Environ 200 étudiant·es des universités McGill et Concordia se sont rassemblé·es au centre-ville de Montréal mercredi pour manifester contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiant·es non québécois·es qui fréquentent des institutions anglophones. Des associations étudiantes des deux universités, regroupant un peu plus de 22 000 étudiant·es, sont en grève depuis lundi.
Les étudiant·es des universités Concordia et McGill font front commun pour s’opposer à la hausse des frais de scolarité dans les universités anglophones annoncée en octobre par le gouvernement Legault.
« On veut montrer à la CAQ qu’on est pas contents de leur hausse des frais de scolarité, mais on veut aussi bâtir un sentiment de solidarité entre les étudiants de Concordia et de McGill », dit Angela Antonakopoulos, coordinatrice académique de la Fédération des associations des arts et des sciences (ASFA) de Concordia.
Au total, ce sont 26 associations étudiantes de Concordia et quatre associations étudiantes de McGill, représentant environ 22 000 étudiant·es, qui sont en grève depuis lundi.
Le gouvernement de François Legault a fait connaître en octobre dernier son intention d’augmenter les droits de scolarité pour les étudiant·es non québécois·es inscrit·es dans des universités anglophones, dès l’automne 2024.
Fortes hausses de frais
La CAQ espère que la nouvelle tarification permettra de corriger le déséquilibre financier entre les réseaux universitaires francophone et anglophone. En effet, la réforme prévoit que le ministère de l’Enseignement supérieur récupère un montant forfaitaire pour chaque étudiant·e non québécois·e afin de le réinvestir dans le réseau universitaire francophone. « On vient freiner le déclin du français à Montréal, » a affirmé en conférence de presse la ministre de l’Enseignement supérieur Pascale Déry.
Selon l’annonce initiale, les étudiant·es canadien·nes non résident·es du Québec devaient s’acquitter de l’équivalent de ce que leur formation coûte au gouvernement, soit 17 000 $ par année, ce qui représente le double de ce qu’ils et elles paient actuellement. Les étudiant·es étranger·ères, de leur côté, devront débourser 20 000 $.
La ministre Déry a finalement reculé sur plusieurs de ces mesures, fixant les frais de scolarité pour les étudiant·es des autres provinces à 12 000 $, ce qui représente tout de même une hausse de 33 % par rapport aux frais actuels. Elle a par la même occasion annoncé qu’une partie du financement des universités anglophones sera conditionnelle à l’atteinte de nouveaux objectifs de francisation. L’Université Bishop sera toutefois exemptée de ces mesures.
Opposition des universités et des étudiant·es
Depuis le mois d’octobre, les associations étudiantes des universités anglophones de Montréal ont organisé plusieurs manifestations et journées de débrayage pour protester contre la réforme. « Nous rejetons la fausse notion que ces mesures sont enracinées dans la préservation et l’avancement des droits de la langue française, comme le suggère M. Legault. Nous les comprenons plutôt comme faisant partie d’une tendance plus large de mesures d’austérité de la CAQ », peut-on lire dans un communiqué émis par les associations étudiantes en grève.
« C’est une question d’accessibilité à l’éducation, pas de français et d’anglais », renchérit John, membre du comité exécutif de la Société des étudiant·es de premier cycle en géographie de Concordia, qui est en grève.
Les universités McGill et Concordia ont pour leur part entamé des actions légales contre le gouvernement du Québec afin de contester la hausse des frais de scolarité. Elles ont également annoncé la mise en place d’un nouveau système de bourse, auxquelles seront éligibles les étudiant·es provenant des autres provinces du Canada.
Si la première annonce a été saluée par les associations étudiantes, la seconde a reçu un accueil plus mitigé. En effet, l’Université Concordia a annoncé que la valeur des bourses attribuées aux étudiant·es varierait en fonction de leurs notes.
« Ça ne règle pas du tout le problème », affirme Angela Antonakopoulos. « Avec la hausse des frais de scolarité, ce sont seulement les étudiants les plus riches du Canada qui pourront venir à Montréal », remarque-t-elle. Or, « avoir des bonnes notes, oui, parfois c’est basé sur l’intelligence, mais c’est aussi basé sur du privilège [socio-économique] ».
Correction: Une version précédente attribuait une citation à « Tom, membre du comité exécutif de la Société des étudiant·es de premier cycle en géographie de Concordia ». L’attribution revient plutôt à « John, membre du comité exécutif de la Société des étudiant·es de premier cycle en géographie de Concordia ». (18/03/24)