« Tuez-les tous! »
C’est l’ordre qui aurait été donné par le secrétaire de la Guerre états-unien Pete Hegseth au chef du Commandement des opérations spéciales, l’amiral Frank Bradley, lors d’une attaque sur deux bateaux vénézuéliens soupçonnés de transporter de la drogue en eaux internationales dans la mer des Caraïbes.
En donnant un tel ordre, on imagine bien Hegseth vivre un intense fantasme guerrier impérialiste, se prenant pour Lawrence d’Arabie brandissant son sabre en criant « no prisoners! »
Pete Hegseth est un criminel de guerre, au même titre que l’amerikanischer Führer, pour avoir ordonné le meurtre de civils vénézuéliens. Cela, alors que l’imperium semble plus déterminé que jamais à attaquer le pays pour renverser le gouvernement de Nicolás Maduro – avec le consentement tacite du Canada, qui participe au Groupe de Lima.
Rien de surprenant de la part d’Hegseth. Dans son livre The War on Warriors, il raconte qu’il avait ordonné aux soldats sous ses ordres en Irak en 2006 d’ignorer les règles d’engagement et les directives légales des avocats militaires!
Politicien·nes, influenceur·euses milliardaires et prédicateurs évangéliques répètent sans cesse que l’empathie est une faille de caractère et un signe de faiblesse.
D’autant plus que selon une pléiade de témoins, le secrétaire de la Guerre fut un officier médiocre et un alcoolique dégénéré. (On chuchote cependant qu’il est si patriote qu’il maintiendrait un taux d’alcoolémie de 0,1776 en permanence.)
Rappelons que durant cette guerre illégale qui sera peut-être un jour reconnue comme un crime contre l’Humanité, près de 200 000 civil·es irakien·nes ont été tué·es entre 2003 et 2018 – le nombre varie grandement selon les sources, ce chiffre représente une moyenne.
Évidemment, en Irak comme au Venezuela, l’objectif est le même : la mainmise sur le pétrole.
Pete Hegseth est donc un criminel de guerre comme le furent les responsables politiques et militaires états-uniens de la dynastie Bush, qui ont semé le chaos et la destruction en Irak. On peut aussi facilement monter un argumentaire à propos des ères Obama et Clinton : les démocrates, comme les républicains, croient en l’exceptionnalisme états-unien et l’imposition de ses idéaux par la force des armes.
Mais quelque chose différencie les nouveaux massacreurs à Washington : une cruauté assumée et affichée. Une cruauté érigée en vertu, comme je l’écrivais ici en septembre dernier, dans un pays où politicien·nes, influenceur·euses milliardaires et prédicateurs évangéliques de l’extrême droite chrétienne répètent sans cesse que l’empathie est une faille de caractère et un signe de faiblesse.
Un impérialisme sans vernis
Un des préambules de la guerre consiste à fabriquer un ennemi et à le déshumaniser. Mais le régime Trump pousse le bouchon beaucoup plus loin : il réduit des pays et des peuples entiers à des catégories sous-humaines – « chiens », « violeurs », « trous à rats » –, alors que même un George W. Bush « limitait » cette fabrication de l’ennemi aux dirigeants des pays ciblés.
Alors que les régimes précédents travaillaient d’arrache-pied et coupaient les cheveux en douze pour rendre leurs abominations « légales », Trump et ses sbires défient ouvertement l’État de droit jusqu’à chercher à le dissoudre complètement, ou du moins à en faire une arme au service d’un pouvoir de plus en plus concentré.
Quelque chose différencie les nouveaux massacreurs à Washington : une cruauté assumée et affichée.
Mais contrairement à la vice-pourriture Dick Cheney, qui disait en 2003, alors que le nation building était le concept impérialiste à la mode, que l’armée états-unienne allait être accueillie en « libératrice », Trump semble plutôt animé par un esprit de conquête pure, justifié non par des idéaux de grandeur, mais par une volonté d’imposer la suprématie des États-Unis par les armes et de réduire ses voisins plus ou moins proches à des comptoirs coloniaux.
Si Donald Trump peut recevoir un quelconque crédit pour avoir fait quelque chose d’utile, c’est d’avoir arraché le vernis progressiste de l’impérialisme et de montrer son pays sous ses vraies couleurs, qui se déclinent en plusieurs nuances de brun.
Couper les ponts
La question doit se poser : comment peut-on demeurer alliés avec un tel État voyou? La même question se pose à propos d’Israël.
Mais les Médias des Gens de Bien s’y refusent et préfèrent chercher du mérite dans une invasion militaire états-unienne du Venezuela ou se demander si la Riviera Gaza de Trump est un projet « réaliste ».
Comment la CAQ et le PQ, au Québec et dans une perspective indépendantiste, peuvent-ils encore parler des États-Unis bien fascisés comme d’un précieux voisin sur qui il faut s’aligner économiquement… et militairement!?
Vous me direz que la morale n’a aucune valeur en relations internationales.
Vous auriez raison, et c’est ça le nœud du problème.