Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Le Regroupement des maisons de jeunes du Québec s’inquiète du manque de financement chronique auquel font face ses établissements. Ils peinent notamment à trouver et retenir leur personnel dont la stabilité est pourtant essentielle à la création d’un lien de confiance avec les jeunes.

« Ce sont des organismes de première ligne, nos maisons de jeunes », soutient Nicholas Legault, directeur du Regroupement des maisons de jeunes du Québec (RMJQ). L’organisation rassemble 226 établissements du genre dans toute la province, où les jeunes de 12 à 17 ans peuvent se réfugier, souvent après les cours.

« On dit souvent que c’est le prolongement du coin de la rue, c’est complémentaire à la vie familiale et à l’école », explique-t-il. « Souvent, les jeunes reviennent pour l’intervention, pour les activités, pour répondre à des besoins, parce qu’ils se sentent valorisés, parce qu’ils se sentent accompagnés. »

Pour plusieurs, ce soutien de la part des intervenant·es est essentiel. Ce sont eux et elles qui offrent tantôt une relation d’aide, tantôt de la prévention ou de l’intervention, souvent en utilisant le jeu, en mobilisant ou en développant les intérêts des jeunes.

« L’équipe d’animation et d’intervention présente est là pour faire le pont, pour être des modèles, des gens qui accompagnent les jeunes dans la réalité du quotidien, dans leur vécu », résume Nicholas Legault.

Mais malgré leur importance, plusieurs maisons de jeunes peinent à maintenir leurs services, à cause d’un manque de financement qui se fait de plus en plus criant au fil des années.

Roulement sans fin

« L’objectif premier en maison de jeunes, c’est de créer la relation, le lien », affirme Nicholas Legault en soulignant l’importance pour les maisons de jeunes de retenir leurs intervenant·es.

Selon un sondage réalisé par le RMJQ auprès de plus de 400 jeunes qui fréquentent une maison, à peu près 60 % ont vécu le départ d’intervenant·es au cours de la dernière année. Plus de 60 % des jeunes interrogé·es estiment aussi qu’il est important de pouvoir revoir les mêmes intervenant·es durant leurs visites.

« La raison pour laquelle on lance ce cri du cœur, c’est que le fossé se creuse. »

Nicholas Legault

La majorité de ces employé·es gagnent un salaire inférieur à 20 $ par l’heure. « On n’a pas de salaires compétitifs présentement, on a un roulement de personnel incroyable, on a de la difficulté à retenir nos équipes de travail », explique Nicholas Legault.

De plus, sans la présence d’au moins deux intervenant·es, les maisons de jeunes sont contraintes de fermer leurs portes – un scénario de plus en plus fréquent, signale le RMJQ.

« Pendant ce temps-là, il y a quand même le jeune qui vit sa réalité et qui a encore des besoins, mais qui ne sait plus trop vers où se tourner. »

Manque accumulé

Pour subvenir aux besoins des jeunes, le RMJQ estime qu’une maison de jeunes nécessite un budget annuel de plus de 520 000 $. Or, l’organisme soutient que la plupart de ses établissements n’obtiennent que 156 000 $.

« Ça ne représente même pas le tiers de ce dont on a besoin », déplore Nicholas Legault. 

Depuis plusieurs mois, le RMJQ réclame 72 millions $ au gouvernement provincial pour pallier le manque à gagner. Et le total s’élève depuis plusieurs années.

« Ce sont nos chiffres basés sur les données disponibles de l’année passée, mais il y a un autre calcul qui va être à faire cette année », explique Nicholas Legault en soulignant qu’une révision à la hausse des fonds nécessaires est envisageable.

« La raison pour laquelle on lance ce cri du cœur, c’est que le fossé se creuse. »

L’année dernière, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Lionel Carmant, avait bonifié son financement de 37 millions $, une somme à partager entre plus de 3000 organismes communautaires, y compris des maisons de jeunes. En moyenne, celles-ci toucheraient donc individuellement un peu plus de 12 000 $ supplémentaires.

Des discussions sont prévues prochainement entre le RMJQ et le ministre Carmant.

« On sent la reconnaissance, mais on ne sent pas les actions qui permettraient de nous financer », prévient Nicholas Legault.

Au final, « c’est vraiment une question politique et de choix. »

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