Palestine : Bibi ne voulait pas savoir

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Palestine : Bibi ne voulait pas savoir

Plus les indices décrivant un crime contre l’Humanité s’accumulent, plus on écrase ceux et celles qui les pointent du doigt.

Déjà, il y a quelques semaines, je m’interrogeais sur les réseaux sociaux à savoir comment l’attaque du Hamas contre des civil·es israélien·nes a pu échapper aux services de renseignement. Surtout que le Mossad et le Shin Bet, dans cette joute disgracieuse de capes et de poignards menée dans l’ombre, sont souvent considérés comme les meilleurs, et de loin.

Attention de ne pas flirter avec le complotisme, m’avaient averti ami·es et collègues, d’autant que j’émettais déjà l’hypothèse que les espions du Mossad et le gouvernement israélien savaient que quelque chose se tramait et en ont plutôt fait un casus belli, un prétexte pour justifier une nouvelle campagne de nettoyage ethnique dans la bande de Gaza.

En tout cas, ce ne serait pas la première fois qu’une menace connue mais négligée est suivie d’une furieuse contre-attaque. C’est par exemple ce qu’a fait George W. Bush dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, tel que raconté par l’ancien tsar anti-terroriste américain Richard D. Clarke dans son essai Against All Enemies. Clarke lui-même avait rédigé un mémo avertissant la Maison-Blanche qu’Oussama ben Laden et al-Qaïda planifiaient des attentats sur le territoire au moyen d’avions kamikazes.

On connaît la suite de cette fin de non-recevoir de la part des faucons qui siégeaient alors au sommet du pouvoir impérial américain : 22 ans d’une « guerre au terrorisme » encore aujourd’hui sans fin, avec son lot de crimes de guerre qui resteront probablement impunis à jamais. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a même ordonné à Clarke, dans les jours qui ont suivi le massacre de 3000 civil·es américain·es, de trouver des liens entre l’attaque et Saddam Hussein, alors président de… l’Irak.

Quelques semaines après que j’aie émis cette hypothèse, une enquête du New York Times, qu’on peut difficilement accuser de pencher du côté palestinien, rapportait toute une cascade d’éléments nouveaux. D’une part, ceux-ci laissent présager une grossière incompétence du côté des agents de renseignement du Shin Bet.

Mais d’autre part, de manière encore plus troublante, il semble que « les responsables israéliens de la sécurité ont passé des mois à essayer d’avertir M. Netanyahou que les troubles politiques causés par sa politique intérieure affaiblissaient la sécurité du pays en enhardissant les ennemis d’Israël ». En plus de poursuivre ses politiques de répression de la dissidence palestinienne et de colonisation des terres volées à ces derniers, Benyamin « Bibi » Netanyahou aurait même refusé, toujours selon l’enquête, de rencontrer un général venu lui présenter les preuves d’une attaque, basées sur des renseignements confidentiels.

De toute évidence, Bibi ne voulait pas savoir.

Le Hamas lui a-t-il fourni son casus belli?

On peut du moins le penser.

Va-t-en-guerre

Bibi a ordonné de pilonner Gaza sans discrimination de cible. Les cadavres s’empilent plus rapidement qu’ils ne refroidissent, les enfants naissent orphelins et déjà infirmes.

Plus de 8000 civil·es palestinien·nes ont été massacré·es, plus de 22 000 blessé·es.

Et on apprenait ces derniers jours que l’État israélien songeait à déplacer les plus de 2 millions d’habitant·es de Gaza dans le nord du Sinaï, en Égypte, dans un effort de déplacement d’une population tout entière. Déracinée, comme le fut autrefois le peuple juif lui-même. Le régime de Netanyahou, contrôlé en partie par des fanatiques religieux, clame encore une espèce de supériorité morale dans ce carnage.

Notre gouvernement se place encore une fois du mauvais côté de l’Histoire.

L’inaction des pays occidentaux, qui ont tout le pouvoir voulu pour stopper le crime contre l’Humanité en cours à Gaza par le gouvernement israélien, en fait des complices.

Je dois vous avouer que je suis carrément paralysé par l’horreur et par l’indifférence de nos gouvernements, pire, leur complaisance et leur soutien indéfectible à un État d’apartheid qui entreprend actuellement une vaste campagne génocidaire. Mais, surtout, par la complaisance de nos soi-disant démocraties libérales occidentales. Ici même au Québec, le gouvernement Legault a rejeté une motion de Québec solidaire appelant à un cessez-le-feu israélien. Fidèle à lui-même, notre gouvernement se place encore une fois du mauvais côté de l’Histoire.

Les dés sont joués – Netanyahou, avec ses acolytes occidentaux et saoudiens, entreprend la refonte du Moyen-Orient à l’image de ces nouveaux maîtres.

Pendant ce temps, les pays du Sud global se rangent derrière l’appel à l’aide du peuple palestinien.

Suivons donc leur exemple.