Remontant à travers sa généalogie maternelle, la réalisatrice Lina Soualem nous dresse dans Bye bye Tiberias un portrait à la fois personnel et historique de la vie en Palestine. D’elle à son arrière-grand-mère se tisse le fil d’une lignée unie et solidaire malgré l’exil et la diaspora. Ce portrait intimiste et brûlant d’actualité ouvrira brillamment les Rencontres internationales du documentaire de Montréal.
Adepte du documentaire biographique et généalogique, Lina Soualem signait en 2020 son tout premier long métrage, Leur Algérie, explorant le parcours migratoire de sa lignée paternelle partie d’Algérie pour s’installer en France.
Avec Bye bye Tiberias, c’est cette fois sur ses racines maternelles que Lina Soualem fonde son récit, remontant le temps à travers quatre générations de femmes palestiniennes.
« L’histoire de la colonisation de l’Algérie par la France, telle qu’elle est abordée dans Leur Algérie, est au moins présente dans les livres d’histoire. Il était plus difficile de réaliser Bye Bye Tiberias, car c’est une histoire en cours », remarque Lina Soualem dans un entretien de presse pour le RIDM.
Dans Bye bye Tiberias, le récit commence en 1948, lorsque la vie paisible de son arrière-grand-mère Um Ali est bouleversée par le déclenchement de la guerre israélo-arabe en Palestine. Expulsée de Tibérias, son village natal tombé aux mains des forces israéliennes, Um Ali trouve refuge à Deir Hanna avec ses huit enfants, dont la grand-mère de la réalisatrice, Nemat.
C’est ainsi que débute la fresque familiale qui, progressant à travers l’histoire, nous mène jusqu’à Lina, qui porte aujourd’hui le poids de cette histoire.
« En tant que descendante d’immigrants, j’ai souhaité entreprendre la tâche urgente et redoutable d’aborder les questions du traumatisme colonial, de l’exil et de la transmission », raconte Lina Soualem. « L’exil a un impact émotionnel et culturel car les liens avec votre terre natale sont rompus, vous êtes déraciné et vous devez trouver de nouvelles racines. »

Incontestablement d’actualité, Bye bye Tiberias nous offre un regard intimiste sur les origines des conflits en Palestine et leur persistance à travers les générations. En naviguant dans ses souvenirs familiaux, Lina Soualem offre une voie d’accès à la mémoire de tout un peuple.
La destruction du village natal de son arrière-grand-mère, le déplacement de toute une population, la mort de son arrière-grand-père, l’exil de sa grand-tante en Syrie sont autant d’évènements retracés au fil du documentaire, témoignant de l’ampleur tragique d’une guerre qui, 75 ans plus tard, sévit encore. Plus qu’un regard personnel sur des archives familiales, Bye bye Tiberias offre un aperçu historique de la violence coloniale en Palestine.
Pour leur 26e édition, les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) 2023 ouvriront leurs portes avec ce bijou cinématographique le mercredi 15 novembre au cinéma Impérial, en présence de la réalisatrice. Une seconde projection est prévue au Cinéma du Musée le vendredi 17 novembre à 21 h.
Du récit personnel au regard historique
Première femme de sa famille à ne pas avoir vu le jour en Palestine, Lina Soualem s’est lancé le défi de reconstituer une histoire qui lui est en partie étrangère.
« Renouer avec l’histoire de votre famille n’est pas toujours un processus naturel. Vous faites face à des obstacles en fonction de votre connaissance de la langue maternelle ou de l’attachement de la famille aux valeurs traditionnelles », remarque à ce titre la cinéaste.
Cartes postales, poèmes, enregistrements audio, albums photos, vidéos d’archives super 8 : pour remonter à travers son arbre généalogique, Lina Soualem a dû faire preuve de patience et d’ingéniosité.

Au fil de l’histoire, nous suivons de près la mère de Lina, l’actrice Hiam Abbas (Les Citronniers, Succession), qui a quitté très jeune le village de Deir Hanna et sa famille pour poursuivre ses rêves en Europe. Le documentaire interroge ainsi les différents types d’exil qui jonchent l’arbre généalogique de sa famille, entre celui forcé de sa grand-mère et celui choisi par sa mère.
« Le parcours personnel de chacune des quatre femmes principales dans le film nous ramène à des époques différentes. Nous voyons comment différents types d’exil les ont affectées de manière différente », explique Lina Soualem « J’étais intéressé à creuser profondément et à dévoiler les couches dans chacune de leurs histoires tout en embrassant leurs imperfections et en mettant en lumière les forces qui ont façonné les femmes qu’elles sont devenues. »
Entre rire et pleurs, retrouvailles et séparations, récit intime et témoignage historique, le film de Lina Soualem se révèle être un véritable chef-d’œuvre, touchant et poignant, témoignant du talent incontestable de la réalisatrice pour le documentaire biographique.
Les RIDM se dérouleront du 15 au 26 novembre, en présence de plusieurs invité·es d’ici et de l’international. Le public est ainsi convié à 12 jours de découverte grâce à une programmation originale composée d’une centaine d’œuvres documentaires.