En cette nouvelle année, que demander si ce n’est que tous les crimes haineux fassent l’objet d’une attention gouvernementale? Agir différemment signifierait une hiérarchisation des souffrances et des violences.
La ministre québécoise responsable de la Condition féminine Martine Biron, dans la présentation de son plan d’action contre l’homophobie et la transphobie, souligne que « les crimes haineux basés sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre persistent » et que « ces réalités sont inacceptables dans une société qui prône l’égalité, l’ouverture et le respect ».
Le plan d’action rappelle, en se fondant sur les données de Statistique Canada, que les « données d’enquête confirment que les personnes LGBTQ+ sont encore disproportionnellement touchées par des violences de multiples formes ».
Deux poids, deux mesures
Or, toujours selon les mêmes données, cette situation n’est pas l’apanage que des personnes LGBTQ+, mais touche aussi les personnes noires, racisées ou des minorités religieuses.
Selon le rapport sur les crimes haineux déclarés par la police au Canada pour l’année 2020, le nombre de crimes haineux ciblant la race ou l’origine ethnique a crû de 80 % en un an (884 à 1 594 déclarations). Les Noir·es ont déclaré 663 cas, les gestes les visant représentant 26 % de tous les crimes haineux déclarés à la police, suivis par ceux contre les personnes juives (13 %).
Les Noir·es restent le groupe le plus visé par les crimes haineux.
Quant au même rapport pour 2021, les crimes ciblant la race ou l’origine ethnique ont encore augmenté de 6 % cette année-là. Le nombre de crimes haineux qui visent les Noir·es « s’est établi à 642 en 2021, ce qui représente le taux le plus élevé enregistré chez les groupes racisés ».
Selon le même rapport, en 2021, « 423 crimes haineux ciblant une orientation sexuelle ont été enregistrés, un total qui dépasse le sommet précédent de 265 atteint en 2019 ».
Les Noir·es restent donc le groupe le plus visé par les crimes haineux.
Or, pour sa part, le plan d’action contre le racisme paru en 2020 ne traite nullement des crimes haineux dont les personnes noires et racisées sont la cible. Comment expliquer cet angle mort? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de mesures pour contrer la haine contre les personnes noires et racisées?
Mesurer le problème
Inversement, une des mesures du plan d’action pour la diversité sexuelle et de genre a pour objectif de réunir et diffuser des statistiques sur les crimes motivés par la haine de la diversité de genre. Notons que « le ministère de la Sécurité publique met actuellement à jour son système informatique afin de colliger les crimes motivés par la haine selon le motif de la diversité de genre qui auront été déclarés par les corps de police au cours de l’année 2024 et les années subséquentes ».
Cette mesure doit soutenir, alimenter et accroître l’efficacité des interventions des ministères et organismes gouvernementaux ». Une telle collecte de données permet en effet de comprendre et d’analyser les faits sociaux afin de mettre en œuvre des politiques publiques qui tiennent compte des multiples contextes sociaux.
Pourquoi le système du ministère ne colligerait-il pas aussi les crimes haineux visant les personnes noires, racisées et les minorités religieuses? Rappelons que les personnes noires demandent des données ventilées leur permettant de comprendre les diverses ramifications du racisme.
Comment le gouvernement du Québec peut-il justifier de ne collecter de telles données que pour un seul groupe visé par les crimes haineux?
On dirait que « tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres », comme l’écrivait George Orwell. Pour les personnes noires ou racisées, les crimes haineux sont également « inacceptables », pour reprendre les mots de la ministre Biron. Il faut être cohérent·es si on souhaite véritablement « une société qui prône l’égalité, l’ouverture et le respect pour tous ».