Nos cœurs emplis de respect et de gratitude

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Nos cœurs emplis de respect et de gratitude

Message des professeur·es aux étudiant·es engagé·es dans le campement de solidarité pour la Palestine à l’Université McGill.

Dès le 27 avril, date d’installation du campement de solidarité pour la Palestine à McGill, un groupe de professeur·es de McGill, Concordia et d’autres universités et collèges ont créé un réseau souple pour, en fonction de leurs capacités, soutenir et accompagner les étudiant·es. Cette déclaration est rédigée par les membres de ce réseau pour exprimer leur amour, leur respect et leur gratitude envers les étudiant·es, à la suite de la destruction du campement le 10 juillet.

Le président de McGill, Deep Saini, a finalement réalisé son rêve. Ayant tenté et échoué pendant presque trois mois à convaincre le SPVM et les cours de justice de supprimer le campement, Saini a découvert que les principes légaux et moraux peuvent être vaincus par le cash. La firme privée de sécurité Sirco fut embauchée pour enquêter sur le campement et le détruire.

Les conclusions que Saini attribue à l’enquête de Sirco – dont le rapport n’a pas été rendu public – sont aussi hallucinantes que les nombreuses affirmations non vérifiées et invraisemblables qu’il a formulées dans ses courriels depuis le début du campement le 27 avril. Une fois de plus, un campement pacifique, voué à l’arrêt d’un génocide et de 76 ans d’occupation coloniale en Palestine, est présenté comme « une matrice de violence et d’intimidation ».

Saini a également décrit le campement comme « illégal », bien qu’il ait échoué à convaincre la police ou les tribunaux que le campement lui-même ou les activités qui s’y déroulaient étaient illégaux. Ses références répétées à la mobilisation comme une « occupation illégale » sont une insulte au langage et à l’enseignement, alors que c’est précisément l’occupation illégale de terres par Israël – comme reconnu par la loi – à laquelle les étudiant·es s’opposent et que son administration soutient.

Un espace de soin et de soutien

Pendant trois mois, Saini a aussi dépeint le campement comme une menace pour la santé et la sécurité. Dans sa dernière déclaration, il a utilisé un langage typique de stigmatisation des usager·es de drogues et des victimes de la pauvreté (rats, toxicomanie, itinérance) afin de déshumaniser les étudiant·es.

Nous avons vu l’exact opposé. Le campement était un espace de soin et de soutien. Il disposait de plusieurs extincteurs et de nombreuses fournitures médicales. Des médecins ont offert leur temps et une équipe de bénévoles formé·es à la désescalade a veillé à ce que les visiteur·euses anti-palestinien·nes – et ielles étaient nombreux·euses – soient accueilli·es de manière non violente, tout en assurant la sécurité des étudiant·es et de la communauté.

Le vrai problème de santé et de sécurité sur le campus est l’administration de McGill.

De multiples façons, c’est plutôt l’administration de McGill qui a rendu le campement et l’ensemble de la communauté moins sûrs. Qualifier à plusieurs reprises le campement de violent et d’antisémite a contribué à l’hostilité, aux menaces et à la violence sporadique que les sionistes ont dirigée contre les personnes campeuses.

McGill a également empêché les étudiant·es d’installer des toilettes temporaires, fermé les fontaines d’eau du campus pendant une vague de chaleur et éteint les lumières dans l’allée principale la nuit pour dissuader les gens de se rassembler (ce qui a eu pour résultat prévisible une augmentation du harcèlement nocturne par des agitateurs sionistes). Le vrai problème de santé et de sécurité sur le campus est l’administration de McGill.

Qui est violent?

Malgré ses fausses déclarations, Saini est expert en violence. Plutôt que de respecter les étudiant·es, il a cherché à plusieurs reprises à utiliser la police contre ses propres étudiant·es, dès le troisième jour du campement, afin de maintenir les investissements de l’université dans les industries d’armement et autres entreprises complices d’un génocide monstrueux ayant assassiné à ce jour plus de 8 % de la population de Gaza.

Le président de McGill Deep Saini est expert en violence.

A contrario, les étudiant·es du campement exigeaient l’arrêt du flux d’armes qui mutilent et tuent des dizaines de milliers de Palestinien·nes, ainsi que l’interruption des partenariats avec les universités israéliennes, car ils renforcent ces technologies d’occupation et de meurtre.

Une autre forme d’éducation

Le président Saini a également décrit le campement comme une « perturbation » et un obstacle à la capacité de l’université à offrir « la meilleure éducation possible ».

C’était une perturbation – c’est le but d’une manifestation –, mais dans l’espace qu’elle a ouvert, une autre forme d’éducation a émergé. Les étudiant·es ont appris les unes des autres sur la Palestine, sur le Canada colonial et sur le pouvoir politique.

Le campement exprimait des valeurs que les universités prétendent défendre, mais qu’elles méprisent en réalité.

Ielles ont construit une bibliothèque, organisé des ateliers et une école d’été de quatre semaines, projeté des films et participé à des traditions juives (Seder, Shabbat). Ielles ont fait de l’art entre eux et avec des enfants, joué de la musique, écrit et interprété de la poésie, construit un jardin communautaire et peint des banderoles.

Et ielles ont fait tout cela dans un but précis : mettre fin à un génocide et soutenir la libération des peuples colonisés.

Le campement exprimait des valeurs que les universités prétendent défendre, mais qu’elles méprisent en réalité. L’administration de McGill préfère exprimer ces valeurs sur des sites Web et des banderoles, puis utiliser l’argent et la force pour faire le contraire.

L’administration donne la priorité à ses investissements et à ses relations avec les donateurs riches, ce qui signifie profiter d’un régime d’apartheid qui assassine les Palestinien·nes et détruit sans limites leurs infrastructures civiles, tout en promouvant un environnement où personne ne remarque cela, où les étudiant·es sont dociles et discipliné·es. Les dirigeant·es veulent un retour à la paix et au calme, un climat académique studieux où les profits de leurs placements dans une machine de guerre génocidaire s’accumulent discrètement à l’abri de la critique.

Démantèlement par la force

Ces visions si contradictoires sur le sens et la valeur de l’éducation ont paru de manière flagrante le 10 juillet, lorsque l’administration a finalement réussi à déployer la force contre ses étudiant·es. L’embauche d’une société privée de sécurité a rendu caduques les questions de légalité et de droit. Au lieu de convaincre le chef de la police d’attaquer ses étudiant·es, l’administration a remplacé le chef de la police. Autour du campus, des centaines de policiers anti-émeutes de la Ville de Montréal et de la province du Québec se sont massés pour s’assurer que le public n’interfère pas avec le pouvoir privé et la force.

Pour l’avoir vu de leurs propres yeux, beaucoup se souviendront de la façon dont l’administration a détruit le campement d’une manière spectaculairement anti-palestinienne : l’opération comprenait des mercenaires privés, du matériel d’excavation de Caterpillar (une entreprise connue pour démolir les maisons, tuer et enfouir les vies palestiniennes), et deux chiens malinois (la race de chien dressée par les forces d’occupation israéliennes pour attaquer les Palestinien·nes).

L’embauche d’une société privée de sécurité a rendu caduques les questions de légalité et de droit.

Nous nous souviendrons de l’insouciance avec laquelle les mercenaires ont détruit cet espace de soin, de créativité et d’éducation. Des pièces d’art, des centaines de livres, un jardin et des dizaines de bannières peintes à la main ont été jetés dans un conteneur de vidanges. Les chaises, les couvertures et les bâches, sur lesquelles des centaines d’étudiant·es et de membres de la communauté se sont rassemblées au cours des trois derniers mois pour apprendre les un·es des autres et construire un monde meilleur, ont été traitées comme des ordures.

Après la destruction des maigres biens des étudiant·es, de nouveaux panneaux « propriété privée » sont apparus sur les portes et les grilles du campus désormais emmuré comme une forteresse immobilière bourgeoise.

Ce que les étudiant·es nous ont appris

Pendant trois mois, le campement de McGill a montré comment se croisent et se nourrissent l’éducation, le courage et les principes moraux. Il nous a montré comment les étudiant·es peuvent utiliser leurs savoirs pour faire une différence, en analysant de manière critique l’histoire et le présent de la Palestine, le territoire non cédé sur lequel McGill est située, et les dynamiques politiques et économiques qui relient ces deux espaces. Le mouvement pour la liberté et la justice est plus fort grâce aux efforts des étudiant·es et il se poursuivra sous d’autres formes.

En tant que professeur·es et enseignant·es, nous sommes honoré·es et privilégié·es de ce que les étudiant·es nous ont appris. Nos cœurs sont emplis de respect et de gratitude envers eux et elles. Vive la Palestine libre.

Parmi les co-auteur·trices et signataires :

Ted Rutland, Associate Professor, Concordia University

William Clare Roberts, Associate Professor, McGill University

Vincent Romani, Professeur agrégé, UQAM

Genevieve Renard Painter, Associate Professor, Concordia University

Elena Razlogova, Associate Professor, Concordia University

Krista Lynes, Professor, Concordia University

Eve Martin Jalbert, Enseignante, Collège Marie-Victorin 

Nayrouz Abu Hatoum, Associate Professor, Concordia University

Omar Farahat, Associate Professor, McGill University

Leila Bdeir, Instructor, Vanier College 

Kevin Gould, Associate Professor, Concordia University

Dyala Hamzah, Professeure agrégée, Université de Montréal