Je vous écris au nom des 10 000 agent·es de bord qui ont voté pour la grève.
Vous connaissez déjà nos conditions de travail, je ne vous ferai donc pas perdre de temps à les détailler de nouveau.
Ce que je souhaite vous dire aujourd’hui, c’est que nous avons été privé·es de notre droit fondamental : celui de voter sur l’entente de principe. Le contrat a été ratifié sans notre approbation.
Après trois jours de grève difficiles, l’employeur est revenu à la table… uniquement pour imposer des conditions qui nous maintiennent dans la précarité.
Une entente sous la menace
Notre syndicat, accompagné du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), a tout accepté sans même nous consulter parce qu’en réalité, c’était cette entente-là ou un arbitrage sur toute la ligne.
Ils ont été forcés par la menace de l’article 107 qui permet à la ministre de forcer le retour au travail. Le SCFP risquait de se faire geler ses fonds, la prison, et chaque membre risquait des amendes allant jusqu’à 1000 $ chacun·e s’il ou elle retournait exercer son droit de grève.
Existe-il encore un processus démocratique au Canada?
Le même SCFP se félicite publiquement d’une défiance héroïque et d’une entente de principe comme s’il s’agissait d’une victoire historique.
Mais comment peut-on, d’un côté, déchirer l’avis gouvernemental de retour au travail devant les caméras, se dire prêt à aller en prison pour se battre pour notre cause et, de l’autre, nous imposer en coulisses une entente que nous n’avons jamais validée?
Une fausse avancée
La seule chose sur laquelle nous pouvons désormais voter est une augmentation de 8 % pour les plus seniors, et de 12 % pour ceux qui ont moins de cinq ans d’ancienneté pour la première année, suivie de 3 % et moins que ça pour les trois années suivantes.
Si nous votons non, la question sera réglée par un arbitre.
Que reste-t-il vraiment de notre droit de négociation?
Pire encore, le syndicat a osé annoncer sur ses réseaux sociaux que le travail non payé était chose du passé. « Unpaid work is over. » C’est faux. Ce que nous avons obtenu, c’est 60 minutes à 50 % du salaire pour l’embarquement – rien sur les délais, rien sur le « check-in to check-out ».
Ce n’est pas une avancée, c’est un show de boucane.
Une trahison profonde
Existe-il encore un processus démocratique au Canada si chaque entente est forcée à coup de menaces et de conséquences judiciaires aussi lourdes?
Pendant que le Canada célèbre notre résistance face à l’article 107, une soi-disant victoire de la classe ouvrière… Que reste-t-il vraiment de notre droit de négociation?
Le silence du SCFP face à cette menace est assourdissant.
Nous avons été instrumentalisé·es pour des photos, des discours, des gains politiques ou simplement pour ne pas perdre la face alors que la situation est urgente. L’immobilisme du SCFP est une trahison profonde envers tou·tes les Canadien·nes.