Ne perdons pas le pari de l’Humanité!

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Ne perdons pas le pari de l’Humanité!

De la conspiration antisémite au féodalisme esclavagiste : le trumpisme réunit toutes les dystopies.

« Si je perds, les Juifs y seront pour quelque chose. »

Je paraphrase un peu, mais cette affirmation – qui pourrait avoir été prononcée durant l’infâme congrès nazi du 20 février 1939 au Madison Square Garden à New York – est plutôt sortie du mâche-patates de Donald Trump, la semaine dernière, lors d’un rassemblement… contre l’antisémitisme.

Pire encore reste à ce jour le silence absolu et hautement cynique du American Israel Public Affairs Commitee (AIPAC) sur ce scandale qui, nous le savons, aurait signifié la chute brutale de la carrière politique de quiconque, sauf Trump.

Déjà que l’AIPAC – une organisation qui se définit comme « bipartisane », mais qui se révèle sans cesse la grande championne de la droite dure pro-israélienne et du Parti républicain – avait laissé passer les remarques antisémites de Marjorie Taylor Greene qui a mis les pires théories de complot anti-juives au goût du 21e siècle avec ses « Jewish Space Lasers ».

Mais cette chronique ne s’intéressera pas spécifiquement à ces incidents racistes, car ils ne représentent au fond qu’un des multiples aspects de la violence et de la haine qui animent la nébuleuse trumpiste. L’émergence de la secte MAGA (peut-on, à ce point, encore la décrire comme un mouvement politique?) a permis l’expression de moins en moins complexée et de plus en plus violente d’un racisme et d’une haine tous azimuts envers tout ce qui n’est pas blanc et chrétien dans ce pays en irréversible déclin.

Sombres idiots

La semaine dernière, le balado Behind the Bastards a consacré deux épisodes à la pseudo-pensée de Curtis Yarvin, le maître à penser du colistier de Trump, JD Vance.

Cet ingénieur informatique s’est fait connaître comme théoricien politique par son blogue Unqualified Reservations,à travers lequel il est devenu un des fondateurs du Dark Enlightenment(aussi connu sous le nom de mouvement néo-réactionnaire, ou NRx). Il s’est aussi imposé comme un influent penseur qui comptait parmi ses lecteurs Steve Bannon, l’architecte de la première campagne de Donald Trump, et Peter Thiel, un des grands barons de la haute technologie, qui a longtemps financé les activités politiques de Yarvin.

L’émergence de la secte MAGA a permis l’expression déccomplexée et violente d’un racisme et d’une haine tous azimuts

Le mouvement NRx promeut le rejet de la démocratie et de l’idée même de droits de la personne, à la faveur d’une espèce de néo-féodalisme dans lequel toutes les formes modernes de gouvernement sont démantelées à la faveur d’oligarchies dirigées à la manière d’entreprises par des ploutocrates autoritaires. On peut s’en faire un portrait à partir d’exemples dans la culture populaire, notamment la Omni Consumer Products du film Robocop, qui cherche à privatiser la ville de Détroit.

Mais surtout, dans le cas qui nous occupe pour cette chronique, les « penseurs » du Dark Enlightenmentressuscitent la hiérarchie des sexes et… des races. Pour eux, certaines « races » seraient plus disposées que d’autres à l’esclavage.

Dans un grand élan d’un révisionnisme des plus dangereux, Yarvin adhère à l’idée selon laquelle l’Allemagne nazie était en situation d’autodéfense et Adolf Hitler était un patriote qui défendait son pays contre… les mondialistes et les communistes.

Le monde à venir?

Voici donc un portrait quasi apocalyptique qui réunit à peu près tous les récits dystopiques existants, présentés comme la nouvelle marche du monde souhaitée par des fascistes de l’élite technologique. Ils ont désormais, à travers un candidat à la vice-présidence du centre de l’Empire occidental, l’oreille des puissants de ce monde.

Comme le disait Gramsci, le clair-obscur entre deux mondes est un terreau fertile pour la naissance de monstres.

S’ils gagnent, nous perdrons le pari de l’Humanité.