Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Les étudiant·es en droit de McGill ont récemment réaffirmé leur volonté d’instaurer un boycott académique d’Israël. Adoptée par référendum en mars dernier, la politique a pourtant été portée de nouveau au scrutin en septembre, à la demande de l’association étudiante qui tentait de l’annuler. Des étudiant·es y voient l’ingérence de l’administration McGill dans la démocratie étudiante. 

Après une série de revirements, l’Association des étudiants en droit de McGill (AÉD) mettra en place une motion de boycott académique d’Israël, adoptée par voie référendaire en mars dernier et à laquelle s’opposait fermement l’administration de l’établissement. 

Alors qu’il avait initialement reconnu le résultat du scrutin, le Conseil exécutif de l’AÉD avait choisi en août d’annuler le vote à huis clos. Cette décision nécessitait cependant l’aval du corps étudiant, et a finalement été renversée par ce dernier en septembre, malgré des résultats serrés au scrutin.

Pour l’Association des étudiant en droit pour la Palestine (LS4PM) qui est à l’origine de la motion, ce changement de cap au sein de l’AÉD est symptomatique des pressions de l’administration. McGill menaçait de mettre un terme au protocole d’entente avec l’association si la politique venait à être ratifiée. 

« On a appris que l’AÉD songeait d’abord à annuler secrètement le référendum pendant l’été et présenter ça comme un fait accompli à la rentrée », raconte Hugo-Victor Solomon, étudiant en droit et membre de LS4PM. 

« McGill ne voulait pas que cette question revienne devant le public, ils voulaient limiter le plus possible la possibilité que les étudiants s’expriment encore sur la question », avance Charlie*, qui faisait partie de l’AÉD au moment où débutaient les négociations avec l’administration.

« La pression que McGill a mise sur nous a fait que l’AÉD avait peur, elle est naturellement devenue plus secrète [auprès des étudiants] », explique-t-iel.

De son côté, l’AÉD défend avoir « mieux cerné les conséquences auxquelles les étudiants pourraient être confrontés si les résultats du référendum étaient mis en œuvre ». « Nous avons estimé qu’il était de notre devoir de rechercher des solutions alternatives », explique-t-on dans un courriel à Pivot.

Rompre avec l’administration, une option?

Suite au rejet de l’annulation de la motion par les étudiant·es, cinq membres exécutifs de l’AÉD ont rendu leurs démissions, incluant le président. 

Dans un courriel transmis aux étudiant·es en droit après le dernier scrutin et qu’a pu consulter Pivot, la nouvelle présidente de l’AÉD annonce que la motion de boycott sera bel et bien mise en œuvre : notamment qu’un comité sera instauré et des consultations avec les étudiant·es sont prévues afin d’assurer la « non-discrimination des individus ».

Cela engagerait donc de nouveau l’AÉD dans un processus de négociation avec McGill afin de revoir, ou même potentiellement de s’affranchir de son protocole d’entente avec l’établissement.

Par courriel, l’Association affirme explorer toutes les options possibles à l’heure actuelle. 

« C’est sûr que la relation institutionnelle est importante pour une cohésion à l’école », reconnaît Charlie, « mais l’association est là pour servir les étudiants, pas l’université ». 

« On est une organisation sans but lucratif incorporée dans l’État provincial, pas à McGill. »

D’autant plus que « lorsqu’il y a un double mandat, il n’y a plus de marge de manœuvre », pense Hugo-Victor Solomon, en référence aux verdicts des deux scrutins.

Qui fait pression sur McGill?

Avant même son adoption en mars, McGill s’était opposé à la politique de boycott, la qualifiant « d’antisémite », prévenant dès lors que l’établissement couperait les ponts avec l’AÉD. 

Cette menace a d’ailleurs été mise de l’avant par McGill dans des disputes similaires auprès d’autres organismes étudiants qui ont adopté des politiques de boycott d’Israël. Des syndicats y avaient d’ailleurs dénoncé une atteinte à la liberté d’expression.

La politique de boycott souhaitée par les étudiant·es vise les « partenariats académiques bilatéraux et institutionnels » de McGill avec Israël, tout particulièrement avec l’Université de Tel-Aviv.

Notons qu’à l’heure actuelle, les échanges étudiants de McGill en Israël qui seraient touchés ont déjà été suspendus en raison des violences dans la région. 

Pour Charlie, l’opposition de McGill relève moins des visées tangibles du boycott, que de ses effets sur l’image et la réputation de l’université, notamment aux yeux de donateurs. « Ils ne veulent pas laisser croire aux donateurs que McGill a laissé passer ça », pense-t-iel.

Dans une lettre obtenue en accès à l’information, envoyée à la doyenne de la Faculté de droit en mars dernier, Jonathan Amiel, soutenait qu’aux yeux du comité consultatif de la Faculté sur lequel il siégeait, l’adoption de politiques de boycott académique « risque de compliquer considérablement la collecte de fonds, et ce précisément au moment où la Faculté doit compter davantage sur le soutien philanthropique d’anciens étudiants engagés. »

Au lendemain du vote référendaire, Jonathan Amiel, lui-même un donateur important de l’Université McGill, annonçait sa démission de son poste au comité consultatif, ainsi que le retrait de son soutien financier. 

Par ailleurs, « McGill est également sous pression, parce qu’ils sont en train de se faire poursuivre dans un recours collectif » soutenu par le lobby sioniste B’nai Brith, fait remarquer Hugo-Victor Solomon. Le recours, qui a été approuvé par la Cour supérieure en août dernier, demande 5 millions $ en dommages punitifs à McGill pour ne pas avoir fait respecter ses règlements en matière de « comportements antisémites et antisionistes ».  

« C’est une pression non négligeable pour McGill, parce que tout ce qu’ils font maintenant pourrait se retrouver en Cour », note Hugo-Victor Solomon.

Boycott de plus en plus demandé

Parallèlement aux démarches des étudiant·es en droit, tous les étudiant·es de premier cycle se sont prononcé·es en faveur d’une motion de boycott visant un programme d’échange entre McGill et l’Université hébraïque de Jérusalem, lors d’une assemblée générale tenue le 28 septembre dernier.  

La motion mandate l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM), qui représente 22 000 étudiant·es de premier cycle, de faire pression sur l’administration afin qu’elle revoie son accord d’échange, qui devrait arriver à échéance en 2028. 

Les étudiant·es de premier cycle avaient déjà adopté une politique « contre le génocide », octroyant déjà le mandat à l’AÉUM de faire pression sur l’Université pour qu’elle mette un terme à ses liens avec Israël. Cela lui avait valu une riposte de l’administration qui avait résilié son propre protocole d’entente.

Pour Charlie, la multiplication des politiques étudiantes contre Israël, malgré les réprimandes de l’administration, est signe que les choses changent à McGill.

« Ils n’ont plus le contrôle, ils n’ont plus le monopole du narratif. »

* Nom fictif. Pivot a octroyé l’anonymat à cette personne afin de lui éviter de possibles représailles.

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