Cinq hauts responsables canadiens dont Justin Trudeau et Mélanie Joly ont reçu un avis d’intention de poursuite pour leur complicité dans les crimes de guerres, crimes contre l’humanité et génocide potentiellement commis par Israël à Gaza. L’avis exhorte également le gouvernement canadien à demander un cessez-le-feu, au nom de personnes dont des proches ont été tué·es par l’armée israélienne.
En conférence de presse jeudi, l’avocat spécialisé en droits humains Yavar Hameed a annoncé avoir remis un avis d’intention de poursuite à plusieurs membres du gouvernement fédéral, au nom de plusieurs Canadien·nes dont des proches ont été tué·es, blessé·es ou déplacé·es à Gaza.
Le premier ministre Justin Trudeau, la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly, le ministre de la Justice et procureur de la Couronne Arif Virani, le Commissaire de la Gendarmerie royale du Canada Michael Duheme et la Directrice des poursuites pénales Kathleen Roussel ont reçu cet avis jeudi.
Il leur est reproché d’avoir « aidé et encouragé les crimes commis par Israël dans le territoire palestinien occupé », a déclaré Me Hameed. « On s’inquiète du fait que le Canada a fourni à Israël une aide financière et a même envoyé des membres de ses forces spéciales en soutien. »
« Ces officiels ont la responsabilité de répondre à ces préoccupations et de prendre des mesures à leur égard », a expliqué Me Hameed, en clarifiant que des poursuites judiciaires n’ont pas encore été enclenchées et que des enquêtes visant à examiner des preuves et les actions du gouvernement canadien devront être préalablement menées.

L’avis d’intention de poursuite exhorte également le gouvernement à condamner publiquement les violations de droit international commises par Israël, à faire pression sur Israël afin qu’il se conforme au droit international humanitaire et criminel, et enfin à demander un cessez-le-feu immédiat.
La semaine dernière, un autre avis d’intention de poursuite avait été émis par le Centre international de justice pour les Palestiniens, visant entre autres Justin Trudeau et Mélanie Joly, pour leur complicité dans les potentiels crimes de guerre.
Le bureau du premier ministre n’a pour le moment pas réagi aux deux avis.
Critiques internationales
Depuis le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza, plus de 14 000 personnes ont été tuées, dont plus de 5000 enfants, et près de 35 000 ont été blessées. Plus d’un million et demi de Gazaoui·es ont également été déplacé·es vers le sud de la bande.
Plusieurs organisations internationales, comme les Nations unies, Amnistie internationale, Médecins sans frontières ou Human Rights Watch dénoncent fortement les attaques menées par les forces militaires israéliennes contre des lieux censés être protégés en vertu du droit international humanitaire, notamment des hôpitaux, des camps de réfugié·es et des écoles. Elles préviennent que ces gestes pourraient constituer des crimes de guerre.
Plusieurs expert·es de l’ONU ont également signé une lettre la semaine dernière qualifiant les violences à Gaza de « génocide en devenir ».
Le Canada a continué d’offrir son soutien à Israël, malgré ces accusations, a dénoncé Me Hameed.
Aucun refuge
Après l’allocution de Me Hameed, ses client·es dont les proches ont été tués, blessés et déplacés à Gaza ont pris la parole.
« Les attaques incessantes contre la bande de Gaza ont éliminé tout semblant de refuge », a partagé Tamer Jarada, un chercheur en science informatique à l’Université de Calgary.
Seize membres de sa famille, dont son père, sa mère, des sœurs, ses neveux et nièces ont été tué·es dans un bombardement israélien qui a aplati l’immeuble où ils et elles avaient trouvé refuge après que leur maison ait été bombardée.
« J’ai pu contacter ma sœur hier et elle m’a supplié de l’aider. Je suis impuissant », a-t-il confié en secouant la tête. « Je ne peux pas l’aider. »
Lorsqu’il a entendu quelqu’un appeler son nom au passage de Rafah, par où certain·es rares Gazaoui·es ont pu quitter la bande vers l’Égypte, Hany Elbatnigi a senti qu’il avait « gagné la loterie de la vie ». Pendant près d’un mois, le Canadien coincé à Gaza a tenté d’éviter les bombes avec sa famille. Il s’indigne que son gouvernement ait appuyé les attaques d’Israël alors que sa famille et lui essayaient de survivre.
« J’ai fait partie de ceux qui ont eu la chance de partir en sécurité au Caire », a-t-il affirmé. « Les gens de Gaza méritent la même chance que moi. »
« Appeler à un cessez-le-feu est la moindre des choses que le Canada peut faire », a déclaré Fara Qadan, une jeune femme canado-palestinienne.
En s’adressant au membres du gouvernement canadiens visés elle a ajouté : « vous cacher derrière l’écran de fumée de la diplomatie ne vous exonèrera pas de votre complicité ».