Le nouvel élan impérialiste états-unien au Venezuela

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Le nouvel élan impérialiste états-unien au Venezuela

Sur l’ingérence étrangère et le retour des « rois ».

« À bas les rois! », ont scandé dans les rues des millions de citoyen·nes des États-Unis Nazifiés la fin de semaine dernière, un peu partout sur le territoire de l’impérium au sud de chez nous.

On comptait, dans tout le pays, près de 2500 évènements pour manifester contre le régime de l’amerikanischer Führer qui, dans son esprit dérangé, se voit littéralement comme un monarque de droit divin. Et ce droit lui est accordé par des millions de fanatiques religieux qui voient en lui un nouveau roi David : tous deux imparfaits, mais tout de même choisis par Dieu.

Tant qu’à verser dans l’imagerie religieuse, je préfère l’hypothèse, plus soutenue, qu’il soit plutôt le nouvel Antéchrist.

Le vent de la révolte souffle-t-il enfin suffisamment fort pour chasser les effluves fétides du totalitarisme avant que l’odeur ne colle trop fort?

Espérons-le – d’autant plus que les multiples démonstrations de force de Donald Trump et de sa cabale semblent de plus en plus camoufler un sentiment de perte d’emprise sur le pouvoir, déclenchant des mesures qui respirent le désespoir.

Un indice?

Alors que le trésor public est gelé par le « shutdown », Trump a ordonné à son secrétaire de la Guerre Pete Hegseth de gratter les fonds de tiroir du Pentagone pour s’assurer que les troupes soient payées. S’assurer de la loyauté de l’armée avant tout, on voit ça dans les régimes totalitaires, qui reposent quasi essentiellement sur la force et la coercition pour serrer leur joug.

Remarquez, c’est très cohérent avec la personnalité du Trump lui-même – telle que déclinée avec brio par Alain Roy dans son plus récent essai Le Cas Trump paru plus tôt cette année chez Écosociété : impulsif, paranoïaque, vindicatif, mais qui possède un talent inné pour flairer les bons râteliers où manger pour maintenir sa position dominante.

D’autant plus que le nouvel élan impérialiste et militariste états-unien se déploie tous azimuts, mais surtout vers le sud.

Le refrain connu des guerres de « libération »

On apprenait il y a quelques jours que la CIA avait été autorisée à « commencer des opérations clandestines » au Venezuela, qui pourraient être suivies par des actions militaires. Cela survient après une série de bombardements militaires, en eaux internationales, sur des bateaux qu’on essaie de faire passer pour des transporteurs de drogues, un « acte de guerre » selon le régime.

Le tout sans aucune preuve, mais non sans précédent – l’invocation de la sécurité nationale, c’est le même type de rhétorique qui fut utilisée par le régime W. Bush pour commettre ses crimes de guerre en Irak. On fait d’une invasion illégale en vertu du droit international une « guerre de choix » et une « guerre de libération » justifiable au nom de l’exceptionnalisme états-unien.

Rendons-nous d’abord à l’évidence : la CIA opère en sol vénézuélien depuis probablement fort longtemps.

Mais à lire François Brousseau dans le Média de nos impôts, l’invasion tranquille du Venezuela et un éventuel changement de régime trouveraient quand même une relative légitimité.

Encore une fois, on se croirait revenu au tournant de l’année 2003, lorsqu’au travers des menaces états-uniennes contre l’Irak, on entendait des voix extrême-centristes rappelant que Saddam Hussein restait quand même un grand méchant. On connaît la suite de l’histoire.

On fait d’une invasion illégale en vertu du droit international une « guerre de choix » et une « guerre de libération » justifiable au nom de l’exceptionnalisme états-unien.

Brousseau, un meneur de claques notoire pour l’OTAN et l’interventionnisme occidental, cite un rapport de l’ONG InSight Crime de 2024 sur la corruption et l’implication du gouvernement de Nicolás Maduro dans le trafic de drogue comme pour justifier une action qui viserait à le renverser.

Le gouvernement vénézuélien est-il corrompu? Pardonnez-moi ce whataboutisme, mais quelle leçon de gouvernance un pays d’Occident, où règnent des oligarchies parlementaires qui tolèrent une démocratie de carnaval, peut-il réellement donner?

Ça ne justifie certainement pas une action militaire. Encore une fois, on a déjà vu ce macabre vaudeville, en Libye en 2011.

Ah! et qui a versé un demi-million de dollars à OpenSight Crime en 2022-2023? Le Bureau of Western Hemisphere Affairs, une patente du département d’État états-unien. 

Brousseau réussit même à nous pondre une analyse sur le sujet sans jamais qu’apparaisse le mot « pétrole », l’objet de convoitise numéro un des occidentaux au Venezuela et la raison pour laquelle les pays du Groupe de Lima – dont fait partie le Canada – travaillent d’arrache-pied à renverser la révolution bolivarienne!

Le seul segment où son raisonnement retrouve un minimum de sens, c’est celui qui résume le demi-siècle d’ingérence de la CIA en Amérique latine.

Notons finalement que le commandant militaire responsable de l’Amérique latine, l’amiral Alvin Mosley, a démissionné la semaine dernière. Peut-être sur les conseils de son avocat, sait-on jamais.

Un mot sur le prix Nobel

Parlant de carnaval, la remise du Nobel de la paix à l’opposante vénézuélienne Maria Corina Machado, femme de main de Washington qui remettra les clés de l’industrie pétrolière vénézuélienne aux bandits de grand chemin internationaux de l’industrie privée, a été fort bien reçue dans les Médias des Gens de Bien.

Cela m’a rapidement rappelé les nombreuses unes accordées par des médias français de bon goût comme Paris Match et Le Point aux Pahlavi, la famille royale iranienne, chassée du pouvoir par le socialiste Mohammed Mossadegh puis réinstallée par la bonne vieille CIA avant d’être forcée à l’exil par la révolution de 1979.

Comme si on essayait, dans les médias occidentaux, lentement et subtilement, de fabriquer notre consentement à quelque chose…

Quelque chose comme le retour des « rois »?