Hiver à Gaza : les pluies et le gel mortel poursuivent les déplacé·es

Sarah Emad Chroniqueuse · Pivot
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Hiver à Gaza : les pluies et le gel mortel poursuivent les déplacé·es

Les pluies d’hiver à Gaza ne représentent pas la vie, mais le début d’une nouvelle souffrance.

Avec les premières pluies de l’hiver, les habitant·es déplacé·es de Gaza se retrouvent une fois de plus exposé·es à la rigueur du climat.

Environ 300 000 maisons, voire plus de 400 000, ont été détruites ou endommagées par les bombardements de l’occupation, laissant près de deux millions de personnes sans abri. L’accès à de nouvelles tentes et aux fournitures hivernales essentielles est strictement limité, forçant les habitant·es à affronter le froid et l’humidité après deux ans de destruction, de famine et de déplacements forcés.

Dans ce contexte, le gel mortel et la pluie ne signifient pas la vie, mais le début d’une nouvelle série de souffrances pour ceux et celles qui n’ont plus d’abri sûr.

La pluie, une « malédiction »

Les rues se transforment en rivières boueuses, les maisons et tentes sont envahies par l’eau, et les nuits froides accentuent les souffrances.

Les tentes des camps de déplacé·es sont souvent en tissu usé, incapables de protéger contre les intempéries. La pénurie d’électricité, d’eau potable et d’installations sanitaires adéquates aggrave la situation. 

Dans les camps les plus touchés, les familles s’entassent dans des espaces très restreints, sans intimité ni sécurité. La boue pénètre à l’intérieur des tentes, trempant les couvertures et matelas limités. Pour beaucoup, dormir devient un luxe rare.

Youssef, père de quatre enfants, témoigne : « Lorsque l’eau a envahi notre tente, trempant matelas, couvertures et nourriture, je n’avais pas d’autre choix que de protéger ma famille. J’ai porté mes enfants et ma femme dans un bâtiment partiellement effondré, mais avec un toit intact, pour les mettre à l’abri du froid et de la pluie, tandis que je retournais essayer de sauver ce qui restait de notre tente. »

« Nous tremblions tous de froid et de peur, et je ne savais pas comment nous pourrions faire face aux prochaines pluies. »

Youssef

Hassan, 68 ans, résident du camp d’Al-Nour, raconte aussi son expérience. « Je ne m’attendais pas à ce qu’une simple nuit pluvieuse devienne l’une des plus dures de ma vie. Lorsque l’eau a commencé à s’infiltrer dans ma tente, je n’ai pas pu me lever. Rapidement, la tente a été submergée : d’abord les matelas, puis les couvertures, et enfin l’eau a atteint mes pieds engourdis par le froid. »

« J’ai essayé de tendre la main vers ma canne pour me relever, mais je n’y suis pas parvenu. Heureusement, des jeunes du camp m’ont aidé à sortir, et nous avons trouvé refuge avec d’autres déplacés dans une école voisine. »

« Je suis âgé et malade, mais ce qui me brise le plus, c’est que nous en sommes venus à craindre la pluie qui était censée être une bénédiction, mais qui est devenue une véritable malédiction. »

Le froid, menace pour la santé

Les déplacé·es font aussi face à de multiples dangers pour leur santé avec la chute des températures.

Les enfants sont particulièrement vulnérables aux maladies respiratoires et pulmonaires, tandis que les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques voient leur état se détériorer en raison du froid intense et du manque de chauffage.

Les tempêtes et les vents violents aggravent leur sentiment de peur et d’instabilité, faisant de chaque journée et de chaque nuit un véritable défi pour survivre.

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Chaque année, avec les premières pluies et le froid hivernal, Gaza rappelle sa fragilité et la vulnérabilité de ses habitant·es.

Les familles déplacées continuent de lutter pour survivre dans des conditions précaires, tandis que l’espoir d’un hiver plus sûr reste suspendu aux efforts humanitaires limités et à l’absence de solutions durables. 

Si la pluie elle-même est devenue une menace de mort pour des milliers de familles, combien de temps encore pouvons-nous fermer les yeux sur leur souffrance?

Vous pouvez faire un don pour soutenir Sarah Emad et ses proches.


L’argent amassé doit aider sa famille à évacuer Gaza.