Bifan Sun Journaliste – Initiative de journalisme local · Pivot
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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, lie l’immigration et le manque d’espace dans les écoles pour justifier une baisse « significative » du seuil d’immigration. Des partis d’opposition et des chercheur·euses soulignent cependant que le problème relève de multiples facteurs et qu’il découle surtout d’une négligence de longue date en matière d’infrastructures scolaires.

Le 29 août, troisième jour de la campagne électorale, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a attribué le manque d’espace dans certaines écoles à « une perte de contrôle totale » du système d’immigration sous le gouvernement de la CAQ, lors d’un point de presse tenu pour le dévoilement du programme d’immigration de son parti.

« L’école déborde en raison d’un trop grand nombre de nouveaux élèves qui proviennent de l’immigration », affirmait le chef péquiste devant l’école secondaire Roger-Comtois, en banlieue de Québec, en désignant les classes modulaires derrière lui. « C’est un exemple flagrant que notre capacité d’accueil est largement dépassée. »

Il n’a toutefois pas fourni de données précises permettant d’établir un lien direct entre le manque d’espace dans cette école et l’augmentation du nombre d’élèves immigrant·es nouvellement arrivé·es.

Tout au long de son discours, PSPP pointait du doigt les immigrant·es temporaires, ainsi que le gouvernement de la CAQ, qui a fait « exploser » leur nombre. Il a déclaré que son parti réduirait de plus de la moitié l’immigration temporaire et porterait le seuil annuel d’immigration permanente de 45 000 à 35 000 personnes.

Québec Solidaire et le Parti libéral du Québec ont condamné les propos de PSPP. 

« Aujourd’hui, quand on regarde le déficit de maintien dans nos infrastructures, notamment dans nos écoles, le manque d’espace, on ne peut pas juste dire que c’est à cause de l’immigration, ces problèmes-là existaient avant », a réagi la co-porte-parole solidaire Ruba Ghazal plus tard dans la journée.

Le chef libéral, Charles Milliard, a quant à lui rappelé que l’immigration permet de combler une pénurie de main-d’œuvre, dans la région de Québec notamment, où il manquerait « un minimum de 13 000 travailleurs ».

Quelle hausse de l’immigration?

De 2022 à 2024, le Québec a connu une croissance démographique record, qui provenait presque entièrement de l’immigration, tandis que l’accroissement naturel s’approchait de zéro. À noter que cette croissance exceptionnelle est survenue après une période de ralentissement de l’immigration liée à la pandémie de COVID-19. Ainsi, si on calcule la moyenne de la croissance démographique entre 2020 et 2024, on constate que ce chiffre se maintient à un niveau comparable à celui d’avant la pandémie.

De plus, d’après des données compilées par Le Devoir en octobre 2025, l’effectif scolaire dans l’ensemble du réseau public n’a augmenté que de 2,16 % par rapport à l’année 2000-2001, la hausse du nombre d’élèves immigrant·es ayant compensé la baisse du nombre d’élèves non immigrant·es liée à de faibles taux de natalité observés au Québec depuis quelques années.

« C’est vrai qu’en 2022, il y a eu une hausse des élèves issus de l’immigration. Par contre, il faut savoir que la pénurie de place est concentrée en Montérégie, dans les Laurentides et dans Lanaudière », analyse en entrevue Maxim Fortin, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), en se référant aux déficits d’espace dans les écoles recensés dans le Plan québécois des infrastructures 2022-2032. Selon lui, ce phénomène serait davantage lié à l’exode urbain post-pandémie vers les banlieues. Un important déficit était également constaté dans la Capitale-Nationale.

« Si l’immigration était une cause aussi directe du manque de place dans les écoles, la pénurie serait concentrée beaucoup plus dans les régions de Montréal et Laval, les deux régions qui sont largement au-dessus des autres en termes d’accueil des élèves issus de l’immigration », poursuit le chercheur.

Dans la région de Montréal, on constate que l’arrivée des élèves immigrant·es de première génération n’a pas eu d’impacts significatifs sur l’effectif scolaire au cours de la dernière décennie.

Dans certaines régions qui affichent de plus importants déficits d’espace, l’augmentation du nombre d’élèves immigrant·es de première génération constitue en effet un facteur de la hausse de l’effectif scolaire, par exemple dans la Capitale-Nationale.

Cependant, dans la plupart des cas, l’augmentation du nombre d’élèves dits « de deuxième génération » – soit des enfants né·es ici dont un ou les deux parents sont nés à l’étranger – contribue tout autant à la croissance de l’effectif scolaire, par exemple en Montérégie. Ces enfants de nationalité canadienne, dont la famille est établie ici depuis au moins quatre ou cinq ans, sont considérés comme « issus de l’immigration » dans les données gouvernementales.

Rappelons que la croissance de la population immigrante en dehors de la Communauté métropolitaine de Montréal serait également le résultat de la politique de régionalisation de l’immigration. Depuis 2023, celle-ci est une priorité du gouvernement de la CAQ pour contrer la pénurie de main-d’œuvre et le déclin démographique, comme le demandent aussi de nombreuses municipalités et entreprises en région.

Un sous-investissement chronique

« La cause réelle du manque de place, c’est le manque de planification à moyen terme », soutient Maxim Fortin. « La bonne question, ce n’est pas combien d’élèves supplémentaires l’immigration amène, c’est plutôt pourquoi l’État n’a pas planifié et financé suffisamment et rapidement les infrastructures nécessaires à l’évolution de la population scolaire. »

« L’augmentation des effectifs scolaires, c’est quelque chose qu’on avait vu venir et c’est quelque chose qu’on a décidé d’ignorer », souligne le chercheur.

Au début des années 2010, à la suite d’un baby-boom survenu au milieu des années 2000, la Commission scolaire de Montréal (aujourd’hui le Centre de services scolaire de Montréal) connaissait déjà un manque d’espace dans son territoire et demandait au ministère de l’Éducation d’investir davantage dans les projets d’agrandissement et de construction d’écoles, estimant que le niveau d’investissement de l’époque était insuffisant pour répondre aux besoins à long terme.

D’après une analyse réalisée par Maxim Fortin et sa collègue Anne Plourde, les investissements sur dix ans prévus pour le maintien et la bonification des infrastructures scolaires n’ont connu une hausse significative qu’entre 2018 et 2021, passant de 11,2 à 24,4 milliards $. Depuis, ce montant a légèrement baissé et se maintient à 23,5 milliards $ en 2026.

Ce n’est qu’en 2020 que le gouvernement du Québec a commencé à inscrire dans son Plan annuel de gestion des investissements publics en infrastructures (PAGI) des déficits d’espace prévus dans l’ensemble des écoles primaires et secondaires de la province.

Depuis 2023, ces déficits ne cessent d’augmenter tandis que le gouvernement réduit drastiquement ses investissements annuels pour les projets d’agrandissement et de construction d’écoles. Ceux-ci sont passés de 1 866,9 millions $ en 2024-2025 à 958,3 millions $ en 2026-2027. Les investissements sur dix ans prévus au Plan québécois des infrastructures pour ce type de projets sont de leur côté passés de 8 milliards $ en 2022-2023 à 5,2 milliards $ en 2026-2027.

« La bonne question, c’est plutôt pourquoi l’État n’a pas planifié et financé suffisamment et rapidement les infrastructures nécessaires à l’évolution de la population scolaire. »

Maxim Fortin, IRIS

En parallèle, la détérioration des infrastructures scolaires contribue également à la pénurie d’espace. Le PAGI 2026-2027 indique que 47 % des écoles préscolaires et primaires ainsi que 61 % des écoles secondaires sont jugées en mauvais ou en très mauvais état. Des établissements ont dû fermer d’urgence pour des travaux majeurs. Malgré des investissements importants réalisés depuis 2018, le déficit de maintien a plus que doublé, passant de 4,1 à 9,8 milliards $ en 2026, selon l’analyse de Maxim Fortin et d’Anne Plourde.

D’ailleurs, Maxim Fortin ajoute que la décision du gouvernement de la CAQ de rendre universelle la maternelle 4 ans, qui était autrefois réservée aux enfants issus des milieux défavorisés, exacerbe aussi la pression sur un réseau déjà surchargé.

« Paul St-Pierre Plamondon confond les facteurs et les causes. Il isole un facteur, c’est-à-dire la hausse des élèves issus de l’immigration, et en fait la cause du manque de place dans les écoles. C’est extrêmement pernicieux », critique le chercheur.

Cet article a été produit grâce à la contribution financière de l’Initiative de journalisme local.

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