J’ai consulté les plateformes et engagements électoraux de l’Équipe Christine Fréchette – Coalition avenir Québec (CAQ), du Parti québécois (PQ), du Parti libéral du Québec (PLQ), du Parti conservateur du Québec (PCQ) et de Québec solidaire (QS).
Je n’y ai vu aucune mention du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), de déontologie policière ou encore du contenu de la formation policière.
La semaine dernière, j’ai écrit à chacun de ces cinq partis politiques en m’identifiant comme chroniqueur chez Pivot, question de vérifier s’ils n’avaient vraiment rien à proposer sur ces sujets. Seul QS m’a répondu.
Bien que cet engagement ne figure pas dans sa plateforme électorale, QS m’écrit vouloir « réformer le BEI », en rendant ses rapports publics et en interdisant l’embauche « d’anciens policiers » afin de favoriser l’impartialité de cet organisme. Impossible pour moi d’être en désaccord avec ça.
Aussi, QS promet de tenir une « enquête publique et indépendante sur le racisme systémique », notamment au Service de police de la Ville de Montréal; « abolir les interpellations routières aléatoires »; « garantir une collecte de données publique et systématique sur les interventions policières »; et appliquer « l’ensemble des recommandations » du rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (communément appelée « Commission Viens »), déposé en septembre 2019.
L’une de ces recommandations concernait le délai de prescription, soit la limite de temps dont dispose une victime pour porter une plainte en déontologie policière. La commission demandait de faire passer le délai à trois ans, au lieu d’une seule année comme c’est toujours le cas.
En 2024-2025, 7 % des plaintes en déontologie policière ont été rejetées pour motif de prescription. Cela représente 125 plaintes, dont onze alléguant racisme, discrimination ou profilage racial.
C’est Noël (pour la police)
Le PQ a mis en ligne différentes versions d’un document détaillant son « projet national », a. k. a. la souveraineté du Québec, contenant quelques propositions concernant la police.
Dans une version préliminaire, on y lit que le PQ entend « mettre fin à tout profilage racial ou social, notamment au sein des corps policiers », ainsi que « diversifier la composition des corps policiers ».
Ces propositions ont mystérieusement disparu dans une version subséquente du document pour être remplacées par des énoncés très généraux sur la « lutte contre le racisme » éclipsant toute référence à la police. Tiens, donc.
Si le PQ s’est d’abord engagé à réduire les dépenses publiques, PSPP parle désormais d’investir plus de 400 millions $ sur quatre ans pour « donner aux forces de l’ordre les moyens d’agir ». Comme si la police était paralysée. Cette somme colossale servira notamment à « augmenter la capacité de formation de l’École nationale de police du Québec » (ENPQ); « consacrer plus de ressources en santé mentale pour les forces de l’ordre »; « interdire les injures envers les corps policiers »; « bonifier les effectifs des escouades régionales mixtes » et « embaucher 800 nouveaux policiers ».
C’est encore plus généreux que les 300 flics additionnels promis par la CAQ, une annonce que Christine Fréchette a faite devant l’ENPQ, à Nicolet. La première ministre semble incapable d’expliquer comment seront répartis les nouveaux effectifs promis. Qu’importe : le fric sera au rendez-vous pour les flics.
Définancer la police? N’y pensez même pas!
Pendant ce temps aux États-Unis, Alexandria Ocasio-Cortez, Zohran Mamdani et d’autres vedettes des Democratic Socialists of America font tout leur possible pour se distancer de leurs anciennes postures pro-defund the police, comme s’il s’agissait d’une ancienne maladie vénérienne qui leur fait aujourd’hui honte. Misère de misère.
D’un ex-flic à l’autre?
Ian Lafrenière est peut-être devenu politicien, mais il continue à penser comme une police, comme en témoigne sa fameuse loi anti-patchs.
Comme s’il se servait de son costume caquiste comme d’une couverture pour poursuivre sa mission de répression.
Que reste-t-il de la soi-disant « séparation des pouvoirs » quand d’ex-flics se font élire pour pousser les agendas policiers?
Quand le parti qui, selon les sondages, formera le prochain gouvernement (spoiler : le PQ), s’est choisi son propre Ian Lafrenière, sous les traits d’un Guy Lapointe?
Si Lafrenière, qui se présente pour une troisième fois dans Vachon, était porte-parole au SPVM avant de plonger en politique, Lapointe, qui lui se présente pour une première fois dans Verchères, a fait la même job à la Sûreté du Québec (SQ), avant d’être tassé par l’état-major de son propre corps policier.
Ce qui n’empêche pas PSPP de voir en Lapointe un « profil ministrable », donc un futur Lafrenière. Comme s’il tenait à tout prix à copier-coller la vieille CAQ. Et l’originalité, c’est trop demander?
Le PLQ découvre de son côté que les ex-flics trainent aussi des casseroles.
Laurier Michaud a fait carrière à la SQ pendant plus de 30 ans. Il était candidat libéral dans Côte-du-Sud jusqu’à ce que le parti retire son nom en catastrophe, en juin dernier. Des « allégations sérieuses » sont invoquées, sans autres détails.
Passons maintenant au cas de Charles Hudon, candidat libéral dans Vanier–Les Rivières et lui aussi ex-flic à la SQ.
Lorsque la SQ l’a assigné à l’Assemblée nationale, en 2020, Hudon s’est fait connaître pour ses comportements déplacés, notamment envers des femmes qui sont sorties en pleurs de son bureau. Tant et si bien que le Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec a commandé un rapport accablant à son sujet, lequel a été rendu public par le Journal de Montréal la semaine dernière.
Fort d’avoir « un gun à la ceinture », Hudon a multiplié les gestes abusifs « dans le but de démontrer l’exercice inutile d’autorité », lit-on.
Et dire que le PLQ veut ramener ça à l’Assemblée nationale.
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En Montérégie, une brillante contre-campagne a détourné nombre de pancartes électorales des grands partis pour y diffuser des messages qui frappent direct dans le mille :
- « Le BEI n’est pas le choix de la confiance. » (sur une pancarte du PQ);
- « Avançons. Nooran, lui, ne le pourra plus. » (sur une pancarte de la CAQ);
- « Sans justice pour Nooran, impossible de RASSEMBLER. RÉPARER. BÂTIR. » (sur une pancarte du PLQ);
- « OSER POUR VRAI – la fin de L’IMPUNITÉ POLICIÈRE » (sur une pancarte du PCQ);
- « UNE POLICE QUI NE TUE PAS NOS ENFANTS – c’est possible » (sur une pancarte de QS).
Comme quoi l’agitation underground est capable de faire une place à des enjeux qui ont visiblement brillé par leur absence tout au long de cette trop longue campagne électorale.