Dans l’arrondissement Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, près de la moitié de la population est âgée de moins de 35 ans. Ce sont elles et eux qui sont le plus souvent victimes du profilage et de la discrimination raciale, dont fait état, pour la première fois dans ces quartiers, un nouveau rapport présenté jeudi.
« Ma mère n’est pas très confortable avec les personnes de ta couleur. »
« Vous êtes des estis d’Arabes, on sait que c’est vous [qui avez des fusils], un jour on va vous pogner. »
« Vous, les immigrants, vous êtes agressifs! »
Voilà quelques exemples de propos tenus par des voisin·es, des client·es, des policier·ères et présentés par des jeunes dans le cadre d’un nouveau rapport qui brosse un portrait poignant du racisme dans l’arrondissement Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.
L’initiative émane du Comité de lutte contre le racisme et la discrimination lancé en février 2021, en réponse notamment à des événements marquants de discrimination qui ont profondément troublé la communauté depuis plusieurs années. On note entre autres l’assassinat en 2008 de Fredy Villanueva, un jeune homme de 18 ans, par un agent du SPVM, ainsi que l’arrestation brutale et la détention en 2021 de Mamadi III Fara Camara pour un crime qu’il n’aura jamais commis.
Au total, 45 personnes qui vivent ou ont vécu dans l’arrondissement, en majorité des jeunes, ont été sondées par le biais de questionnaires, de discussions de groupes et d’entrevues semi-dirigées.
« Ce n’est pas un rapport positif », s’indigne Réginald Fleury, responsable du plan de lutte au profilage, au racisme et à la discrimination systémique à la Ville de Montréal et résident du quartier, lors de la présentation du rapport jeudi à la maison de la culture Claude-Léveillée.
« C’est un rapport qui, sans nécessairement nous surprendre, nous rappelle quand même que tous les jours, il y a encore des jeunes, des moins jeunes, des voisins qui vivent de la discrimination au quotidien. »
« Il y a une diversité de contextes et de situations racistes dans l’arrondissement », conclut Thierry Casseus, doctorant en travail social à l’Université de Montréal et auteur du rapport.
Selon lui, le rapport montre comment le racisme s’immisce tant de manière structurelle à travers les institutions, comme la police, les médias, que lors d’interactions interpersonnelles avec les ami·es, le voisinage, les collègues, que ce soit dans la rue, au parc, au travail, à l’école, à l’hôpital.
Les jeunes en cible
À Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, où on retrouve 75 communautés culturelles différentes, les 34 ans et moins constituent 48 % de la population selon des données de la Ville de Montréal recueillies en 2018. Ce sont elles et eux sont le plus souvent la cible de gestes racistes.
« Le profilage dans l’espace public concerne beaucoup plus les jeunes que les moins jeunes », présente Thierry Casseus.
Lors des entretiens, les participant·es plus âgé·es faisaient aussi fréquemment référence à des incidents racistes s’étant déroulés dans leur jeunesse, précise le chercheur.
Cette discrimination est également relayée dans les médias. « Quand on parle de surmédiatisation des jeunes Noirs et des Arabes, on voit qu’ils sont vus comme des délinquants et des terroristes », explique Thierry Casseus. Il souligne que les jeunes participant·es reprochent aussi aux journalistes de donner la parole à des « expert·es » blanc·hes et non-résident·es lorsqu’un incident survient dans leurs quartiers.
Portes de sortie
Face à ces situations, plusieurs jeunes tentent par divers moyens d’éviter des contextes susceptibles de mener à une expérience raciste. En d’autres termes, ils et elles éviteront certains lieux, des parcs, des commerces, des secteurs et tendront à se replier vers la sécurité de leurs propres communautés.
« Y a des endroits où je n’aime pas trop traîner, parce que je sais que la police cible les jeunes Arabes. La police nous contrôle pour rien dans le quartier », raconte par exemple un jeune participant. « Chaque fois qu’on nous montre qu’il y a une différence entre nous et le reste de la population, ça pousse à te retrancher vers des personnes qui te ressemblent ».
« Ça ne fait qu’accentuer le problème, parce qu’on ne se donne pas la chance de découvrir l’autre et on reste sur nos préjugés », s’indigne Djémilatou Belem, chargée de projet au Comité de lutte contre le racisme et la discrimination. « On n’avance pas. »
« Ça ne devrait pas être aux [victimes] de développer des stratégies pour contrer le racisme et la discrimination, ça ne devrait pas exister », déplore-t-elle.
Le Comité de lutte contre le racisme et la discrimination de l’arrondissement, qui regroupe un éventail d’acteurs des services publics et communautaires, prévoit poursuivre ses démarches afin de sensibiliser les résident·es.
D’autres mesures d’aides aux victimes sont également prévues, notamment en mettant en place des mécanismes de plaintes ou en fournissant des ressources locales pour accompagner les résident·es dans leurs démarches judiciaires.