Le Canada s’est éloigné de ses engagements de lutte aux changements climatiques en 2025 en reculant sur ses politiques environnementales et le gouvernement fédéral n’offre pas de solutions suffisantes pour corriger le tir, selon l’Institut climatique du Canada.
En considérant les politiques publiques déjà mises en œuvre en 2024 par les gouvernements des provinces et territoires ainsi que le gouvernement fédéral, le Canada était en voie de réduire ses émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) de 150 mégatonnes d’ici 2030, soit 34 % de son objectif de 440 mégatonnes pour cette date, selon l’Institut climatique du Canada (ICC).
En 2025, les politiques canadiennes en matière de lutte aux changements climatiques nous plaçaient plutôt dans une trajectoire qui mènerait à des réductions de 136 mégatonnes, soit 30 % de l’objectif.
Si l’on considère les politiques annoncées, mais qui n’ont pas encore fait l’objet de lois ou de règlements, la réduction d’émission pourrait atteindre entre 157 et 186 mégatonnes, selon l’analyse, ce qui reste loin de l’objectif.
Un constat qui s’ajoute au fait que les émissions de GES du Canada stagnent, restant à peu près inchangées à 694 mégatonnes en 2024 par rapport à 2023, soit les deux dernières années pour lesquelles les données sont actuellement disponibles.
C’est ce qui ressort de l’analyse indépendante menée par l’ICC du rapport d’étape 2025 sur le Plan de réduction des émissions pour 2030, une publication bisannuelle faisant l’inventaire des émissions canadiennes et des plans pour les enrayer, que le gouvernement fédéral est obligé de produire en vertu de la loi.
À noter que les prédictions faites par le gouvernement sont plus optimistes que celles de l’ICC, espérant une réduction de 159 mégatonnes d’ici 2030 avec les mesures en place en 2025.
« Il nous faut adopter plusieurs autres politiques si on veut espérer atteindre nos objectifs de 2030, 2035, et surtout le net zéro prévu pour 2050. »
Ross Linden-Fraser, ICC
« S’il y a moins de réductions des émissions dans le scénario de 2025 par rapport à celui de 2024, c’est à cause du recul politique qu’on a vu du fédéral, mais aussi au niveau provincial », remarque Ross Linden-Fraser, chercheur à l’ICC.
« Le plus important est l’élimination de la redevance sur les combustibles, qui est souvent appelée “taxe carbone sur l’essence”, mais il y en a d’autres. Par exemple, l’affaiblissement de la taxe carbone industrielle en Alberta et sa suspension complète en Saskatchewan, ou encore la décision de cette même province de continuer à bruler du charbon pour faire de l’électricité », précise-t-il.
Un pas vers l’avant, deux vers l’arrière
L’année dernière a tout de même vu quelques progrès en matière de lutte aux changements climatiques, rappelle Ross Linden-Fraser. Le nouveau règlement fédéral sur les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier implanté en décembre 2025 marque une avancée, permettant à lui seul de réduire les émissions de l’équivalent de 20 mégatonnes de CO² d’ici 2030, selon les calculs de l’ICC.
Rappelons que l’exploitation d’un gisement de pétrole mène normalement au rejet direct dans l’atmosphère de quantité massive de méthane, un gaz dont l’effet sur le réchauffement climatique est 80 fois plus élevé que celui du CO² sur une période de 20 ans. Le nouveau règlement contraint les pétrolières à capter la quasi-totalité de ces émissions durant toute la vie active d’un puits de pétrole et même au-delà.
L’autre avancée de 2025 concerne aussi le méthane, soit celui émis par des sites d’enfouissement de déchets. Un nouveau règlement oblige les entreprises et organismes qui gèrent les dépotoirs à mettre en place des systèmes de surveillance des émissions de méthane et des mesures de captage pour s’assurer qu’elles demeurent en dessous de certains seuils. Le règlement entrera en vigueur progressivement jusqu’en 2029 et devrait réduire les émissions de GES du Canada de l’équivalent de 8 mégatonnes CO², selon les calculs de l’ICC.
« Même si ce sont des avancées très intéressantes, elles ne suffisent toutefois pas pour effacer l’écart causé par le recul des politiques. Mais elles viennent en quelque sorte en amortir le choc », remarque Ross Linden-Fraser.
Une lutte qui passe par le marché du carbone
L’analyse du ICC met également en relief toute l’importance que joue la tarification industrielle du carbone, ces systèmes propres à chaque province, mais encadrés par le fédéral, où les entreprises doivent acheter des crédits sur des marchés pour relâcher des GES dans l’atmosphère.
Cette seule mesure pourrait permettre au Canada de réduire ses émissions annuelles de CO² de 55 et 65 mégatonnes d’équivalent CO², soit près du tiers de l’ensemble des efforts déployés par le Canada jusqu’à maintenant.
Par contre, l’efficacité de cette mesure dépend fortement du prix auquel s’échangent les crédits carbone et ceux-ci sont trop bas actuellement pour que l’on puisse tirer le plein potentiel de cette politique, selon l’ICC.
En effet, alors que le gouvernement Trudeau prévoyait un plancher de 170 $ pour l’émission d’une tonne de carbone à partir de 2030, le gouvernement Carney dans son entente énergétique conclue l’automne dernier avec l’Alberta, mentionne plutôt un plancher à 130 $, sans préciser d’horizon pour atteindre ce palier. Pour l’instant, une tonne de GES s’échange à 95 $ en Alberta.
« Il faut vraiment qu’on améliore les systèmes de crédit de carbone si on veut accomplir nos objectifs, mais même là, ça ne nous suffira pas. Il nous faut adopter plusieurs autres politiques si on veut espérer atteindre nos objectifs de 2030, 2035, et surtout le net zéro prévu pour 2050 », conclut Ross Linden-Fraser.