Sale temps pour la dissidence israélienne

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Sale temps pour la dissidence israélienne

L’invasion de Gaza dissimule d’importantes fractures dans une société civile israélienne largement opposée à la folie génocidaire des maîtres.

Dans ce qui reste des ruines de la bande de Gaza, ce seront bientôt 30 000 cercueils qui auront été remplis de victimes civiles, massacrées par une armée israélienne dont les actuels dirigeants arrivent encore à se voir du bon côté de l’Histoire.

On doit se rappeler, cela dit, qu’ils sont galvanisés par la complaisance de l’Occident dans la commission de ce crime contre l’Humanité.

Abyssale consolation, les soutiens à la Palestine se multiplient dans le monde, même en Occident. L’Espagne et l’Irlande ont demandé « une révision urgente » des accords entre Israël et l’Union européenne. En Catalogne, les débardeurs du port de Barcelone ont refusé dès novembre dernier de charger des cargaisons d’armes à destination d’Israël. (Combien de fois vous ai-je entretenu à propos du potentiel révolutionnaire renouvelé des syndicats?)

La palme revient toutefois aux pays du Sud global qui, dans leur ensemble, fustigent depuis déjà longtemps l’alliance d’extrême droite à la Knesset (le parlement israélien), entre les ultranationalistes israéliens et les fanatiques religieux. Ces pays démontrent encore une fois que le leadership politique mondial a depuis longtemps déserté l’Occident.

Pourtant, chez nous, depuis la sécurité relative de nos oligarchies représentatives, rien de plus facile que de s’opposer à l’horreur qui se déroule sous nos yeux et de manifester notre soutien à un peuple faisant face à sa propre disparition.

Pendant ce temps, pour la société civile israélienne, largement opposée à la folie génocidaire de Netanyahou et de son gouvernement, la dissidence vient à fort prix, dans un contexte d’efforts sans précédent par le gouvernement pour installer un régime politique autoritaire.

Au commencement était la Fronde

« Vous êtes tombés sur la mauvaise génération. S’il n’y a pas d’égalité, nous renverserons le pouvoir. »

C’est sur ce refrain et tant d’autres qu’en Israël s’unissent les cris de centaines de milliers de manifestant·es depuis le printemps dernier, dans ce qui constitue, selon ce que le journaliste Charles Enderlin rapportait dans Le Monde diplomatique, une fronde « historique » menée par une constellation d’intellectuel·les, de juristes et même d’anciens généraux et dirigeants des services de sécurité!

De leur côté, les militaires en service actif et les réservistes joignent en masse les rangs des déserteurs et des objecteurs de conscience, souvent à travers des organisations comme Frères et sœurs d’armes et Briser le silence.

Des pilotes de l’armée de l’air refusent de voler tant pour des missions de bombardement que pour maintenir leur qualification.

En juin dernier, le chef du renseignement intérieur qualifiait les attaques des colons israéliens contre des Palestinien·nes de « terrorisme nationaliste » (pendant que la police, elle, protégeait et assistait les colons dans leurs exactions).

En mars dernier, la centrale syndicale Histadrout appelait à la grève générale, en réaction au limogeage par Netanyahou de son ministre de la Défense Yoav Galant, après que ce dernier ait appelé à freiner la réforme judiciaire centralisatrice actuellement en cours, inquiet de la fracture sociale.

Galant a, cela dit, été maintenu en poste pour mieux s’affairer à superviser le nettoyage ethnique par ses forces armées de ceux et celles qu’il considère comme des « animaux humains ».

Durcissement autoritaire

La réponse de Netanyahou à cette fronde?

Il a menacé l’opposition, appelé à accélérer une réforme judiciaire fossoyeuse de démocratie et chargé son ministre des Communications Shlomo Karhi – un ultrasioniste religieux – de créer un comité exécutif de surveillance des médias.

À défaut d’obtenir le soutien de nos gouvernements qui ont choisi le camp des croque-morts de l’Humanité, nous, comme citoyen·nes, devons apporter tout notre soutien à cette société civile elle aussi attaquée par Netanyahou et ses complices.

Les relais propagandistes dans les grands médias occidentaux ont beau poursuivre leur travail de distorsion de la vérité en fabriquant encore à ce jour une fausse équivalence entre les attaques du 7 octobre dernier par le Hamas et les attentats du 11 septembre 2001, il demeure bon de rappeler que l’oppression de la Palestine s’étale sur plus de 75 ans, depuis la Nakba, et que la création du Hamas en 1987 est une conséquence de cette oppression.

Tout comme la fronde actuelle du gouvernement Netanyahou contre la population est une conséquence directe de la transition d’Israël vers un régime totalitaire.

On pourrait presque croire que l’opération du Hamas arrivait à point.