La CAQ et les infrastructures de transport collectif : un cas de myopie institutionnelle

Ludvic Moquin-Beaudry Chroniqueur · Pivot
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La CAQ et les infrastructures de transport collectif : un cas de myopie institutionnelle

Le gouvernement caquiste semble incapable d’envisager l’avenir des infrastructures de transport collectif, au détriment de tout le monde.

La fermeture préventive de trois stations du métro de Montréal (avant la réouverture de deux d’entre elles) a fourni un exemple bien concret d’un problème au sujet duquel la Société de transport de Montréal (STM) sonne l’alerte depuis un bon moment déjà : le sous-financement des programmes d’entretien des infrastructures de transport collectif, à commencer par le métro.

Pour le dire en un mot : les sommes prévues actuellement par le gouvernement ne sont pas suffisantes pour assurer un maintien fiable et sécuritaire du service à moyen et long terme.

Mais cela ne semble pas émouvoir le gouvernement Legault, qui semble souffrir d’une sévère myopie l’empêchant de voir plus loin que le bout de son nez.

Incapables de voir l’avenir

En dollars constants, les chiffres sont clairs : en 2024, le gouvernement du Québec investit 41 % de moins qu’en 2013.

Pourtant, le métro n’a pas soudainement cessé de vieillir. Au contraire : certains de ses éléments (structures, membranes d’étanchéité, escaliers roulants, etc.) sont en fin de vie utile et les négliger compromet la capacité de la STM à assurer le service. Et cela ne tient même pas compte des investissements nécessaires pour mettre le système à niveau aux normes contemporaines – par exemple, le programme d’ajout d’ascenseurs est en ce moment sur la glace, faute de fonds.

Il ne manque que l’argent, qui se trouve à Québec.

Et plus on attendra pour faire l’entretien nécessaire, plus cela coûtera cher le moment venu – c’est le principe même de l’entretien. Et plus on attendra, plus les travaux seront longs, pénibles et sources de mécontentement (fermetures temporaires de stations, excavations imposantes de la chaussée, etc.). Sans mentionner l’augmentation exponentielle du risque de bris, qui causeront des interruptions de service pour des durées indéterminées et des travaux d’urgence, eux aussi toujours plus coûteux qu’un entretien en bonne et due forme.

La question se pose donc : à quoi joue le gouvernement Legault? L’expertise des ingénieur·es de la STM a pointé le problème et les solutions. Il ne manque que l’argent, qui se trouve à Québec, mais qui n’a pas été mis au budget, en dépit des demandes. La ministre des Transports Geneviève Guilbault entretient-elle une sorte de pensée magique voulant qu’aussi longtemps qu’on se croise les doigts, rien ne brise? Ou bien a-t-elle déjà abandonné l’idée d’être réélue au gouvernement en 2026 et se déleste de toute responsabilité au-delà de ce terme?

La Coalition avenir Québec ne devrait-elle pas, justement, être capable d’entrevoir l’avenir? Comme tout propriétaire de maison qui sait que certains éléments auront besoin d’être réparés dans deux, dix ou 20 ans?

Incapables de voir au-delà de leur pare-brise

Bien qu’ils et elles soient propriétaires immobiliers, les caquistes ne sont certainement pas des gens qui utilisent les transports en commun et qui en comprennent les bénéfices. Avec seulement deux élu·es sur l’île de Montréal, on peut dire que la métropole ne penche pas lourd dans la balance.

Et, bien que François Legault et une poignée de ministres habitent effectivement à Montréal – souvent dans des condos sur l’île des Sœurs –, ce sont des voitures avec chauffeurs qui assurent leurs déplacements. Sinon, les autres habitent en banlieue ou en région rurale – là où la voiture règne toujours massivement.

Ceci pourrait expliquer la raison pour laquelle l’entretien des infrastructures routières n’a jamais connu de baisse – bien au contraire : le budget 2024 a ajouté 2 milliards $ pour ces dépenses, totalisant maintenant 28,3 milliards $ sur un horizon de dix ans.

Au-delà de l’entretien, on peut faire une liste des projets de prolongement et d’élargissement du réseau autoroutier lancés par la CAQ, de l’autoroute 19 (une absurdité urbanistique, mais passons) à la 50, en passant par la 5 ou la 70. Toutes des infrastructures qui auront également besoin, à terme, d’entretien.

Dans les esprits caquistes, la voiture règne et continuera de régner.

Tous postes considérés, ce sont plus des deux tiers des investissements en transport qui sont dirigés vers le réseau routier. Pourtant, l’Ontario – province à laquelle Legault aime bien comparer le Québec pour illustrer notre retard collectif – a choisi exactement l’inverse : chez nos voisins, les deux tiers de ces investissements sont destinés au transport en commun.

Dans les esprits caquistes, comme dans leurs entrées de garage, la voiture règne et continuera de régner, manifestement. Et les gens qui prennent le transport en commun n’auront qu’à aller allumer des cierges à l’église du coin pour prévenir les interruptions de service ou accidents.

Or, a-t-on besoin de répéter une fois de plus que chaque personne qui prend le transport en commun, c’est une personne de moins qui viendrait contribuer à alourdir la congestion automobile? Ce sont les voitures qui créent la congestion : en retirer, c’est ce qui décongestionne. Et le moyen le plus efficace demeure encore et toujours le transport collectif. L’équation, pourtant si simple, devrait être saisie avec aisance par un gouvernement de comptables.

Les fausses excuses

Talonné par l’opposition ces derniers jours, le gouvernement, par la voix du premier ministre lui-même, s’est fendu d’une énième déclaration étonnante qui révèle son désengagement du transport collectif. Selon Legault, ce serait à la Ville de Montréal et au gouvernement fédéral d’investir davantage pour le maintien des actifs.

Or, cela n’a jamais été le rôle de ces paliers, qui ont plutôt participé au développement du réseau de métro, pas à son entretien. Et même si c’était le cas, rien n’explique la baisse des investissements en entretien sous le règne de la CAQ.

Du même souffle, Legault se vante d’avoir investi plus que tout autre gouvernement dans le transport collectif. Cette affirmation doit être fortement nuancée. Les chiffres auxquels le gouvernement fait référence sont ceux du renflouement des sociétés de transport en raison de la pandémie de COVID-19. N’importe quel gouvernement aurait fait de même : cela ne traduit aucune vision particulière. Se féliciter d’avoir fait le strict minimum n’a rien de très convaincant.

Également, le projet de prolongement de la ligne bleue est cité comme exemple de l’engagement caquiste. Or, c’est un argument vicié, pour au moins deux raisons. D’une part, ce n’est pas la CAQ qui a initié le projet, mais le gouvernement péquiste de Pauline Marois, dont l’élan a été repris par celui de Philippe Couillard. La CAQ a simplement eu la lourde tâche de ne pas annuler le processus en cours.

Se féliciter d’avoir fait le strict minimum n’a rien de très convaincant.

D’autre part, mentionner ce projet fait ressortir le fait que c’est le seul qui ait émergé sous le gouvernement Legault. Tous les autres, du « REM de l’Est » au tramway de Québec, en passant par le projet du grand Sud-Ouest (tramway vers Lachine), sont encore sur la table à dessin… alors qu’un minimum de volonté politique aurait permis de les mettre en branle depuis de nombreuses années.

On dit souvent qu’il faut viser haut pour aller loin. Encore faut-il être capable de voir l’horizon.