Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Un récent rapport expose les besoins grandissants des jeunes qui fréquentent les organismes jeunesses, notamment pour répondre à des besoins de base. La coalition d’organismes derrière l’étude, Interjeunes, note que si ses membres en font plus pour répondre à la demande, les moyens dont elles disposent ne suivent pas cette tendance à la hausse.

« Les besoins de base sont en hausse constante partout. » C’est ce que constate Marie Anne Guichandut, auteure d’un récent rapport de la coalition d’organismes communautaires Interjeunes, visant à mesurer leurs impacts sur la situation socioéconomique des jeunes, que ce soit en matière de lutte contre le décrochage, l’itinérance, ou l’isolement social.

On y décrit une « demande croissante » de jeunes en situation « de grande vulnérabilité », que la chercheuse attribue en partie au contexte économique actuel ainsi qu’à la crise du logement.

Si le regroupement ne compte aucune banque alimentaire parmi ses membres, Marie Anne Guichandut affirme que tous les organismes distribuent actuellement des denrées à leurs bénéficiaires. Idem pour la fourniture de vêtements et de transports. Dans plusieurs cas, cela « ne fait pas partie de leur mission, mais pour l’accomplir, ils doivent faire ça », affirme la chercheuse. 

Elle déplore que les moyens financiers octroyés aux organismes, eux, ne suivent pas cette tendance à la hausse.

Par ailleurs, le rapport indique que 94 % des organismes interrogés fournissent des produits d’hygiène. Les jeunes dépendent aussi fréquemment des organismes afin de les accompagner dans leurs démarches auprès des institutions publiques, dans le réseau de la santé, de l’éducation et de l’aide sociale, notamment.

« Des fois, on oublie l’aspect essentiel des organismes communautaires », déplore Marie Anne Guichandut. « Plus on vit de l’inflation, des crises alimentaires, pire c’est, et ça retombe dans les organismes. »

« On en fait plus, mais on a pas plus de moyens pour le faire. »

Le rapport s’appuie sur des données récoltées sur une période de plus de deux ans, par le biais de questionnaires, d’entrevues semi-dirigées, d’ateliers et de groupes de discussions, mobilisant la participation de 633 personnes, dont 126 jeunes à travers plus de 253 organismes.

Cercle vicieux de la précarité et du décrochage

Selon le rapport, ceux et celles qui ont décroché de l’école représentent près de 40 % des jeunes d’âge adulte dans les Auberges du cœur. Pour compléter leurs études, certain·es se tournent vers les écoles de la rue, des écoles alternatives adaptées pour les jeunes de 16 ans et plus qui sont exclu·es des services réguliers.

Là aussi, les constats sont frappants. Au moment de leur inscription, 20 % des jeunes n’avaient complété que le niveau primaire. Par ailleurs, 28 % avaient atteint le secondaire un, et 20%, le secondaire deux.

Dans une province où la situation socioéconomique est le facteur le plus déterminant de la réussite scolaire, rappelle le rapport, pas étonnant de constater que les jeunes les moins nanti·es sont plus vulnérables au décrochage scolaire. Or cela augmente aussi les probabilités de vivre des difficultés à intégrer le marché du travail, ce qui a pour effet de de perpétuer le niveau de précarité.

Ainsi, lorsqu’un jeune décroche, par exemple, il ne s’agit pas simplement « de lui donner des cours de math », résume Marie Anne Guichandut. L’aide fournie par les organismes peut également consister à fournir un soutien psychosocial, à réduire l’isolement social, ou encore à faciliter l’accès à des soins de santé.

De même, la lutte contre le décrochage scolaire est également un moyen de briser le cycle de la pauvreté. « C’est de la prévention », explique Marie Anne Guichandut. « Tout ce qui se fait en santé, en éducation à la citoyenneté, à la lutte au décrochage, c’est de la prévention. »

« Autant on répond à l’urgence, autant on la prévient. »

Liens en danger

Pour assurer l’impact des organismes auprès des jeunes, « il faut que les intervenants soient là, qu’ils connaissent les jeunes, qu’il y ait un lien qui se crée », explique Marie Anne Guichandut. « C’est la base de ce qu’on fait. »

L’enjeu, c’est que les organismes dépendent grandement d’un financement dit « par projet », qui s’échelonne sur de courtes périodes, et qui n’est pas toujours renouvelé par les ministères et les grandes fondations privées.

« C’est pour ça que les organismes luttent très fort pour avoir du financement à la mission », explique Marie Anne Guichandut. « Mais ça va de mal en pis. »

La plupart des organismes ne sont pas en mesure d’offrir des salaires et des conditions de travail compétitifs, de plus en plus convoités dans le contexte économique actuel. « On voit qu’on perd des employés », affirme-t-elle, en précisant que plusieurs quittent vers le réseau public, notamment.

En même temps, « on ne peut pas accepter que les employés vivent dans la pauvreté quand nous luttons pour la pauvreté, et c’est un peu ce qu’il se passe. »

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