Une résolution pour 2024 : de l’ambition en transport en commun

Ludvic Moquin-Beaudry Chroniqueur · Pivot
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Une résolution pour 2024 : de l’ambition en transport en commun

Pour l’année 2024, nourrissons nos ambitions pour le transport collectif à Montréal, malgré les difficultés des dernières années.

On ne peut pas dire que l’année 2023 a été particulièrement reluisante du côté du transport en commun. Abandon du tramway de Québec, études inflationnistes pour le projet de remplacement du REM de l’Est, difficultés dans les négociations pour le contrat de la ligne bleue, problèmes (de bruit, de communications, de pannes) pour le REM nouvellement inauguré…

On ne peut qu’espérer que 2024 amène son lot de nouvelles encourageantes. Dans cet esprit, je vous propose, en ce début d’année, que nous adoptions la résolution d’accroître nos ambitions collectives en la matière.

Déjà, nous commençons l’année du bon pied. En moins de deux semaines, deux nouvelles intéressantes attirent l’attention : d’abord, l’intention de la Ville de Montréal de développer un tramway sur la rue Jean-Talon, entre l’avenue du Parc et le nouveau quartier de l’hippodrome, puis les premiers éléments du rapport d’analyse complémentaire pour le Projet structurant de l’Est (PSE) qui propose également la construction d’un tramway. Ajoutons à cela les consultations publiques pour le Projet du grand Sud-Ouest de Montréal qui débutent le 16 janvier.

Ce qu’ont en commun ces trois éléments, c’est le fait de pointer dans une même direction : le développement d’un nouveau réseau de tramway à Montréal.

Le retour d’un réseau de tramway

Cela fait déjà plus de quinze ans qu’on discute du retour de ce mode, disparu de la métropole en 1959 dans une frénésie pro-automobile. En effet, le Plan de transport de 2008 élaboré par l’administration de Gérald Tremblay proposait l’aménagement de trois lignes : une boucle sur le boulevard René-Lévesque au centre-ville et dans le Vieux-Montréal, une ligne sur l’avenue du Parc du centre-ville à la rue Jean-Talon, ainsi qu’une ligne sur le chemin de la Côte-des-Neiges entre le centre-ville et la Ville de Mont-Royal.

Si on inclut dans cette vision les projets que j’ai mentionnés plus tôt ainsi que le tramway envisagé pour le boulevard Notre-Dame dans la première mouture du Projet particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs, cela nous donne un véritable réseau de tramway qui parcourt la ville d’ouest en est ainsi que dans différents axes nord-sud.

J’ai réalisé cette carte pour donner une idée de ce à quoi un tel réseau pourrait ressembler.

Les avantages d’opter pour un même mode pour tous ces projets seraient assez nombreux. D’une part, cela nous permettrait de développer et maintenir une expertise dans la construction et l’entretien d’un tramway, qui pourrait être partagée avec d’autres villes québécoises qui ont des projets similaires, comme Québec et Gatineau.

D’autre part, cela permettrait de réaliser des économies d’échelle lors de l’achat du matériel roulant, plutôt que de subdiviser en plusieurs contrats pour des véhicules différents.

Enfin, cela conférerait une cohérence au réseau et rendrait plus facile le développement de nouvelles lignes.

Une poussée de croissance pour le métro

Malgré les difficultés rencontrées en 2023, il semble bien que les principaux contrats pour la construction du prolongement de la ligne bleue du métro seront signés dans les prochains mois. Ainsi, si tout va bien, les nouvelles stations ouvriront en 2029 ou 2030. Toutefois, il faut signaler qu’au moment de leur ouverture, plus de 42 ans se seront écoulés depuis la mise en service de la plus récente station de métro sur l’île de Montréal (Acadie, le 28 mars 1988).

Durant ces décennies, Montréal a accumulé un retard de développement de son réseau de métro, retard que les cinq stations projetées pour l’est de la ligne bleue ne suffiront pas à combler. Il faut dès maintenant lancer de nouveaux projets de prolongement pour éviter la stagnation et la perte d’expertise, sans parler de l’amélioration substantielle du service que de tels projets entraîneraient.

Il faut cesser d’attendre qu’un projet soit terminé pour en lancer un nouveau.

La ligne orange à l’ouest, d’abord. Depuis la fin des années 1970, on projette un prolongement au minimum jusqu’à la gare Bois-Franc (qui sera maintenant une station du REM), voire jusqu’au boulevard Gouin. Plus d’un kilomètre de tunnels a d’ailleurs été construit à l’époque, ce qui rend ce projet peu coûteux à réaliser… et surtout essentiel pour améliorer la connectivité du réseau. Certaines personnes parlent même d’un prolongement à Laval dans un deuxième temps. L’idée mérite au moins d’être étudiée.

Puis, la ligne verte. On peut envisager deux petits prolongements : l’un à l’est, pour rejoindre le boulevard Georges-V, et l’autre à l’ouest, pour traverser le parc Angrignon et connecter le cœur de l’arrondissement LaSalle au réseau de métro.

Et pourquoi pas ramener le projet de ligne rose? Dans tous les cas, il faut cesser d’attendre qu’un projet soit terminé pour en lancer un nouveau. Des villes comme Paris montrent bien qu’il est possible de travailler en même temps sur plusieurs nouvelles lignes et prolongements.

Il faut de l’ambition

Je voudrais terminer en transmettant mes meilleurs vœux également aux villes de Québec et Gatineau. À la première, je souhaite que le gouvernement Legault revienne sur sa décision grotesque de retirer le projet de tramway des mains de l’administration municipale… ou à tout le moins, que les études commandées à la Caisse de dépôt montrent que le tramway est bel et bien le meilleur projet dans le contexte actuel.

À la seconde, je souhaite que ses propres projets de tramway et de service rapide par bus (SRB) puissent aboutir à des annonces concrètes.

Encore une fois, tout est une question de volonté politique. Et c’est du côté du gouvernement du Québec qu’il faut se tourner pour adresser nos demandes. Le Québec a les moyens et les capacités techniques d’accomplir de grandes choses : il faudrait que François Legault et ses ministres fassent preuve d’une ambition de même mesure.