Une vigile a été tenue mercredi soir à Montréal en l’honneur de six personnes autochtones récemment tuées par les forces de l’ordre canadiennes. Ces morts sont des conséquences directes du colonialisme et du racisme qui imprègnent la police, ainsi que de l’inaction politique, ont insisté les activistes présent·es.
Six personnes autochtones ont été tuées par des policiers en onze jours au Canada.
C’est en raison de ce lourd bilan qu’une centaine de montréalais·es se sont réuni·es mercredi soir à la place du Canada lors d’une vigile organisée par Résilience Montréal et le Foyer des femmes autochtones de Montréal. Des membres des communautés autochtones et noires de Montréal ont été invités à prononcer des discours devant un petit feu de bois.
« Je ne comprends pas pourquoi ça continue, je ne comprends pas pourquoi c’est comme si la saison [de la chasse] est ouverte sur les personnes autochtones, et personne ne va se plaindre, personne ne va faire du tapage », a déclaré Na’kuset, directrice du Foyer des femmes autochtones de Montréal, devant la petite foule.
« C’est important de se rassembler, c’est important que ça cesse. »
Le 30 août dernier, Hoss Lightning-Saddleback, un jeune âgé de quinze ans, avait fait un appel au 911, rapportant être suivi par des personnes menaçantes. Peu après, il a été tué par balle par des agents de la Gendarmerie royale (GRC) qui avaient été appelés sur place pour lui venir en aide.
Le 2 septembre dernier, Tammy Bateman, une femme autochtone au Manitoba, a été tuée par des policiers du Service de police de Winnipeg qui l’ont percutée avec leur véhicule. Quatre jours plus tôt, cette fois en Saskatchewan, Jack Piché, âgé de 31 ans, a connu le même sort, sauf que cette fois-ci c’était des agents de la GRC qui étaient au volant.
Toujours en Saskatchewan, le 8 septembre, Daniel Knife a été tué par balle par des agents de la GRC qui répondaient à une attaque à l’arme blanche.
Le même jour, au Nouveau-Brunswick, Steven « Iggy » Dedam a également été tué par balle par des policiers de la GRC qui avaient été appelés pour une « vérification de bien-être ». Selon APTN, l’homme de 33 ans a été atteint à trois reprises. Les policiers l’auraient par la suite menotté et son décès a été constaté à l’hôpital.
Puis à Windsor, en Ontario, le 6 septembre, Jason West a été tué par balle par des agents de police municipale.

« C’est important de dire leurs noms », a ajouté Na’kuset.
Selon la journaliste Brandi Morin, trois autres personnes autochtones, dont les identités n’ont pas encore été révélées, sont mortes lors d’interactions avec la police entre le 14 et le 17 septembre.
Une personne âgée de 59 ans serait décédée alors qu’elle était détenue par la police provinciale de l’Ontario. Une autre, âgée de 47 ans, serait morte détenue par le Service de police de Winnipeg. Et à Calgary, un homme de 42 ans serait décédé après une altercation avec la police municipale.
« Je suis ici pour reconnaître le racisme systémique qui continue, et les conséquences directes de la colonisation qui, je crois, ont contribué à la perte de ces six vies », a déclaré Branka Bradley de la nation mohawk d’Akwesasne.
Devant la petite foule, Svens Telemaque, représentant de la Union United Church, a lu le mandat de la GRC. « On dit : “nous nous engageons à préserver la paix, à faire respecter la loi et à fournir un service de qualité en partenariat avec nos communautés”. Ça me rend vraiment inconfortable », a-t-il souligné.
« Un service de qualité en partenariat avec nos communautés ne ressemble pas à ça. »
« Des services de qualité et des partenariats de qualité avec nos communautés, ça ressemble à avoir des choses en place pour s’assurer que les gens sont bien après des vérifications de bien-être. Des services de qualité et des partenariats de qualité avec nos communautés, ce n’est pas quand quelqu’un se fait frapper par une voiture de police. »
Drames en continu
La députée du Nunavut Lori Idlout a demandé la tenue d’un débat sur le sujet à la Chambre des communes, lundi. « Il y a un intérêt très clair et urgent de débattre de ce schéma troublant », a-t-elle déclaré lors de son discours. « Plus aucun enfant autochtone ne doit obtenir des balles plutôt que de l’aide. »
Mardi sur X, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a réagi en indiquant que son parti demande à ce que « ces défaillances systémiques soient immédiatement corrigées ».
La ministre des Affaires autochtones Patty Hadju a déclaré à CBC que ces morts étaient « inacceptables ». Elle a promis de s’attaquer au racisme systémique sans toutefois fournir de détails concrets.
Bien qu’aucun des récents homicides n’ait été perpétré au Québec, l’enjeu n’en concerne pas moins la province. Une enquête du Devoir réalisée en 2021 montrait déjà que les personnes autochtones étaient surreprésentées parmi les personnes tuées par les corps de police québécois depuis 2001.
Policiers et politiciens en faute
« La police ne nous protège pas, elle fait partie du problème », a souligné la militante mohawk Katsi’tsakwas Ellen Gabriel lors de la vigile mercredi soir. « Faisons en sorte qu’ils soient tenus responsables. »

« Est-ce que quelqu’un ici sait quelle est la formation des policiers? », a demandé Ellen Gabriel. « Je pense qu’ils sont formés pour haïr les personnes autochtones, les personnes noires, autochtones et de couleur. Je pense qu’ils sont formés pour nous voir comme étant moins qu’humains. »
Elle a souligné que des programmes visant à jumeler des travailleur·euses sociaux aux policier·es afin de prévenir une escalade vers la violence sont en place un peu partout au pays. Selon APTN, les policiers qui ont tué Steven « Iggy » Dedam auraient dû être accompagnés le soir du drame. Les travailleur·euses sociaux n’auraient jamais été appelé·es.
« On devrait s’attendre non seulement à plus de la part de la police, mais aussi à plus de la part des gens pour qui vous votez, parce que ce sont eux qui résistent aux changements positifs qui auraient pu être mis en place pour la réconciliation avec les peuples autochtones. »
Elle a rappelé que les solutions ont déjà été présentées, notamment par la Commission de vérité et de réconciliation, dont très peu de résolutions ont été mises en place depuis la livraison du rapport final, en 2015.
« La réconciliation ne dépend pas de nous, elle dépend de vous », a ajouté Ellen Gabriel.