Israël prépare-t-il un cadre légal pour exécuter des prisonniers palestiniens?

Sarah Emad Chroniqueuse à Gaza · Pivot
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Israël prépare-t-il un cadre légal pour exécuter des prisonniers palestiniens?

Depuis le 7 octobre 2023, dans le cadre d’une guerre d’extermination contre les Palestiniens, les conditions de détention se sont gravement détériorées. 

Plus de 11 000 Palestiniens sont actuellement détenus, dont des femmes et des enfants, et beaucoup d’entre eux sont détenus sans jugement sous le régime de la détention administrative. Le débat autour d’un projet de loi autorisant la peine de mort pour les prisonniers palestiniens laisse penser qu’Israël pourrait réactiver cette peine. Pourtant, l’histoire montre que les exécutions, qu’elles soient extrajudiciaires ou en prison, ont été pratiquées depuis des décennies. 

La surpopulation carcérale est devenue extrême. Des cellules prévues pour quelques personnes en accueillent parfois le double. Les prisonniers dénoncent une alimentation insuffisante, un accès limité à l’eau, l’absence de soins médicaux adéquats et des sanctions collectives régulières. Plusieurs détenus sont morts en prison depuis le début de cette phase de la guerre, dans des circonstances dénoncées comme résultant de mauvais traitements ou de négligence médicale. 

C’est dans ce contexte que le projet de loi sur la peine de mort prend une dimension particulière. Il ne surgit pas dans un vide juridique, mais dans un système déjà marqué par une violence structurelle. Les transferts récents de prisonniers vers des sections isolées et les préparatifs logistiques rapportés suggèrent que l’hypothèse de l’exécution n’est plus théorique.

De nombreux détenus libérés ont raconté des conditions d’emprisonnement extrêmement dures dans les prisons israéliennes. Certains parlent d’une faim prolongée, d’une absence quasi totale de soins médicaux et de violences physiques et psychologiques infligées par les gardiens. Des anciens prisonniers évoquent avoir été retenus dans des cellules surpeuplées, privés de sommeil par des bruits constants et placés dans des positions douloureuses pendant de longues périodes, parfois sans possibilité de se coucher. D’autres témoignent qu’on leur a refusé toute communication avec leurs familles ou leurs avocats pendant des semaines, et que des formes d’humiliation et de mauvais traitements faisaient partie de la vie quotidienne en détention. 

Ces récits, venus de détenus relâchés après des mois d’emprisonnement, démontrent une expérience carcérale marquée par la violence, la négligence et la dégradation systématique des conditions de détention.

Les prisons et centres de détention israéliens sont désormais décrits par des organisations de défense des droits humains comme des lieux d’effondrement total des garanties fondamentales, tandis que d’anciens détenus les qualifient de « cimetières pour les vivants » et d’« antichambres de la mort ». Au cours des deux dernières années de la guerre d’extermination, environ 81 prisonniers et détenus palestiniens ont été tués en détention, selon la documentation des institutions palestiniennes spécialisées dans le suivi des prisonniers. Ce chiffre ne concerne que les cas dont l’identité a été confirmée. Les estimations évoquent un bilan plus élevé, plusieurs cas n’ayant pas été officiellement reconnus, et dans certains cas, ni le lieu d’inhumation ni le sort des dépouilles n’ont été clarifiés.

Un rapport publié en novembre par l’organisation Physicians for Human Rights–Israel fait état d’au moins 94 Palestiniens tués dans des centres de détention israéliens entre le 7 octobre 2023 et le 31 août 2025. Quatre autres ont été tués après cette date, portant le total documenté à 98 prisonniers assassinés en détention sur cette période. Parallèlement, des autorités sanitaires à Gaza ont indiqué que, parmi les quelque 300 corps restitués dans le cadre du récent accord de cessez-le-feu, plusieurs présentaient des traces de torture, de brûlures, de blessures par balles et de mutilations. Certaines dépouilles, selon ces déclarations, ont été rendues menottées et les yeux bandés.

Ces témoignages contiennent des récits accablants de torture et de répression systématique infligées aux prisonniers par les autorités pénitentiaires israéliennes : 

Un prisonnier a été tué simplement parce qu’il demandait un traitement médical. Comme le raconte Muhannad : lorsqu’il a demandé un analgésique, on lui a dit de « mourir ». Il a été menotté, enfermé dans une pièce et frappé par dix gardes jusqu’à perdre connaissance à trois reprises. Il est resté incapable de bouger pendant un mois, souffrant de fractures de côtes. Ces récits montrent l’ampleur de la torture et de la répression systématique infligées aux prisonniers par les autorités pénitentiaires. 

Druweish, 46 ans, veuf et résident de l’est de Khan Younes, raconte : « J’ai été arrêté et torturé, et lorsque j’ai été libéré, j’ai été choqué de découvrir que plusieurs membres de ma famille avaient été tués. J’ai passé des semaines à chercher des informations sur leur sort, jusqu’à comprendre qu’ils avaient péri lors du bombardement de notre maison. Nous avons dû extraire les corps sous les décombres avec des outils très rudimentaires. L’odeur du sang et la vue de mes proches morts étaient insupportables. » 

A.A., un père palestinien de 35 ans, a été arrêté alors qu’il se trouvait à l’hôpital. Il raconte les sévices qu’il a subis pendant 19 mois de détention : humiliations constantes, insultes, menaces de viol à lui et à sa famille, ainsi que des violences physiques extrêmes. 

« Ils nous ont conduits dans un couloir isolé, loin des caméras, et nous ont complètement déshabillés. Des soldats ont utilisé des chiens contre nous : un chien m’a attaqué sous les coups et les injures continues des gardes, en urinant sur moi avant l’attaque. L’agression a duré plusieurs minutes, tandis que les gardes continuaient à me frapper et à pulvériser du gaz poivré sur mon visage. La séance de torture a duré près de trois heures, et à la fin, nous avions tous des blessures sur différentes parties du corps. J’ai été transféré ensuite dans un coin du couloir, où un médecin a dû me recoudre une grave blessure au crâne avec sept points, sans anesthésie, suite aux coups reçus. J’ai également souffert de contusions, de fractures aux côtes et d’hématomes sur les membres. Cette expérience m’a profondément traumatisé, humilié et fait perdre le contrôle de mes émotions. Je n’aurais jamais imaginé vivre une telle horreur dans ma vie. » 

Les prisonniers sont au cœur de la cause palestinienne et de la lutte pour la libération nationale. Ce projet de loi sur la peine de mort ne vise-t-il pas à frapper tout le peuple palestinien en criminalisant sa résistance et son combat pour la liberté? Il est impératif d’agir immédiatement pour annuler cette loi, protéger les prisonniers, préserver leurs droits et leur identité, et défendre le droit inaliénable du peuple palestinien à poursuivre sa lutte pour l’indépendance.

Des prisonniers récemment libérés décrivent un régime marqué par la violence physique, les transferts sous contrainte, la privation de soins et l’isolement prolongé. Un ancien détenu, âgé de 29 ans, témoigne : « Nous étions traités comme si notre vie n’avait aucune valeur. Les coups et les humiliations faisaient partie du quotidien. « Les fouilles constantes, le manque de nourriture et l’absence de soins médicaux ont rendu la détention presque insupportable. Le plus dur était de se sentir complètement abandonnée. »