Une usine québécoise doit plus de 400 000 $ à des travailleurs migrants

La Commission de normes du travail réclame cette somme à l’entreprise Systèmes Finex pour des salaires impayés à quatre travailleurs étrangers, qui ont travaillé des milliers d’heures supplémentaires.

Oona Barrett Vidéojournaliste · Pivot
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Recrutés depuis le Mexique et le Honduras pour être soudeurs, Juan, David, Daniel et Carlos, quatre travailleurs migrants temporaires, avaient dénoncé avoir été victimes de « fraude, travail forcé et menaces » par l’entreprise Systèmes Finex. La CNESST a examiné leurs plaintes et exige maintenant à l’employeur de leur verser l’argent qu’il leur doit.

Ils sont venus avec leur famille au Québec entre 2021 et 2022 avec le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) afin de travailler pour Systèmes Finex avec un contrat de travail fermé de 40 heures par semaine à 23 $ de l’heure. Mais ils disaient avoir été payés 10 $ de l’heure, avec des horaires allant jusqu’à 80 heures par semaine. Ils racontaient aussi avoir été forcés de payer des « frais de recrutement » de plusieurs milliers de dollars à leur employeur.

Ils ont porté plainte à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) lors de leurs démissions en janvier et en mai 2023. La Commission a rendu ses décisions, que Pivot a pu consulter. Au total, Systèmes Finex doit désormais 404 457 $ aux quatre travailleurs migrants pour des heures de travail impayées, incluant des heures supplémentaires, des journées fériées et des vacances, ainsi que pour rembourser les « frais de recrutement ».

Ces décisions de la CNESST viennent appuyer les allégations des travailleurs, allégations que l’employeur, Helios Munoz Senior, avait démenties.

Dans le dossier de Juan Reynaldo Barahona, le montant réclamé à l’employeur par la CNESST s’élève à 183 076 $, comprenant 165 180 $ en salaire impayé. Il a notamment travaillé environ 2000 heures supplémentaires, avec des semaines pouvant aller jusqu’à 90 heures.

Dans le cas de Daniel Santiago Morales, la Commission a établi que l’employeur lui devait 116 719 $, ce qui comprend également un important remboursement de plus de 104 000 $ pour du travail impayé.

Du côté de Carlos Barahona, la CNESST demande un remboursement de 70 993 $.

Lors de notre précédente enquête, Pivot avait consulté la décision de la CNESST dans le dossier de David Davalos. La Commission réclamait à l’employeur de lui verser plus de 30 000 $.

Lors de notre enquête, plus d’une dizaine de travailleur·euses migrant·es étaient encore à l’emploi de Systèmes Finex, après le départ des quatre plaignants. Certains seraient encore sur place à travailler dans des conditions similaires, selon Juan Reynaldo Barahona. « J’invite les autres travailleurs à cesser de supporter tant d’injustice de la part de l’employeur, à ne pas avoir peur de le dénoncer, » dit-il à Pivot.

« Nous demandons au gouvernement du Canada et du Québec de rendre justice […] nous avons émigré au Canada avec l’espoir de pouvoir avancer avec nos familles, » exprime Juan.

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