Encore un scandale au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Comme quoi la police, c’est aussi un paquet de troubles.
On a eu les dérapages racistes d’une bande de flics du Poste de quartier 39, à Montréal-Nord, là où vivent plusieurs communautés racisées; on a maintenant une histoire de pisse et de police au Poste de quartier 21, au centre-ville, là où l’itinérance se fait si évidente.
J’ai l’impression de souiller ma propre chronique par le simple fait d’y écrire qu’un flic a uriné à répétition pendant 18 mois sur des personnes en situation d’itinérance qui ne faisaient que dormir.
Ce flic – un ex-militaire dont le SPVM nous cache toujours le nom – était tellement fier d’avoir humilié des personnes vivant dans la rue qu’il a même partagé une vidéo trash de son powertrip déshumanisant, comme s’il s’agissait de son plus brillant exploit.
En plus, un autre flic de ce même poste s’est amusé à prendre des selfies avec des personnes interpellées placées dans des positions humiliantes.
Ce côté fétichiste dégradant n’est pas sans rappeler ces flics de Montréal-Nord qui collectionnaient des dreads de leurs victimes en guise de trophée tordu.
Qu’il soit question de garder une photo, une vidéo ou une tresse, le principe reste le même : la conservation de l’objet ou du souvenir permet au flic prédateur de revivre le plaisir de l’acte de domination et de maintenir un sentiment de contrôle et de supériorité, comme si la victime lui « appartenait » toujours.
Pas d’accusations, pas de noms
Tant dans le cas du poste 21 que dans celui du poste 39, les victimes n’ont pas porté plainte. Les bourreaux en uniforme doivent se féliciter d’avoir si bien choisi leurs cibles.
Ce sont plutôt des collègues flics qui ont dénoncé ces abus policiers. Les apologistes du SPVM ne manquent pas d’en faire un argument destiné à nous rassurer.
Mais dans le cas de l’agent incontinent du poste 21, la sonnette d’alarme n’a pas été tirée à l’interne, mais plutôt par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
On apprend ainsi que la GRC a infiltré un groupe privé sur les réseaux sociaux dans lequel a circulé au moins une vidéo scabreuse de l’agent incontinent. Et que la présence des fédéraux sur cette plateforme toxique s’explique par une enquête sur l’extrême droite. Des images dégradantes côtoient donc une idéologie repoussante.
Mais si ce sont des flics qui dénoncent d’autres flics et qu’il existe une preuve vidéo incriminante par-dessus le marché, pourquoi alors les accusations criminelles se font-elles toujours attendre, tant dans le cas du poste 21 que du 39?
Si le SPVM juge avoir assez d’éléments en main pour ordonner des suspensions dans les deux cas, qu’est-ce qui peut bien manquer pour passer à l’étape des mises en accusation?
C’est toujours plus long, plus compliqué, quand ce sont des flics qui sont en infraction. L’égalité devant la loi? Vous voulez rire de moi?
Chose certaine, tant qu’il n’y a pas d’accusations, on n’aura pas accès aux noms de tous ces déshonorables constables – l’identité d’une personne adulte inculpée au criminel étant un renseignement public.
Et tant que l’enquête interne est en cours, cela permet au SPVM d’esquiver bien des questions. C’est d’ailleurs sous prétexte « de protéger l’intégrité du processus d’enquête » que Soraya Martinez Ferrada a repoussé cette semaine la comparution de Fady Dagher au conseil municipal de Montréal.
Traquer les pauvres
Si l’agent incontinent s’est permis de pousser sa déviance aussi loin, c’est aussi parce que les personnes en situation d’itinérance ont une cible peinturée dans le dos.
Prenez le métro de Montréal. Depuis mars 2025, le simple flânage est devenu passible d’expulsion dans le réseau souterrain de la Société de transport de Montréal (STM).
Évidemment, ce sont les personnes sans-abri qui sont dans le viseur. Le message est clair : disparaissez de notre vue.
Non seulement cette mesure discriminatoire présentée à l’origine comme « temporaire » a-t-elle été reconduite deux fois, et ce, jusqu’en avril 2027, mais en plus, la STM a même commencé à mettre l’IA à contribution dans deux stations pour être sûr de ne pas oublier d’expulser aucune personne coupable de flânage, cette offense si impardonnable.
Alors que le mercure commence à chuter, l’administration Martinez Ferrada a récemment annoncé l’ajout de 52 constables spéciaux et de douze flics du SPVM dans le métro, en plus de faire passer le nombre de caméras de vidéosurveillance visionnables en temps réel de 72 à 432. Des millions de dollars de plus pour foutre toujours plus de monde dehors du métro.
Tout ça pour sécuriser une clientèle qui s’inquiète à la simple vue de personnes en situation d’itinérance.
Quoi de plus payant pour les budgets policiers que l’insécurité citoyenne?
Pas de pitié, ni de chaleur
Pendant ce temps à Québec, les personnes en situation d’itinérance sont condamnées à l’errance permanente, avec des flics qui les chassent systématiquement des espaces publics et les empêchent de s’y réinstaller. À chaque déplacement forcé, ces êtres humains en mode survie perdent souvent quelques-unes de leurs rares possessions, accroissant davantage leur précarité.
Joseph Facal, l’ex-ministre péquiste devenu chroniqueur chez Quebecor, est tellement ravi de cette grosse tolérance zéro qu’il presse Montréal d’emboiter le pas.
Car pour lui, les « campements illégaux » sont peuplés de « marginaux qui ont choisi ce mode de vie ». La crise du logement? Jamais entendu parler!
Si Facal avait sans doute le derrière bien au chaud lorsqu’il a balancé ces mots, son cœur reste froid, comme le trottoir de béton sur lequel notre société capitaliste condamne des personnes en situation d’itinérance à dormir chaque nuit faute de place dans des refuges en surcapacité d’accueil.
Lointaine semble aujourd’hui l’époque où les postes de police de Montréal, de Toronto et ceux des États-Unis d’Amérique servaient de « haltes-chaleur » de fortune aux personnes sans-abri durant les froides nuits d’hiver. On ne parle pourtant pas de la préhistoire, mais bien du siècle dernier.
Le véritable problème n’a jamais été les campements, encore moins le flânage, mais bien les gouvernements qui font du surplace face à la crise du logement et laissent ainsi pourrir la situation, préparant le terrain à des approches toujours plus répressives.
C’est eux qu’il faut expulser, pas les plus mal-pris d’entre nous qui ont besoin d’un endroit pour se réchauffer.

