcher le déplacement forcé du personnel entre les départements et même d’un établissement à l’autre. Elle n’a pas non plus obtenu ce qu’elle souhaitait en ce qui a trait au temps supplémentaire obligatoire, décrié depuis longtemps.
La CAQ peine toujours à se montrer crédible lorsqu’elle affirme prendre la situation au sérieux et respecter le travail des infirmières.
Dans sa publication annonçant la fin des négociations sur le réseau social X, le premier ministre François Legault affirme que c’est en obtenant « la flexibilité et la souplesse nécessaire » de la part du syndicat qu’une entente a pu être conclue. Ce choix de mots contribue malheureusement à faire peser sur le personnel infirmier, qu’on sait déjà gravement surmené, et sur ses représentant·es la responsabilité de la détérioration des services et de leur difficulté d’accès.
Nouveaux moyens de pression pour les éducatrices en CPE
En parallèle, les membres de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) demeurent sans contrat de travail depuis le 31 mars 2023 et ne parviennent pas à s’entendre avec le gouvernement pour l’obtention d’une nouvelle convention collective.
On apprenait d’ailleurs mercredi que les éducatrices en CPE et en milieu familial mettront en place de nouveaux moyens de pression dès la semaine du 11 novembre, dans l’espoir d’enfin faire progresser les négociations.
Notre organisation sociale sexiste et désuète fait des femmes des travailleuses invisibles, sous-payées et épuisées.
Alors que les journées du 21 au 27 octobre marquent la Semaine nationale des éducatrices et éducateurs de la petite enfance, la députée libérale Jennifer Maccarone a martelé à l’Assemblée nationale que le personnel éducateur ne souhaitait plus uniquement recevoir des remerciements et des hommages verbaux ou symboliques, mais de la reconnaissance concrète.
Selon la députée, le Québec aurait même tout à gagner de s’inspirer de l’Île-du-Prince-Édouard, qui a significativement augmenté la rémunération des éducatrices et où le recrutement et la qualité des services s’en trouvent améliorés.
De son côté, le député péquiste Joël Arseneau a présenté cette semaine à l’Assemblée nationale une motion qui visait à reconnaître l’apport essentiel des éducatrices et éducateurs à la petite enfance. La motion a été refusée ce qui, pour l’organisme Ma place au travail, accentue le désaveu de la profession et qui augure mal pour la suite des négociations.
L’urgence de rompre avec les traditions
Bien entendu, on ne saurait blâmer uniquement le gouvernement en place : la CAQ a hérité d’une situation déjà fragilisée, notamment par les politiques d’austérité des gouvernements libéraux de Jean Charest et de Philippe Couillard.
Dans son essai Les libéraux n’aiment pas les femmes, Aurélie Lanctôt détaille d’ailleurs en quoi, selon elle, les politiques économiques et sociales libérales des dernières décennies ont porté une grave atteinte aux droits et aux conditions de travail des femmes, notamment celles des professions du care.
Ultimement, notre système et notre organisation du travail constituent même pour plusieurs l’héritage d’un capitalisme patriarcal d’après-guerre qui souhaitait exclure les femmes du milieu ouvrier et les reléguer à des activités invisibles peu ou pas rémunérées, mais non moins essentielles pour le bien-être de tou·tes – et pour faire rouler l’économie.
Néanmoins, la CAQ peine toujours à se montrer crédible lorsqu’elle affirme prendre la situation au sérieux et respecter le travail des infirmières, des éducatrices – et plus largement de toutes les professionnelles des milieux éducatifs, hospitaliers et communautaires.
À quand un gouvernement qui acceptera réellement de tourner le dos à une organisation sociale sexiste et désuète qui fait des femmes des travailleuses invisibles, sous-payées et épuisées?