Intervention du SPVM près de l’UQAM : la police est capable de désarmer sans tuer

Alexandre Popovic Chroniqueur · Pivot
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Intervention du SPVM près de l’UQAM : la police est capable de désarmer sans tuer

Plus capable d’entendre que les flics n’ont d’autre choix que d’utiliser la force mortelle contre un couteau.

Quand j’ai appris que des flics du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont intervenus à quelques coins de rue de chez moi auprès d’un homme en détresse psychologique armé de deux couteaux, le 8 janvier dernier, j’ai aussitôt pensé à Jimmy Cloutier.

Jimmy Cloutier, 38 ans, était lui aussi armé de deux couteaux lorsqu’il a été abattu par l’agent Antoine Brochet du SPVM dans le stationnement de la Mission Old Brewery, le 6 janvier 2017. L’homme atteint de schizophrénie avait même prédit à sa mère qu’un jour, il finirait par être tué par la police. Paix à son âme.

Neuf ans plus tard, presque jour pour jour, bien des gens ont été choqués, non sans raison, en visionnant les images vidéo de l’intervention policière survenue aux abords de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) auprès de l’homme dont on sait aujourd’hui qu’il s’appelle Kodee McDonald.

Quand on voit les flics intervenir en surnombre, les deux auto-patrouilles qui se foncent stupidement dedans comme des poules pas de tête, le recours à toute une quincaillerie d’armes policières – du pistolet Taser jusqu’au pistolet semi-automatique en passant par le fusil à balles de caoutchouc sans oublier le poivre de Cayenne –, on a juste envie de dire : trop, c’est comme pas assez.

Au fait, le flic qui a fait feu quatre fois sans atteindre l’homme sait-il que c’est précisément à quelques mètres de là, rue Saint-Denis entre Sainte-Catherine et René-Lévesque, que deux hommes ont été abattus lors d’une même intervention du SPVM?

C’était le matin du 7 juin 2011. Lorsque les agents François Gagné et Rock Lamarche du SPVM ont ouvert le feu en direction de Mario Hamel, 40 ans – un homme lui aussi en détresse psychologique et également armé d’un couteau –, une balle a ricoché et a atteint mortellement Patrick Limoges, 36 ans, un simple passant qui a payé de sa vie pour s’être trouvé sur la trajectoire d’une balle qui ne lui était pas destinée.

Vous n’êtes pas obligés de nous tuer

C’est en ayant en tête ces trop nombreux décès évitables, et bien d’autres encore, que je me permets de me dire soulagé que Kodee McDonald n’ait pas été tué ni même blessé gravement par le SPVM.

C’est bien une preuve de plus que c’est possible pour la police de désarmer sans tuer.

Chaque fois que j’entendrai un apologiste de la police venir dire qu’un flic n’a eu d’autre choix que d’abattre une personne en détresse armée d’un couteau, je repenserai à cette intervention en me disant : bullshit.

Trop, c’est comme pas assez.

Pour tout vous dire, cela fait plusieurs années que la question des alternatives à la force mortelle m’occupe l’esprit.

En 2020, j’avais adressé des demandes d’accès à l’information à différents organismes québécois pour savoir qui, au juste, offrait des formations permettant de désarmer une personne armée d’une arme blanche ou de tout objet contondant sans avoir à utiliser l’arme à feu, le pistolet à impulsions électriques ou encore l’arme intermédiaire d’impact à projectiles.

« Nous n’avons pas de matériel pédagogique sur les techniques enseignées concernant le désarmement », m’avait avoué l’École nationale de police du Québec (ENPQ).

Le SPVM, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) et le Service de police de Sherbrooke (SPS) m’ont aussi tous répondu ne pas avoir de document à m’offrir.

Si la formation policière n’offre pas d’alternative à la force mortelle en pareilles situations, cela contribue certainement à expliquer pourquoi tant de personnes sont tuées par la police dans notre si Belle Province.

Pour en avoir moi-même fait le triste décompte, je peux vous dire que pas moins de 34 personnes ont été abattues par la police alors qu’elles tenaient un couteau ou un objet contondant lors d’un épisode de détresse depuis le 27 juin 2016, date où le Bureau des enquêtes indépendantes est devenu opérationnel.

Cela fait plusieurs années que la question des alternatives à la force mortelle m’occupe l’esprit.

Ces décès sont d’autant plus évitables que les corps policiers québécois fournissent généralement à leurs membres des bâtons télescopiques permettant d’éviter à la fois le recours à l’arme à feu et les risques démesurés pour les flics.

Car l’une des raisons d’être du bâton télescopique consiste justement à se défendre d’un assaillant armé d’un couteau, comme le démontre le brevet du bâton de défense à poignée latérale, lequel comprend des éléments télescopiques.

Plusieurs entreprises qui commercialisent le bâton télescopique font d’ailleurs valoir que cette arme intermédiaire est utilisée pour se protéger d’attaques de la part d’un agresseur armé d’un couteau.

Quand la désescalade verbale ne fonctionne pas, un coup de bâton fera toujours moins de dommage qu’un coup de feu. Surtout que le bâton télescopique élimine toute possibilité de balle perdue.

Apprendre des « faits divers »

Je suis aussi à l’affût d’événements d’actualité rapportant qu’une personne armée a été désarmée sans se faire tirer dessus.

Bien sûr, on se rappellera d’Ahmed al-Ahmed, le marchand de fruits qui a héroïquement réussi à arracher un fusil des mains de l’un des auteurs de l’horrible tuerie antisémite sur la plage de Bondi, à Sydney, en Australie, le mois dernier.

J’ai répertorié plusieurs autres cas plus près de chez nous où des citoyens ont pu désarmer un assaillant sans eux-mêmes utiliser la moindre arme.

En 2022, un homme maîtrise par les épaules un type qui venait de poignarder mortellement son colocataire chez lui, à Sainte-Anne-des-Monts.

Si la formation policière n’offre pas d’alternative à la force mortelle en pareilles situations, cela contribue certainement à expliquer pourquoi tant de personnes sont tuées par la police.

La même année, des ados immobilisent au sol un jeune de quinze ans qui venait d’attaquer au couteau un de leurs copains, à Vaudreuil-Dorion.

En 2021, un voisin intervient auprès d’un homme en crise armé de deux couteaux qui venait d’agresser des membres de sa famille, à Longueuil. Il parvient à lui faire lâcher ses armes blanches en lançant des poubelles dans sa direction.

En 2017, des portiers d’un bar de danseuses plaquent au sol un homme qui avait tenté d’entrer à l’intérieur avec une arme à feu, à Gatineau.

Je pourrai continuer longtemps comme ça, mais je risque de trop péter ma limite de mille mots.

L’ENPQ, le SPVM, le SPVQ, le SPS, et bien d’autres, pourraient – et devraient – tirer des leçons de ces différents événements où de simples quidams ont réussi là où la police a si souvent échoué, en désarmant autrui sans pour autant lui enlever la vie.