Gaza : que signifie réellement la deuxième phase du cessez-le-feu?

Sarah Emad Chroniqueuse à Gaza · Pivot
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Gaza : que signifie réellement la deuxième phase du cessez-le-feu?

Comment Israël fragilise la trêve en élargissant la « ligne jaune ».

Personne ne comprend vraiment ce qui se passe.

Depuis l’aube, en ce 17 janvier, Gaza subit un bombardement incessant et hystérique. La ville s’effondre à nouveau, et la peur envahit les rues comme les tentes des déplacé·es. Les explosions frappent partout : écoles, maisons, tentes; rien n’est épargné. Tout semble ciblé, comme si on voulait effacer toute trace de vie.

Les habitant·es fuient, les enfants crient et les abris ne sont qu’un rêve lointain.

Un « cessez-le-feu »? Ce ne sont ici que des mots vides de sens.

La guerre ne s’est jamais vraiment arrêtée : elle reprenait juste son souffle et maintenant, elle revient, plus brutale que jamais. Chaque instant se vit comme si c’était le dernier, tandis que le monde observe, impuissant.

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre, le ministère de la Santé de Gaza rapporte plus de 440 Palestinien·nes tué·es, en grande majorité des civil·es, malgré la trêve.

Même après l’annonce du cessez-le-feu, la vie à Gaza reste insoutenable. Les pluies récentes ont transformé les rues en bourbiers, inondant les maisons partiellement détruites et rendant la survie encore plus précaire que sous les bombardements eux-mêmes.

Les vents violents et les tempêtes ont arraché des dizaines de tentes des camps de déplacé·es, laissant des familles entières exposées au froid et à la pluie. De nombreuses maisons déjà endommagées par les bombardements se sont partiellement effondrées sous la force des rafales, aggravant encore la misère des habitant·es. Certain·es réfugié·es ont été contraint·es de s’abriter temporairement à distance de la mer, où les conditions climatiques restent extrêmes et les rafales de vent et la pluie rendent la situation encore plus dangereuse.

Selon les autorités locales, plus de 35 enfants sont morts ces dernières semaines, non pas des bombes, mais du froid et des conditions insalubres dans ces abris de fortune. Parmi les derniers cas tragiques, la petite Shaza Abu Jarad, âgée de seulement sept mois, est morte à cause du froid glacial, laissant sa famille dévastée.

La deuxième phase du cessez-le-feu : les promesses diplomatiques contre la réalité

Alors que Gaza tente de survivre aux bombes et aux intempéries, la communauté internationale prépare une deuxième phase du cessez-le-feu, qui prévoit la mise en place d’un comité ou d’une autorité internationale pour gérer Gaza.

Sur le papier, ce comité aurait pour rôle de coordonner l’aide humanitaire, de superviser les services essentiels et d’organiser la reconstruction des infrastructures détruites.

Mais sur le terrain, le scepticisme est profond. Pour beaucoup d’habitant·es, cette initiative semble complètement déconnectée de la réalité : les décisions sont prises sans leur participation, et les besoins vitaux, l’ensemble des travaux de reconstruction, l’installation de caravanes pour les familles déplacées, l’approvisionnement en nourriture et en médicaments, restent largement négligés.

Les décisions du conseil apparaissent plus symboliques que pratiques, tandis que les Gazaoui·es continuent de subir la misère.

Ahmed, enseignant à Gaza-ville, résume cette inquiétude. « Gouverner sans nous impliquer, c’est décider de nos vies sans nous demander notre avis. On parle de comités et de plans, mais nous, nous essayons juste de survivre chaque jour. »

Alors que les familles continuent de souffrir du froid, des tempêtes et des conditions de vie précaires, les promesses de la « deuxième phase » semblent de plus en plus abstraites.

Dans ce contexte, le « Conseil de la paix », chargé de superviser l’aide et la reconstruction, se heurte à de fortes contraintes. Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou limite strictement l’accès de ses membres à Gaza, ne permettant que des visites très encadrées et sous surveillance, ce qui réduit considérablement leur capacité à intervenir efficacement.

Les décisions du conseil apparaissent alors plus symboliques que pratiques, tandis que les Gazaoui·es continuent de subir la misère et l’insécurité quotidiennes.

Incidents mortels aux abords de la ligne jaune

Israël a déplacé de manière inattendue des blocs de béton jaunes au-delà de la ligne définie sur les cartes pour séparer Gaza en deux zones, celle de l’est demeurant officiellement sous contrôle israélien. Cela a provoqué une grande confusion parmi les Palestinien·nes et laissé certain·es habitant·es « piégé·es » à l’intérieur de la ligne jaune.

Ahmed, un jeune résident de Hayy al-Tuffah, raconte : « Nous vivons maintenant à l’intérieur de la ligne jaune, mais derrière ces blocs de béton, sans savoir quel sera notre sort. »

« La nuit, l’atmosphère est terrifiante : on entend les explosions, l’avancée des soldats, les tirs, le bourdonnement continu des drones, et nous sommes exposés à des tirs directs. »

Un « cessez-le-feu »? Ce ne sont ici que des mots vides de sens.

Depuis l’élargissement de la « ligne jaune », les incidents violents se multiplient. Selon les informations locales, au moins douze civil·es ont été tué·s pour s’être approché·es de la ligne jaune au cours des dernières semaines, tandis que des dizaines d’autres ont été blessé·es ou déplacé·es de force.

Des habitant·es rapportent également des violations de leur liberté de circulation, avec des soldats contrôlant chaque rue et chaque accès, transformant la ligne en une zone quasi impossible à traverser sans risque mortel.

Parmi les victimes, Zaher Nasser Shamiyeh, 17 ans, a été tué près des blocs jaunes dans le camp de réfugié·es de Jabaliya, au nord de Gaza. Son père raconte avec horreur : « Les forces israéliennes ont ouvert le feu sur lui avant qu’un char ne le heurte le 10 décembre. Le char a transformé son corps en éclats… Il était entré dans la zone “sûre” à l’ouest de la ligne jaune et ils l’ont écrasé. »

***

À Gaza, il n’y a pas de trêve véritable.

Les habitant·es sont coincé·es entre les bombardements, les tirs directs et les tempêtes glaciales, tandis que chaque pas hors de leur abri peut être fatal. Les enfants meurent du froid, les familles sont piégées derrière des blocs de béton, et des adolescents comme Zaher Nasser Shamiyeh perdent leur vie dans des circonstances insoutenables.

La ligne jaune n’est pas seulement une frontière sur une carte : elle est devenue un piège mortel, où l’existence quotidienne se résume à survivre, à craindre pour chaque instant et à compter les pertes.

À chaque explosion, à chaque rafale de vent, à chaque cri d’un enfant, la réalité dépasse de loin toute statistique ou tout reportage.

Gaza continue de brûler, non seulement sous les bombes, mais sous l’indifférence du monde et l’injustice qui s’abat sur ses habitant·es.

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L’argent amassé doit aider sa famille à évacuer Gaza.