Alors qu’Israël entame une invasion terrestre à Rafah, petite ville dans le sud de Gaza où se réfugient actuellement près de 1,5 million de personnes, les rassemblements en solidarité à la Palestine se poursuivent à Montréal. Pour une 19e semaine consécutive, les manifestant·es se sont retrouvé·es, cette fois devant le consulat israélien à Westmount.
En début de soirée mardi, près de 300 personnes se sont réunies devant le consulat israélien à Montréal. Ils et elles ont répondu présent·es à l’appel d’urgence lancé par le Mouvement de la jeunesse palestinienne au moment où l’armée israélienne a entamé son offensive à Rafah, dans la bande de Gaza.
C’est là, dans le sud de l’enclave, que se sont réfugiées près de 1,5 million de personnes depuis le début de l’attaque de l’armée israélienne le 7 octobre dernier, qui a fait plus de 28 000 mort·es et plus de 67 000 blessé·es.
« Cette attaque cible délibérément l’une des seules prétendues zones sûres où les Palestiniens de Gaza peuvent fuir et trouver refuge », à déclaré Rand, une jeune du Mouvement de la jeunesse palestinienne. « Israël a délibérément et consciemment réduit de plus en plus cette zone sécuritaire avec l’intention claire d’anéantir le plus grand nombre possible de civils. »
La semaine dernière, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait rejeté les conditions mises de l’avant par le Hamas pour un cessez-le-feu. Lors d’une allocution, il avait indiqué que l’agression israélienne à Gaza ne se terminerait qu’après une « victoire totale » contre le Hamas, répétant que qu’une victoire était « à portée de main ».
Depuis la nuit de dimanche à lundi, d’intenses bombardements ont frappé Rafah, y compris des campements où s’étaient installés des réfugié·es, tuant au moins 95 personnes, dont la moitié sont des enfants, selon Amnistie internationale. Deux otages israéliens ont été libérés depuis.
Cette offensive à Rafah est vivement critiquée, notamment par l’ONU, qui anticipe un « carnage » dans la ville où se concentre l’aide humanitaire depuis le début du conflit.
« Et que fait le gouvernement canadien? », demande Rand à la foule devant elle. « Rien! »
Massacre
« Rafah est une très petite zone de Gaza, qui abrite normalement environ 150 000 Palestiniens », rappelle Sarah, porte-parole du Mouvement de la jeunesse palestinienne. Les personnes qui s’y trouvent actuellement sont majoritairement des déplacé·es. « Leurs maisons ont été bombardées, ils ont vu leurs familles, leurs proches, leurs voisins, leurs souvenirs, leurs vies entières être réduits en cendres. »
Depuis le jugement de la Cour internationale de justice reconnaissant le risque d’un génocide à Gaza, les violations du droit international par Israël dénoncées par plusieurs organismes internationaux se font de plus en plus difficiles à défendre, y compris pour ses plus proches alliés. Lors d’une allocution télévisée dimanche, Joe Biden a même qualifié « d’excessive » la réponse israélienne à Gaza – la critique la plus forte du président américain depuis les attaques du 7 octobre.
Lors d’une entrevue à la chaîne américaine ABC News, Benyamin Netanyahou s’est opposé à une solution à deux États, et ce, même s’il atteignait son objectif d’éliminer le Hamas. Il a indiqué prévoir qu’Israël occuperait la bande de Gaza après la guerre afin de veiller à sa « démilitarisation ».

Il a aussi appelé à la dissolution l’agence humanitaire de l’ONU pour les réfugié·es palestinien.nes (UNRWA), pourtant centrale à la distribution de services de base pour lesquels la demande est forte que jamais. Israël allègue depuis quelques semaines qu’une douzaine d’employé·es de l’UNRWA auraient pris part aux attaques du Hamas le 7 octobre
Pour Sarah, les attaques à Rafah sont un signe clair qu’Israël souhaite « mettre en œuvre une seconde Nakba [déplacement forcé et dépossession depuis la création d’Israël en 1948] : un déplacement massif et forcé vers l’Égypte afin d’éliminer le peuple palestinien ».
Depuis le début du conflit, plus de la moitié des résidences et près de 400 écoles et universités à Gaza ont été entièrement ou partiellement détruites. Seulement cinq hôpitaux sur 35 ont pu maintenir des services, exclusivement pour des premiers soins de base.
Exportations militaires canadiennes
Des informations obtenues par le média indépendant The Maple ont également révélé que le gouvernement de Justin Trudeau aurait autorisé au moins 28,5 millions $ d’exportations militaires vers Israël pendant les deux premiers mois des bombardements à Gaza.
Le gouvernement assure que ces permis ne concernent pas des équipements militaires létaux, mais n’a pas fourni de preuve à cet effet. Les détails des permis d’exportations laissent entendre le contraire.
« Je suis très inquiète de voir ce qui se passe à Gaza, en particulier à Rafah », a indiqué en point de presse mardi la ministre canadienne des Affaires étrangères Mélanie Joly. Elle a qualifié « d’inacceptables » les actions du gouvernement israélien à Rafah visant à forcer le déplacement des Palestinien·nes qui s’y sont réfugié·es.
La ministre sera à Washington aujourd’hui, où elle s’entretiendra avec ses homologues américain et jordanien afin de discuter d’un éventuel cessez-le-feu.

« C’est honteux », s’indigne Ali, un jeune étudiant et membre du Groupe de solidarité pour les droits humains des Palestiniennes et Palestiniens (SPHR) de l’Université Concordia. Il s’indigne que le gouvernement de Justin Trudeau continue de fournir un tel soutien à Israël, malgré la persistance des mouvements contestataires au pays.
À l’inverse, le gouvernement canadien a même décidé de suspendre son aide à la mission de l’ONU à Gaza.
« En toute honnêteté, je me sens trahi, non seulement par le gouvernement du Canada, mais aussi par mon université », déplore-t-il. Depuis les derniers mois, SPHR fait pression sur l’administration de Concordia afin que l’établissement s’engage à retirer ses investissements liés à l’État israélien.
« Nos demandes sont très simples : n’envoyez pas notre argent au génocide qui se déroule à Gaza. »