Au début du mois de mars, le pape François a énoncé lors d’une conférence sur le mariage que, selon lui, les théories de genre représentent un « grave danger » pour les couples et pour la société, et qu’il ne fallait pas « gommer » les différences soi-disant « naturelles » entre les hommes et les femmes.
Déjà, on repassera pour l’hétérocentrisme gangrénant la définition papale du mariage, qui n’admet que les personnes hétérosexuelles.
Mais il faut aussi comprendre que le pape refuse de croire – ou d’avouer – que l’environnement et l’éducation peuvent avoir une quelconque influence sur l’identité sexuelle et sur les conceptions et stéréotypes genrés entretenus dans nos sociétés et dont on peine encore à se défaire.
Une menace pour qui?
C’est certain qu’à titre de porte-parole d’une entreprise où seuls les hommes peuvent occuper des postes de pouvoir, le pape me semble d’emblée avoir plutôt intérêt à ce qu’on maintienne l’apparence de différences innées entre les hommes et les femmes.
La pérennité de l’Église catholique repose sur une longue histoire d’exploitation des iniquités de genre. On peut penser aux femmes à qui la religion imposait de porter des dizaines d’enfants jusqu’à bout de corps, ou aux nombreuses religieuses et employées qui se sont acquittées, souvent sans rémunération, des tâches quotidiennes pour les curés et autres hommes de foi. L’Église a toujours eu besoin de maintenir les femmes en situation d’oppression pour fonctionner.
Ainsi, le « grave danger » des théories de genre que brandit le Saint-Père, c’est bien davantage sur l’institution catholique, inlassablement perméable à toute forme d’égalité et de modernité, qu’il plane.
Pendant ce temps…
Parallèlement, ça continue d’aller de mal en pis pour l’Église catholique en matière d’actions collectives et d’accusations de crimes sexuels. Les plus récentes attirent la honte sur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, qui est très apprécié par le souverain pontife et qui était même pressenti, en 2023, pour lui succéder.
Un reportage de l’émission Enquête, diffusé à la fin du mois de janvier, s’est justement penché sur les états financiers et sur la capacité de l’Église catholique du Québec d’indemniser les victimes des recours collectifs, qui sont de plus en plus nombreux. Sans grande surprise, l’enquête a dévoilé que la branche québécoise de l’institution religieuse ne manque pas de moyens et serait assise sur 1,8 milliard $ puisés au fil des ans, entre autres à même les salaires de leurs membres et grâce aux intérêts et revenus d’exploitation des propriétés et terres qu’elle possède.
La pérennité de l’Église catholique repose sur une longue histoire d’exploitation des iniquités de genre.
Le tout à l’abri de l’impôt! En effet, l’Église catholique jouit de cette exemption puisqu’elle est considérée comme un organisme de bienfaisance. Voilà qui est bien ironique puisque, récemment, on a sincèrement de la difficulté à dénombrer ses bienfaits…!
Qui plus est, considérant la situation économique dans laquelle nous nous trouvons, et alors que reviennent fréquemment dans l’actualité des débats sur l’imposition des grandes entreprises, il ne ferait peut-être pas de tort de se questionner en profondeur sur cet énorme avantage fiscal dont profite l’Église – sur le dos des victimes qu’elle refuse d’indemniser.
Trump, prophète?
Il peut être parfois tentant, dans la situation particulière du Québec qui a en grande partie rejeté la religion depuis de la Révolution tranquille, de balayer du revers de la main les bévues et inconduites de l’Église catholique. Mais si la religion catholique n’occupe plus une grande place au sein de la majorité des ménages d’ici, elle préserve une influence tangible sur plusieurs autres populations.
Et nous aurions tort de considérer les dogmes religieux comme inoffensifs, notamment en ce qui concerne certains enjeux politiques.
La misogynie du christianisme renforce les intimidateurs.
Tout juste à côté de nous, aux États-Unis, Trump lui-même déploie d’ailleurs une stratégie qui conjugue la foi des Américain·es et les actions anti-avortement pour s’attirer un fort électorat chez les chrétien·nes évangéliques (qui représentent près du tiers des électeurs et électrices!). Le stratagème fonctionne à un point tel que cette frange de l’électorat du grossier milliardaire est convaincue qu’il est envoyé par Dieu lui-même pour sauver l’Amérique de la menace woke (lire ici : la perdition que représenteraient les idées progressistes comme le droit à l’avortement et la transition de genre).
La misogynie, l’homophobie et la transphobie du christianisme renforcent les intimidateurs et pourraient ainsi avoir de sérieuses répercussions, entre autres sur l’issue des prochaines élections présidentielles américaines, dont nous ressentirons assurément les contrecoups.
Tanné·es de tendre l’autre joue
Et voici que tout juste la fin de semaine dernière, le pape commettait une nouvelle bourde en se prononçant à propos de la consternante offensive que mène la Russie contre l’Ukraine depuis maintenant deux ans. Le pape François a effectivement appelé l’Ukraine à « hisser le drapeau blanc » et à « avoir le courage de négocier ».
Une fois de plus, le Saint-Père fait montre de l’ahurissante déconnexion de son Église face aux enjeux sociaux et géopolitiques actuels, et confirme sa tendance à blâmer la victime. Mais ces mièvres appels à la paix et ce type de paroles vides qui inversent les rôles de victimes et d’oppresseurs ne passent plus.
L’Église n’a de toute évidence de leçon de courage à donner à personne.